Le goulet du Gothard en point de mire
La traversée du Gothard divise toujours la Suisse et l'Italie. Les ministres des transports des deux pays rouvrent cet épineux dossier, lundi à Milan.
Depuis l’accident qui avait fait onze morts le 24 octobre dernier dans le tunnel du Gothard et l’entrée en vigueur des mesures de dosage pour les poids lourds, il faut environ seize heures à un routier pour traverser la Suisse, de Chiasso à Bâle.
A l’origine du système, le ministre suisse des transports, Moritz Leuenberger, est convaincu de son bien-fondé. Introduit à la réouverture du tunnel le 21 décembre dernier, le système aurait dû rester en place le temps nécessaire aux techniciens de peaufiner les mesures de sécurité.
Aurait dû car, entretemps, Moritz Leuenberger a décidé de le maintenir sine die.
Or la circulation alternée des camions sous le Gothard a transformé la A2 en un goulet d’étranglement. Les temps d’attente pour les routiers peuvent aller jusqu’à 24 heures en cas de «phase rouge».
Insupportable pour les transporteurs
La situation est d’autant plus insupportable pour les transporteurs que la Léventine n’est pas dotée d’infrastructures adéquates en cas de longues attentes.
Les chauffeurs sont laissés à eux-mêmes, sans services de restauration ou, tout simplement, hygiéniques. De leur côté, les habitants de la vallée au pied du Gothard se plaignent des colonnes incessantes, du bruit, de la pollution et de la saleté.
Au Tessin, les milieux économique et touristique dénoncent des pertes sèches depuis la mise en fonction du dosage. Ainsi le restoroute de Stalvedro à Quinto, à une dizaine de kilomètres du tunnel, a annoncé à fin mai que son chiffre d’affaires a reculé de 30 à 40% et dix de ses 45 employés ont été licenciés.
Ministre intransigeant
Moritz Leuenberger n’en a cure et tient bon. Ceci malgré la volonté des partis bourgeois de lever le dosage. Le Conseil fédéral considère uniquement justifiée la revendication de favoriser le trafic régional de transit. De leur côté, les socialistes et les Verts soutiennent la politique prônée par M. Leuenberger.
Lundi à Milan, une dizaine de jours avant la deuxième table ronde sur ce thème prévue le 2 juillet, le ministre italien des transports Pietro Lunardi (Forza Italia) rappellera sûrement à son homologue que les accords bilatéraux avec l’UE sont désormais entrés en vigueur.
Récemment le lobby européen des transports – Italiens en tête – a demandé à la Commission européenne qu’elle s’oppose aux mesures mises en place sous le Gothard. Ceci au nom de l’accord bilatéral sur le transport terrestre.
Pietro Lunardi sera le porte-parole de son Premier ministre Silvio Berlusconi et des associations italiennes des routiers et des transporteurs qui accusent la Suisse de ne pas respecter le principe de la libre circulation des marchandises à travers les Alpes.
Il demandera sûrement à son homologue suisse d’assouplir sa position. Moritz Leuenberger quant à lui n’a pas l’intention de céder. Il tablera sur la solution du transport par le rail et tâchera de convaincre l’Italie d’améliorer sa politique à cet égard.
swissinfo/Gemma d’Urso, Lugano
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