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La Suisse officielle boude Porto Alegre

Manifestation anti-mondialisation le 25 janvier 2001 à Porto Alegre. Keystone Archive

Le Forum social mondial revendique un monde plus juste. La Suisse officielle y brille par son absence, même si la délégation compte quelques députés.

«Un autre monde est possible», telle est la devise du Forum social mondial qui s’ouvre jeudi et se déroulera jusqu’au 5 février à Porto Alegre. Plus de 12 000 délégués et en tout quelque 60 000 personnes sont attendues dans la ville brésilienne.

Ce forum est la plus vaste plate-forme des opposants au néolibéralisme économique et au Forum économique mondial (WEF) qui se déroulera dans le même temps à New York.

Une délégation résolument de gauche

La délégation suisse comprend notamment les conseillers nationaux socialistes Franco Cavalli (TI), Pierre-Yves Maillard (VD), Pierre Tillmans (VD), Rudolf Strahm (BE) et l’écologiste Patrice Mugny (GE).

Une vingtaine de syndicalistes, comme Eric Decarro, président du Syndicat des services publics (SSP/VPOD) ainsi que des membres d’organisations non gouvernementales (ONG) et des journalistes les accompagnent.

Les effets négatifs de la globalisation néolibérale se mesurent tout particulièrement dans les pays du Sud. Forte de ce constat, la délégation helvétique a fait une halte à Sao Paulo, à l’invitation de l’ONG romande E-Changer, histoire de se faire une idée des réalités sociales du Brésil.

Une occasion manquée

Alors que plusieurs ministres européens ont fait le voyage de Porto Alegre, la Suisse officielle ne déborde pas d’enthousiasme pour l’«autre Davos». Seules la Direction du développement et de la coopération (DDC) et la section des droits de l’homme du Département fédéral des affaires étrangères ont envoyé une personne chacune.

«La Suisse manque une superbe occasion de montrer aux pays en voie de développement qu’elle prend au sérieux les problèmes Nord-Sud». Les commentaires de Rudolf Strahm à swissinfo ne ménagent pas la Suisse officielle.

Le conseiller national bernois estime que, typiquement, Berne n’a envoyé personne des Départements de l’économie ou des finances. «Alors que les Suisses devraient justement prendre connaissance des revendications du Sud, lorsqu’il s’agit des négociations de l’OMC ou du FMI, ils restent sourds à ces questions. La pression n’est probablement pas encore assez forte pour qu’ils changent d’attitude.»

De son côté, le conseiller national vaudois Pierre Tillmanns regrette que la Suisse envoie trois conseillers fédéraux à New York et deux fonctionnaires à Porto Alegre: «La Suisse officielle ne s’intéresse pas encore assez au reste du monde».

Une délégation presque exclusivement romande

On relèvera que la délégation suisse au Forum social mondial est, à l’exception de Rudolf Strahm, exclusivement romande. «Ce n’est pas un hasard», pour Pierre Tillmanns.

Selon le Vaudois, «les députés alémaniques sont plus soucieux de productivité et de profit, alors que les Romands se montrent plus humanistes. Il ne faut pas seulement s’occuper de la Suisse, mais aussi du reste du monde. Mais, pour cela, il faut faire preuve d’un certain idéalisme.»

Rudolf Strahm regrette pour sa part d’être le seul Alémanique à Porto Alegre – la délégation suisse doit également participer à une rencontre parlementaire internationale. «Le mouvement anti-globalisation a d’abord touché la Suisse romande. Il faut encore du temps pour que les Alémaniques à leur tour se sentent concernés.»

Pas d’invitation

La Suisse officielle sera donc absente à Porto Alegre. Mais, cette année, les journaux brésiliens ne montreront pas non plus les images de Davos transformé en camp retranché derrière des barricades de barbelés.

Interrogé par swissinfo, le Département fédéral des finances a répondu qu’il n’avait pas reçu d’invitation du Forum social mondial, contrairement à la DDC.

Hansjörg Bolliger, Sao Paulo

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