Les Grisons se vendent à plein tarif
Dès le printemps, l'abonnement demi-tarif ne sera plus valable sur les lignes de montagne des Grisons. Une décision qui en surprend plus d'un.
Ce retrait de la communauté du demi-tarif est prévu pour le 1er mai 2002, comme l’ont annoncé lundi dernier les entreprises de transport de la Haute Engadine à St-Moritz. Six lignes sur neuf n’accepteront plus ni le demi-tarif, ni l’abonnement général, ni les cartes famille.
Le mouvement ne fait donc que de s’étendre, puisque depuis le début de cette année, le demi-tarif n’était déjà plus valable sur les lignes de douze entreprises de transport du Nord et du Centre des Grisons.
Selon les entreprises concernées, c’est la baisse des recettes qui a rendu ces mesures indispensables. Elles critiquent vertement la clé de répartition entre les différents adhérents à la communauté du demi-tarif, qui leur serait nettement défavorable depuis l’arrivée en son sein d’entreprises communales, qui y font valoir leurs prétentions financières.
Un cas isolé
Reste que les transporteurs de montagne des Grisons sont bien les seuls en Suisse à ne plus vouloir jouer le jeu du demi-tarif. Dans l’Oberland bernois, en Suisse centrale comme en Valais, personne – à quelques exceptions près – n’envisage une telle mesure.
Ici, au contraire, on adhère toujours à la philosophie qui a présidé au lancement du demi-tarif: des prix attractifs attirent la clientèle et font augmenter les recettes globales.
Pour justifier sa politique, Hans-Jörg Matter, patron de l’Union grisonne des chemins de fer de montagne, a déclaré, dans les colonnes du Blick, que les touristes étrangers ne possédaient en général pas d’abonnement demi-tarif. Selon lui, il devient désormais injuste de les défavoriser par rapport à la clientèle suisse.
Ce qui signifie que les Grisons vont à l’avenir fixer un tarif unique, qui sera probablement un peu inférieur au plein tarif actuel. Ceci dans l’espoir de plaire aux touristes étrangers, qui devraient apporter dès lors davantage de recettes que ne le faisaient jusqu’ici les Suisses voyageant avec le demi-tarif.
Calcul d’apothicaire
Pour Hans Kaspar Schiesser, de l’Union des transports publics, il ne s’agit là que de calculs d’apothicaire. Même s’il est évident que nombre d’entreprises de transports sont dans une situation financière difficile, la solution grisonne n’est guère de nature à les en faire sortir.
«Les Valaisans avaient déjà envisagé la chose et leurs calculs les ont convaincu de ne pas le faire. L’espoir de voir ainsi les revenus s’améliorer n’est qu’une pure conjecture, qui laisse la plupart des experts sceptiques», explique Hans-Kaspar Schiesser.
Personnellement, il ne serait pas étonné de voir les Grisons revenir dans la communauté du demi-tarif après deux ans d’expérience en solitaires.
Un mauvais signal
Et même indépendamment des considérations financières, l’Union des transports publics voit dans la décision grisonne une «mauvaise nouvelle». «Il n’est pas bon de restreindre les zones de validité de l’abonnement demi-tarif, souligne Hans-Kaspar Schiesser. Pour tous ceux qui défendent les transports publics, ce qui se passe en ce moment aux Grisons représente une grosse déception».
A la section grisonne de l’Association transports et environnement, on s’inquiète également de cette décision. Selon l’association écologique, ce retrait donne un «mauvais signal». Les hôtes qui voyagent en train sont ainsi considérés comme des touristes de seconde classe, alors que ceux qui viennent en voiture se trouvent favorisés.
Felix Münger
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