Le pari audacieux de Nestlé en Chine
Nestlé a racheté pour 6 millions de dollars le plus important producteur de lait du sud-ouest du pays. Mais, la direction de Die Quan crie au scandale.
Le gouvernement de Eryuan, province de Yunan, contrôle 92% du capital de Yunnan Dengchuan Die Quan (Papillon de printemps). Il a décidé de vendre à Nestlé le premier fabricant de lait du Yunan avec plus de 2000 points de vente.
Cette société a été crée en 1959 à Dali, une destination touristique très populaire, dans une région active depuis 500 ans dans la production du lait. Et qui compte plus de 60 000 vaches.
A court d’argent
La direction de Die Quan est outrée par la décision du gouvernement local de céder l’entreprise à Nestlé pour une somme aussi modique. Et cela d’autant plus que 80 de ses cadres étaient disposés à la reprendre.
Mais les autorités locales, à court d’argent, ont décidé de la céder à Nestlé.
Le géant suisse de l’alimentation était considéré comme un puissant partenaire. Qui plus est, Pékin encourage ses provinces à privatiser leurs entreprises déficitaires. La dette de Die Quan est estimée à 60 millions de yuans (environ 9 millions de dollars).
Son vice-président, Li Linxing, estime que vendre le producteur de lait à Nestlé est une mauvaise décision stratégique.
Car il perdra l’un de ses principaux partenaires à Shanghai, Guangming qui est aussi l’une des trois plus grandes sociétés laitières en Chine.
Selon un économiste cité par le journal South China Morning Post, Nestlé accorde la priorité à la croissance de sa part du marché laitier chinois. Par le rachat de sociétés locales les plus compétitives pour, à terme, obtenir une situation de monopole.
Persuader ses cadres
Nestlé devient le propriétaire de Die Quan au risque de s’aliéner sa direction. Il lui faudra un sens diplomatique très aigu pour persuader ses cadres de suivre sa stratégie.
La multinationale suisse a accédé au marché chinois en 1979. Elle contrôle 14 entreprises, 19 autres sous forme de joint venture avec des partenaires locaux, plus un centre de recherche.
Selon un autre économiste cité par le journal de Hong Kong, Nestlé a perdu de l’argent en Chine pendant plus de dix ans. Il ne serait devenu profitable qu’à partir de 2000.
swissinfo/Georges Baumgartner à Tokyo
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