Les Allemands se méfient de Skyguide
Berne prend des mesures provisionnelles, alors que les reproches contre les aiguilleurs du ciel suisses redoublent en Allemagne.
Mardi, l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) a annoncé certaines mesures provisionnelles, en conséquence directe de la catastrophe aérienne au-dessus du Lac de Constance.
Ainsi, le contrôleur de Skyguide en cause dans la collision est suspendu jusqu’à nouvel avis. Mais cette interdiction provisoire de surveiller l’espace aérien ne signifie pas qu’une quelconque part de responsabilité lui soit attribuée pour l’instant, indique l’OFAC.
Autre mesure provisionnelle: les contrôleurs devront être au moins deux à surveiller un secteur de l’espace aérien, de jour comme de nuit.
Et finalement, la société ne pourra plus mettre hors service plusieurs systèmes de sécurité à la fois, ni d’en réduire le fonctionnement, à moins de prévoir d’autres mesures, comme par exemple l’augmentation du personnel en service.
Perte de confiance
Par ailleurs, la société suisse de contrôle aérien a perdu la confiance des autorités de la ville de Constance. Dans une lettre adressée au ministre allemand des transports, Kurt Bodewig, le maire de la cité, Horst Frank, exige que le contrôle de l’espace aérien au sud de l’Allemagne soit retiré aux Suisses et confié aux Allemands «dans l’intérêt» et «pour la sécurité» de la population de cette région.
Les pilotes allemands ont eux aussi critiqué Skyguide. Le porte-parole du syndicat Cockpit, Georg Fonden, s’est déclaré «extrêmement déçu par la direction de cette entreprise» et a appelé à en «tirer les conséquences de toute urgence».
Condoléances
Mardi encore, soit une semaine après la collision tragique, Skyguide a quant à elle exprimé ses condoléances aux victimes, via une annonce parue dans le journal régional.
De plus, 23 aiguilleurs du ciel suisses se sont rendus sur les lieux du drame, à Überlingen. Ils y ont déposé des fleurs à l’heure où les deux avions se sont percutés le 1er juillet dernier.
La cérémonie du Land de Bade-Wurtemberg à la mémoire des victimes de la collision aura lieu vendredi à 11h00 dans la petite ville au bord du lac de Constance. Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger y assistera.
Le président allemand, Johannes Rau, ne sera par contre pas présent. Son représentant n’est pas encore connu. De même, on ne sait pas encore si la Russie enverra une délégation.
47 victimes identifiées
Mardi, 47 des 71 victimes avaient pu être identifiées. Des analyses ADN seront nécessaires à l’identification des autres corps. Les dépouilles mortelles devraient être rapatriées en Russie ces prochains jours. Trente-trois corps des passagers du Tupolev russe qui ont péri dans l’accident ont déjà été rendus aux familles dimanche dernier.
«Une harmonisation nécessaire»
«Une collaboration à l’échelle européenne et une harmonisation sont nécessaires pour le contrôle aérien», estime le ministre allemand des transports, Kurt Bodewig. L’espace aérien européen est trop petit et trop sollicité pour qu’on puisse se contenter de frontières et de règles nationales, selon M. Bodewig. «Nous devons faire en sorte que le contrôle aérien soit géré en Europe sur la base de standards élevés et uniques», a-t-il dit dans une interview parue mercredi dans le quotidien Mittelland Zeitung (MZ).
Le ministre allemand espère que la Suisse va se joindre au projet européen de ciel unique. La proposition Single European Sky vise à instaurer des règles communes pour le contrôle aérien dans tous les pays de l’Union européenne, indépendamment des frontières nationales.
Kurt Bodewig s’est exprimé de manière prudente concernant les critiques allemandes contre les aiguilleurs du ciel suisse après la catastrophe au-dessus du lac de Constance. «Nous connaissons la situation tendue au niveau du personnel des contrôleurs aériens en Europe.»
Il manque aussi quelque 175 personnes au contrôle aérien allemand. «Les problèmes d’effectifs ne doivent toutefois pas être résolus au détriment de la sécurité», a-t-il ajouté.
Selon le ministre, le crash du 1er juillet a également une influence sur l’accord aérien entre la Suisse et l’Allemagne. Le refus de la Suisse apporte de l’eau au moulin de ceux qui exigent un transfert immédiat à l’Allemagne des tâches de contrôle aérien assumée jusqu’ici par la société suisse Skyguide.
Or, un tel transfert compliquera les procédures d’approche et donnera davantage de travail aux deux pays. La Suisse et le land allemand du Bade-Wurtemberg, aussi opposé à l’accord, devraient revoir leur position après ce qui vient de se passer, estime Kurt Bodewig.
swissinfo/tsr.ch avec les agences
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