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Le prestige horloger tient salon à minuit une

En novembre dernier, l'horlogerie suisse a enregistré le premier recul de ses exportations depuis mars 2005. Keystone

Genève accueille jusqu'à vendredi son 19e Salon international de la haute horlogerie (SIHH). Un rendez-vous professionnel du luxe horloger placé sous le signe de la crise et d'une baisse de fréquentation des «acheteurs».

L’horlogerie suisse, et particulièrement le luxe horloger, ont connu des croissances à deux chiffres ces dernières années. C’était avant la crise financière, généralisée ensuite au reste de l’économie.

Les gens fortunés se sentent moins riches et freinent sur leurs dépenses. Les acteurs de la finance perdent leur job. Ce qui signifie pour les magasins et détaillants de l’horlogerie des stocks de produits plus difficiles à écouler. Avec la perspective pour les marques de voir les commandes fondre…

En novembre, l’horlogerie suisse a vu ses exportations baisser de 15%. Et «nous manquons de visibilité pour les prochains mois», reconnaît Jean-Daniel Pasche.

La FH prévoit un nouveau recul en décembre, mais «il fera suite à des niveaux de vente jamais atteints auparavant», rappelle le président la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH).

Richemont touché

Ce début de semaine, le groupe Richemont, dont les marques composent l’essentiel des participants au SIHH, a annoncé une baisse de 7% de son chiffre d’affaires pour la période d’octobre à décembre.

Pour décembre seul, la chute atteint même 12% dans le monde et 24% aux Etats-Unis. Le numéro deux mondial du luxe derrière LVMH estime affronter actuellement les conditions de marché les plus difficiles de ses 20 ans d’histoire. Et ne voit, à ce stade, aucun motif d’optimisme.

C’est dans ce contexte que s’est ouverte la 19e édition du SIHH. Moins de dépenses somptuaires et de soirées, moins de paillettes et de glamour dans les allées de cet écrin du luxe, mais le SIHH accueille les détaillants qui comptent, indique Fabienne Lupo, sa directrice. Toutefois, les clients américains ou japonais seront nettement moins nombreux cette année.

«On attend une baisse de 50% pour l’Amérique du Nord, proche de 45% pour le Japon», précisait-elle au moment de l’ouverture. L’Asie devrait afficher une fréquentation en baisse de 25%. En 2008, le salon, qui se veut celui de la crème horlogère, avait accueilli 14’000 visiteurs

Recentrage affiché

La période est jugée «glaciaire à bien des égards», reconnaît Fabienne Lupo. Mais selon elle, l’industrie de la haute horlogerie a saisi l’occasion pour se recentrer sur ses valeurs: l’authenticité, le patrimoine culturel et le savoir-faire.

Dans l’atmosphère des salons feutrés du SIHH, les premières marques à ouvrir le bal des présentations techniques ont affiché leur créativité et leurs innovations plutôt que leurs objectifs commerciaux.

Sur les dix-sept marques qui exposent leurs collections, douze précisément appartiennent au groupe Richemont. L’onde de choc de la crise a directement touché le vaisseau amiral – Cartier – qui a officialisé la semaine dernière un recours au chômage partiel pour deux ou trois mois et une centaine de salariés.

La tempête n’est pas terminée et ses effets dévastateurs restent difficiles à cerner. Les indépendants comme Audemars-Piguet, JeanRichard, Girard-Perregaux et Parmigiani reconnaissent d’ailleurs avoir baissé la voilure depuis le coup de semonce de l’automne.

Haro sur les faux

Une autre incertitude plane sur ce SIHH. Le salon a changé de dates en raison de la proximité du salon de l’auto. Dorénavant, il se tient en janvier et Baselworld à la fin mars (26 mars-2 avril).

Les acheteurs et détaillants de la planète feront-ils deux fois le voyage de la Suisse? Toujours est-il que ce nouvel agenda servira à tester la résistance de l’industrie horlogère. Une industrie qui s’en prend une nouvelle fois aux contrefaçons.

«Le marché de la contrefaçon porte atteinte à la capacité d’innovation, à la réputation et aux ventes [des maisons horlogères suisses]» soulignent entre autres arguments la Fondation de la haute horlogerie, qui organise le SIHH, et la Fédération horlogère suisse (FH).

Le marché de la piraterie et de la contrefaçon représente des montants annuels compris entre 200 et 300 milliards de dollars, soit entre 5 et 7% du commerce international. Et 6% des ventes des marques suisses de haut de gamme, indiquent les deux initiateurs d’une campagne internationale de prévention.

Par voie d’affichage urbain et dans la presse internationale, cette campagne – sous le slogan «Fake watches are for fake people» -, vise à faire comprendre que la contrefaçon ne serait pas si florissante «sans une clientèle peu scrupuleuse».

swissinfo et les agences

Troisième. L’horlogerie est la troisième industrie d’exportation de la Suisse après les machines et la chimie. Elle exporte 95% de sa production.

Fois 4. La valeur des exportations horlogères suisses s’est élevée à 16 milliards de francs en 2007, contre 4,3 milliards en 1986.

Destinations. Les principaux marchés de l’horlogerie suisse sont, dans l’ordre, Hong Kong, les Etats-Unis, le Japon, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Chine, Singapour et les Emirats arabes.

Employés. De 90’000 collaborateurs avant la crise des années 70, les effectifs de la branche sont passés à 30’000 au milieu des années 80. Ils se montaient à 48’835 personnes en 2007.

Recul. En novembre dernier, traditionnellement le plus gros mois de l’année, la branche a vu ses exportations diminuer de 15,3%. Le premier recul depuis mars 2005.

Noms. La flotte Richemont se compose d’IWC, Jaeger-LeCoultre, Lange & Sohne, Vacheron Constantin.

Piaget, Cartier, Baume & Mercier, Dunhill, Montblanc, Panerai, Roger Dubuis et Van Cleef & Arpels font aussi partie du groupe basé en Suisse.

Nouveau. La dernière venue au salon SIHH est une co-entreprise avec Ralph Lauren, Ralph Lauren Watches and Jewelry.

Extérieurs. Sont aussi présents les indépendants Audemars-Piguet, JeanRichard, Girard-Perregaux et Parmigiani.

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