Les caméras de Kloten toujours sous observation
La phase de test de la reconnaissance électronique des visages s’est terminée mi-juin à Kloten. Les autorités zurichoises sont très prudentes quant à la suite.
Le préposé à la protection des données craint que le canton de Zurich ne fasse cavalier seul.
Tant qu’il s’agissait d’une phase de test, il n’avait rien à redire, affirme Bruno Baeriswyl, le «protecteur des données» zurichois.
Le préposé se fait en revanche quelques soucis à propos d’une éventuelle extension de la technologie biométrique Farec («Face recognition») souhaitée par la police zurichoise.
Trois reports
Ce système vise à déjouer les tentatives faites par certains immigrés de mentir sur leur pays d’origine. Il est composé d’un ordinateur et d’une caméra qui saisit des données précises comme l’éloignement entre les yeux, la taille du menton etc.
«Nous avons contrôlé les procédures ce printemps et avons constaté qu’elles se déroulaient dans le cadre convenu pour cette phase pilote», a déclaré Bruno Baeriswyl mardi à Zurich lors de la présentation de son bilan annuel.
Trois fois reporté en raison de difficultés techniques, le projet avait finalement démarré mi-janvier, avec une seule caméra.
Bruno Baeriswyl avait imposé des garde-fous: les personnes filmées devaient en être informées, les images stockées devaient être codées et effacées automatiquement après 30 jours.
Généralisation sans base légale
Selon la déclaration d’intention du Conseil d’Etat (l’exécutif), une deuxième phase de test doit porter le nombre de personnes testées à environ 1500 passagers par jour.
D’où les craintes de Bruno Baeriswyl: «En cas d’application généralisée, il manquerait assurément une base légale».
Or, dit-il, «la loi sur les étrangers, prévue pour abriter une nouvelle disposition, n’est attendue qu’en 2005, au plus tôt. Et il semble que le canton soit pressé. Il serait très regrettable qu’il agisse seul en édictant sa propre base légale.»
Des résultats mitigés
Du côté de la police cantonale, rien ne filtre sur cette première phase de test, prolongée de fin mars à mi-juin, pour élargir la base statistique mais aussi pour régler de nouveaux problèmes techniques.
C’est ce qu’avait expliqué la police fin avril lors d’un bilan intermédiaire. En près de trois mois, 500 personnes avaient été contrôlées et six tentatives de «tricherie» avaient été déjouées par l’ordinateur.
«Nous ne faisons aucun commentaire avant la publication de l’évaluation, fin juillet ou début août, dit Werner Benz, porte-parole de la police cantonale. En conséquence, nous n’avons pas non plus encore décidé de poursuivre ou non le projet.»
Prudence ou doutes?
Prudence identique auprès du Département concerné, la Direction des affaires sociales et de la sécurité dirigée par la démocrate du centre Rita Fuhrer.
«Nous n’allons rien précipiter, déclare la porte-parole Irene Schellenberg, et nous n’allons pas nous lancer dans une phase définitive à n’importe quel prix.»
Cette prudence dénote-t-elle des doutes sur la technologie? Aucun commentaire officiel n’est fait sur ce point.
Le porte-parole du Préposé fédéral à la protection des données ne cache en revanche pas son scepticisme.
«Des tests de technologie biométrique effectués à Londres et aux Etats-Unis avec d’autres systèmes ont abouti à des taux d’échec de 50% qui les rendent inutilisables», note Kosmas Tsiraktsopulos.
Autre question: «S’il s’agit de repérer une dizaine de tricheurs par année, sur des millions de passagers arrivant en Suisse, la mesure est disproportionnée».
Offices fédéraux intégrés aux préparatifs
A Berne toujours, l’Office fédéral des étrangers, (rebaptisé Office fédéral de l’immigration, de l’intégration et d’émigration, IMES) a été intégré aux préparatifs zurichois, tout comme l’Office fédéral des réfugiés, qui a même cofinancé la phase pilote.
L’IMES n’a pas perdu son intérêt pour Farec: «Cette technologie permettrait de repérer les arrivées clandestines, mais il faut être sûr que les portraits ne sont pas utilisés à des fins policières et aussi, bien sûr, que le système fonctionne», déclare Mario Tuor, porte-parole.
En une année, les «si» et les «mais» se sont donc multipliés. La police elle-même en avait fait l’expérience lorsqu’elle avait voulu présenter son bijou électronique en janvier.
L’ordinateur avait été incapable de reconnaître un fonctionnaire à lunettes qui se prêtait au jeu. D’ici à deux ou trois semaines, on devrait savoir si ces «défauts de jeunesse» ont pu être corrigés.
Zurich, Ariane Gigon Bormann
– Le système de reconnaissance biométrique des visages ou Face Recognition, (FAREC) est préparé depuis plus de trois ans par la police cantonale zurichoise.
– Annoncé dès juillet 2002, le projet a subi plusieurs retards, notamment suite aux exigences de la protection des données
– L’appareil, une caméra liée à un ordinateur, prend plusieurs clichés d’une personne, les stocke et les compare avec les photos d’une banque de données contenant les portraits de suspects.
– Le programme est censé reconnaître un visage déjà enregistré.
– La phase pilote a été lancée à Kloten mi-janvier 2003. Les personnes filmées devaient être informées. Les données devaient être effacées automatiquement après 30 jours.
– Selon un premier bilan, communiqué fin avril, quelque 500 personnes avaient été filmées. Dans six cas, le système a permis de déjouer la tentative d’un immigrant d’indiquer un pays d’origine erroné.
– La phase de test a été prolongée de fin mars à mi-juin. Les résultats devraient être communiqués ces prochaines semaines.
– L’introduction définitive de ce système nécessite une nouvelle base légale.
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