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Le futur reste «Orange», mais pas pour tous

"Orange ne fait pas de quartier", accusaient les grévistes jeudi à Lausanne. Keystone Archive

Près de 300 employés de l'opérateur de téléphonie mobile sont en grève depuis jeudi. Ils s'étaient donnés rendez-vous lundi à Bienne.

Orange, qui doit doper sa rentabilité, redimensionne ses activités en Suisse. Comme l’ont fait d’autres acteurs européens.

Plus de 200 employés d’Orange ont protesté lundi à Bienne. Les manifestants – qui en étaient à leur 5e jour de grève consécutif – ont remis une pétition à l’Office fédéral de la communication (OFCOM).

Dans cette dernière, ils exigent que l’office prenne des mesures pour que la loi sur les télécommunications soit également appliquée quand il s’agit de protéger les employés.

Les opérateurs doivent respecter les conditions de travail usuelles dans la branche. Or, selon le vice-président du Syndicat de la communication Alain Carrupt, ce n’est pas le cas chez Orange.

Actuellement, seul Swisscom dispose d’une convention collective de travail négociée avec les syndicats.

Le président du Syndicat de la communication Christian Levrat estime que l’OFCOM devrait obliger Orange et les nouveaux opérateurs à s’aligner sur Swisscom.

Une lettre allant dans le même sens a également été envoyée au ministre de la communication Moritz Leuenberger.

Un mouvement plus dur

Sur proposition du Syndicat de la communication et après un débat très animé, les manifestants ont décidé à une large majorité de suspendre la grève jusqu’à jeudi soir.

Pour le syndicat, il est important de laisser maintenant une chance à la négociation.

Ce n’est pas un arrêt du mouvement, précise Alain Carrupt. C’est une pause tactique pour laisser à l’OFCOM et au ministre des télécoms le temps de réagir.

D’ailleurs, s’ils n’obtiennent pas satisfaction, les employés d’Orange sont fermement décidés à lancer un mouvement plus dur. Ils parlent déjà d’un blocage total de tous les centres d’appel de l’opérateur.

Non au plan de restructuration

Le secteur des télécommunications traverse une phase de rationalisation qui n’épargne pas la Suisse.

Quelques semaines après les grèves engendrées par la suppression de 1000 postes de travail chez Swisscom, 450 employés d’Orange sont passé à l’action jeudi passé.

Ils s’opposent au plan de restructuration présenté à la fin du mois de janvier.

Un plan social insuffisant



Au total, 128 emplois seront supprimés dans le canton de Vaud, 40 à Zurich, 8 à Berne et 2 au Tessin. De plus, 185 postes seront délocalisés de Bussigny à Bienne, contre 40 de Zurich dans le Seeland bernois.

Les employés contestent avant tout le contenu du plan social et les conditions de transfert proposées par l’opérateur de téléphonie mobile. Le syndicat a cependant affirmé que la grève cesserait si l’opérateur était prêt à reprendre les négociations.

Et même si la direction d’Orange éprouve une «certaine compréhension» à l’égard des employés victimes de cette restructuration, le groupe ne perd pas de vue son objectif premier: améliorer sa rentabilité.

Un marché qui trouve ses limites

Car l’environnement économique actuel n’a plus rien à voir avec celui de la fin des années 90. La forte croissance du marché qui prévalait à l’époque est aujourd’hui reléguée au placard des vieux souvenirs.

En Europe, la plupart des individus utilisent un téléphone portable. La croissance des opérateurs de téléphonie mobile est donc en passe de trouver ses limites et tous cherchent à verrouiller leurs parts de marché.

Cruelle expérience pour France Télécom



Mais au vu des investissements consentis, dans l’achat de licences pour la téléphonie mobile de troisième génération (3G) notamment, la plupart des opérateurs se sont endettés dans des proportions très importantes.

France Télécom, qui contrôle Orange, en a fait la cruelle expérience. Après le rachat de l’opérateur de téléphonie mobile, l’endettement de la société française était parmi le plus important du secteur.

Améliorer la rentabilité

«Mal en point, France Télécom ne doit sa survie qu’au soutien financier que lui a prodigué l’Etat français. En contrepartie, la nouvelle direction doit faire baisser le niveau d’endettement dans des proportions drastiques», estime Michel Crétier, analyste financier de la banque Pictet à Genève.

La restructuration qui touche aujourd’hui la Suisse s’inscrit dans le prolongement direct de ce processus de rationalisation. Force est de constater qu’en pareilles circonstances, le personnel trinque en premier.

Le marché suisse reste attractif

Cette restructuration ne signifie pas non plus que le marché suisse ne tient pas ses promesses. «Les clients téléphonent davantage que dans les pays voisins et la concurrence se réduit à trois opérateurs seulement», constate Michel Crétier.

Pour l’analyste, les décisions prises par la filiale suisse d’Orange font tout simplement partie de «l’harmonisation des politiques de gestion indispensable dans un groupe de l’envergure de France Télécom».

Rattrapé par la réalité des chiffres, Orange est contraint de tailler dans le vif, comme n’importe quelle autre entreprise. Si le «future» reste «bright» ou «Orange», comme la publicité le prétend, il ne le sera, à l’évidence pas pour tous.

swissinfo, Jean-Didier Revoin

– Orange est le second opérateur européen de téléphonie mobile
– Actif dans 30 pays, il compte 40 millions d’abonnés
– En 2000, France Télécom rachète Orange
– Mais l’ex-monopole français hérite aussi de ses dettes
– Avec la fin de la croissance exponentielle de l’an dernier, le trou financier est encore plus difficile à combler
– Les mesures de restructuration devraient maintenant y remédier

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