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Les actionnaires d’ABB tournent la page

Les responsables d’ABB ont reconnu avoir commis des erreurs et ont aussi promis plus d'ouverture. Keystone

Malgré les turbulences que traverse le groupe helvético-suédois, ses actionnaires ont renoncé à se rebeller lors de l'assemblée générale de mardi.

Ils étaient plus de deux mille à s’être déplacés à Zurich pour cette assemblée annuelle. L’occasion rêvée de régler des comptes. Car les motifs de grogne ne manquent pas pour les actionnaires d’ABB. Il y a un résultat 2001 catastrophique, avec plus d’un milliard de francs suisses de pertes.

S’y ajoute le scandale des 233 millions perçus à leur départ par deux anciens responsables de l’entreprise, Percy Barnevik et Göran Lindahl (qui se sont engagés à rembourser une partie de la somme). Barnevik-Lindahl: ces noms étaient d’ailleurs sur toutes les lèvres. «Deux escrocs», est même venu s’écrier à la tribune un petit actionnaire.

Décharge pour tout le monde

Les deux Suédois ont en fait joué le rôle de paratonnerre, essuyant beaucoup de la colère des investisseurs. Mais à l’heure du vote, malgré la mauvaise humeur de l’assemblée, c’est l’ensemble des responsables du géant mondial de l’électrotechnique qui ont reçu la décharge demandée par le conseil d’administration, y compris les «profiteurs» Barnevik et Lindahl.

A plusieurs reprises, ce sont donc les voix des gros actionnaires qui ont vraisemblablement fait pencher la balance. Notamment celle du groupe BZ de Martin Ebner, qui contrôle environ 10% des voix. Un rôle d’ailleurs contesté, du côté de ceux qui s’opposaient à la décharge.

«En principe, selon l’article 695 du code des obligations, un membre du conseil d’administration, Monsieur Ebner en l’occurrence, n’aurait pas le droit de voter la décharge», a expliqué à swissinfo Dominique Biedermann, directeur de la fondation Ethos, qui représente les intérêts de plus de 90 caisses de pension.

Mea culpa

Les responsables d’ABB s’en tirent bien, donc. Il faut dire qu’ils ont également su faire leur mea culpa. «Nous savons que nous avons fait des erreurs, mais nous sommes prêts à en tirer les conséquences», a avoué le président du conseil d’administration, l’Allemand Jürgen Dormann, avant de promettre plus d’ouverture.

«Il y a deux ans, ABB était encore un symbole de réussite mondial», a-t-il en outre rappelé, en forme de bilan. Depuis, l’entreprise a perdu les deux tiers de sa valeur, passant de 30 à 10 milliards de dollars.

Là encore, Percy Barnevik en prend pour son grade. «Trop d’influence a été concentrée trop longtemps sur une seule personne», selon Jürgen Dormann. Qui a également critiqué la stratégie «nouvelle économie» lancée en son temps par Göran Lindahl.

Promesse de transparence

Le président du conseil d’administration est également revenu sur les circonstances qui ont amené ABB à débourser les fameux 233 millions, mettant le doigt sur certains dysfonctionnements. Entres autres, le fait que le conseil dans son ensemble n’aie pas été tenu au courant de ces arrangements.

Des explications qui n’ont pas entièrement convaincu Daniel Biedermann, qui salue pourtant l’effort de transparence de Jürgen Dormann. «Il n’a pas été très clair sur la manière dont les rémunérations ont été fixées et sur qui a signé ces dédommagements très importants, exorbitants.»

Les dirigeants d’ABB ont également répondu point par point à la série de questions posée par Hans-Jacob Heinz, de l’Association de défense des actionnaires suisses, auteur d’une plainte pénale contre Messieurs Lindahl et Barnevik. Du coup, l’avocat zurichois a décidé de retirer sa demande de contrôle spécial de l’entreprise.

swissinfo/Pierre Gobet, Zurich

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