Les entreprises font leur révolution culturelle
Indications sur les salaires, contestation des dirigeants, pression des actionnaires, la transparence entre dans les moeurs des sociétés suisses.
En quelques mois tout a basculé dans le monde très feutré des entreprises helvétiques. La publication des retraites mirobolantes reçues par les anciens dirigeants du groupe ABB, puis la débâcle de Swissair ont fait éclater au grand jour les dysfonctionnements qui règnent au sein des groupes suisses.
Dans le pays, les réflexions critiques se multiplient. Une initiative parlementaire et une directive de la Bourse suisse exigent plus de clarté sur les organes dirigeants des entreprises et sur leur salaire.
Même economiesuisse, la très conservatrice organisation des milieux patronaux, a admis que le fonctionnement des entreprises posait un problème.
Résultat, un code baptisé «Swiss code of best practice» devrait entrer en vigueur cet été. Son application restera toutefois purement volontaire. Pas question, pour l’instant, d’imposer des principes de bonne conduite aux sociétés.
Membres cooptés
La méthode suisse de gouvernement d’entreprise, avec ses administrateurs grassement rémunérés et ses patrons qui cumulent les fonctions, est désormais sur la sellette.
«Il y a trop peu de transparence dans les conseils d’administration, les membres sont souvent cooptés sans tenir compte de leurs réelles compétences», estime l’économiste Beat Kappeler.
Un système conservateur, où administrateurs issus du monde politique et directeurs entretiennent des liaisons dangereuses.
Comme la loi autorise au maximum 50% d’étrangers au sein d’un conseil d’administration, on retrouve les mêmes personnalités dans plusieurs sociétés ce qui engendre d’importants conflits d’intérêts.
Actuellement, à peine 26% des administrateurs des grands groupes suisses sont étrangers. Au sein des PME, cette proportion est quasi nulle.
La double casquette de certains patrons est aussi en ligne de mire car le cumul des fonctions de président du conseil d’administration et de la direction opérationnelle est autorisé.
Révolte des actionnaires
Depuis le début de l’année, c’est une véritable révolution culturelle qui s’est abattue sur les grands patrons helvétiques. La pression des investisseurs a, par exemple, forcé Rolf Hüppi à lâcher son poste de directeur général de Zurich Financial Services (ZFS) pour ne conserver que la présidence du conseil d’administration.
Les prochaines assemblées générales de ZFS et du Credit Suisse promettent des discussions houleuses entre les actionnaires et les dirigeants.
Tenant compte de la tempête qui gronde, plusieurs multinationales ont joué la transparence à l’occasion de la publication de leurs résultats 2001. Roche, Swiss Life et Nestlé, qui jusqu’ici cultivaient le culte du secret, ont révélé les rémunérations globales de leurs dirigeants.
La bataille va aussi porter sur la limitation des droits de vote imposée par de nombreux groupes, comme Roche, Novartis ou Nestlé.
«Il faudrait que ces limites soient levées pour que le principe démocratique une action, une voix devienne la règle», précise le financier genevois André Baladi, cofondateur de l’International Corporate Governance Network.
swissinfo/Luigino Canal
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