Le yo-yo de la Bourse touche Monsieur Tout-le-Monde
Petits actionnaires, salariés, futurs retraités et simples contribuables, les soubresauts de la Bourse ne concernent pas que les professionnels de la finance.
La chute vertigineuse des Bourses mondiales est en train de donner des cheveux blancs à tous les investisseurs. Depuis janvier, Le Swiss Market Index, l’indice des valeurs vedettes helvétique, a perdu plus de 25%. Des actions de grandes sociétés suisses affichent même un recul supérieur à 50%.
Un tiers des Suisses a des titres
Mais l’évolution des marchés ne touche pas que le monde de la finance. La Bourse provoque des répercussions directes ou indirectes sur l’économie réelle et par ricochet sur le porte-monnaie de tous les citoyens.
Premiers concernés, les 1,7 millions de Suisses (un tiers de la population de plus de 18 ans) qui possèdent des actions ou des fonds de placements et qui ont vu leurs investissements fondrent comme neige au soleil.
L’impact est brutal car la chute frappe aussi des titres vedettes de la Bourse helvétique comme Roche, ABB ou Zurich, qui d’habitude font plutôt office de valeur-refuge. Ces actions étaient considérées, il y a peu, comme des placements de «père de famille».
Licenciements en vue
La chute des marchés a aussi une influence sur les résultats des entreprises, notamment dans le secteur de la finance. Les banques réalisent une part importante de leur bénéfice grâce aux commissions dégagées par la gestion de fortune.
Or, non seulement la masse d’argent sous gestion est en train de fondre, mais en plus, dans un marché en chute libre, de nombreux clients limitent leurs ordres. Les bonus des employés vont fortement s’en ressentir et, pire, face à des résultats en baisse, plusieurs banques suisses ont déjà annoncé des suppressions de postes.
Les autres entreprises sont dans la même galère. Celles qui comptaient entrer en Bourse pour trouver de nouveaux capitaux doivent déchanter. Un sérieux problème notamment pour les sociétés actives dans le domaine de la biotechnologie qui vont être freinées dans leur développement. L’emploi va encore en souffrir.
Les salariés doivent également craindre pour leurs vieux jours. La chute boursière a grevé les réserves de l’AVS. Depuis 1997, l’organisme peut diversifier ses placements en achetant des titres.
Selon une analyse du Téléjournal de la TSR, depuis le début de l’année le fonds de compensation de l’AVS a perdu 1,5 milliards de francs à cause de ses investissements en actions. Comme les placements en obligation et les prêts à des collectivités publiques ont rapporté 700 millions, la perte nette s’élève à 800 millions.
Actuellement, les réserves de l’AVS sont encore d’environ 22 milliards, mais une chute durable des cours de la Bourse pourrait mettre à mal sa capacité à verser les futures retraites.
L’économie dans la tourmente
Pour les caisses fédérales et cantonales, la situation n’est pas plus réjouissante. Au vue des baisses répétées sur les marchés boursiers et la morosité de la conjoncture, l’Administration fédérale des finances s’attend à des recettes fiscales pour 2002 inférieures aux prévisions.
Une diminution est escomptée dans les domaines du droit de timbre, de la TVA ainsi que des impôts sur la fortune et le revenu des personnes physiques. Sans oublier la baisse sur la taxation des bénéfices des sociétés.
Au final, c’est toute l’économie qui risque de pâtir de la chute brutale des Bourses. Les particuliers qui se retrouvent sans emploi ou avec une fortune en baisse pourraient réduire leur consommation. C’est donc la croissance globale qui serait touchée.
«Même s’il n’existe pas de corrélation directe entre les deux sphères, la Bourse a une influence sur l’économie réelle», estime Paul Dembinski, professeur d’économie à l’Université de Fribourg, dans une interview à l’ats.
Le secteur financier représente 5 à 10% du produit national brut, une diminution de 30% de ses affaires a immanquablement des conséquences négatives, note l’économiste.
swissinfo/Luigino Canal
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