Les «politiques» dans le collimateur
Le fiasco de la BCGe rattrape la classe politique genevoise. Elle siégeait aussi à la Banque Hypothécaire et à la Caisse d'Epargne.
La Banque du canton de Genève(BCGe) n’en a pas fini avec son lourd passé. Tandis que Le Temps révèle que le Conseil d’Etat se réserve le droit de demander des dommages et intérêts aux administrateurs de la BCGe, y compris les conseillers d’Etat, La Tribune de Genève demande que le «grand ménage de printemps» s’attaque à présent à l’étage politique de la BCGe.
Après le promoteur immobilier Carlo Lavizzari, c’est au tour de Marc Fues, ancien directeur de la BCGe, de crier son innocence. Sa ligne de défense est simple: tous les crédits importants ont toujours été accordés de façon collégiale.
En clair, quand cette banque, qui appartient aux contribuables genevois, versait 10 millions de francs à Carlo Lavizzari en 1992 pour maintenir son train de vie, et acquérir une chasse en Alsace, tous les membres du comité de banque approuvaient cette générosité.
Quatre conseillers d’Etat administrateurs
Dans ces conditions, pourquoi ne s’en prendre qu’à Marc Fues et à Dominique Ducrot, ancien président du conseil d’administration de la BCGe? Tous les administrateurs de la Banque Hypothécaire et de la Caisse d’Epargne de 1990 à 1993, et tous ceux de la BCGe (née de la fusion des deux banques) de 1994 à 2000, devraient eux aussi rendre des comptes.
Les quatre conseillers d’Etat, Micheline Calmy-Rey, Martine Brunschwig Graf, Laurent Moutinot et Carlo Lamprecht, pourraient un jour se voir réclamer des dommages et intérêts Le fiasco de la BCGe a tout de même coûté trois milliards de francs aux Genevois.
«Aucun dirigeant bancaire n’a pu agir dans la solitude la plus complète. Et quand bien même cela serait, une telle situation démontrerait une faute grave de la part des autorités politiques», lâche Jean-Noël Cuenod, journaliste à La Tribune de Genève, dans un éditorial au vitriol.
Succession de Bernard Bertossa
Alors que se joue ce dimanche la succession de Bernard Bertossa au poste de procureur général, les déclarations tonitruantes dans la presse des différents protagonistes du dossier de la BCGe créent un certain malaise au Palais de justice de Genève.
Après le quotidien économique L’Agefi, qui n’a pas hésité à traiter de «médiocres et d’incapables» les magistrats genevois, Carlo Lavizzari et Marc Fues ont pu crier leur innocence dans des pages entières de la presse romande, parlant d’arrestation «inique et injuste» et de «machination», sans que les magistrats ne puissent répondre.
«Il ne s’agit pas d’empêcher ces personnes de s’exprimer. Mais pourquoi ne dévoilent-elles pas leurs actes d’accusation?», s’étonne Jean-Bernard Schmid, le candidat de l’Alliance de gauche. «Il ne faut jamais oublier que c’est un tribunal qui rendra la justice, pas une campagne dans la presse», rappelle Daniel Zappelli, soutenu par l’Entente (droite).
swissinfo/Ian Hamel
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