Les ratés de la libéralisation européenne
La plupart des pays membres de l'union européenne veulent accélérer le processus de libéralisation du secteur de l'énergie.
La déréglementation totale aurait normalement dû être achevée en 2006. Mais la France met des bâtons dans les roues.
En 1996, l’Union européenne (UE) a décidé de procéder à une libéralisation progressive du secteur européen de l’énergie (gaz et électricité).
Selon le calendrier fixé, le marché devait être ouvert dans un premier temps à 30%. Au minimum.
Aujourd’hui, la plupart des pays souhaitent accélérer le processus, afin que la libéralisation profite à tous les consommateurs, et plus seulement aux entreprises.
Mais la France s’y oppose. En effet, Paris rechigne à mettre en difficulté le monopole détenu par EDF-GDF.
Lors du sommet européen de Barcelone, en mars dernier, le gouvernement français a bataillé ferme pour freiner l’élan de ses partenaires.
Ouverture totale pour les professionnels
Finalement, les Quinze se sont mis d’accord pour une ouverture totale aux professionnels à partir de 2004.
Mais, pour les particuliers, aucune date n’a encore été fixée. Il est seulement prévu de trouver un compromis d’ici le printemps 2003.
Cela dit, certains pays n’ont pas attendu. Ainsi la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont d’ores et déjà ouvert à 100% leurs marchés.
Par ailleurs, onze Etats membres sur quinze ont annoncé que tous leurs consommateurs pourraient choisir les fournisseurs d’électricité ou de gaz en 2007 au plus tard.
La Commission européenne, quant à elle, souhaitait une ouverture complète aux particuliers dès 2005. Sans l’opposition de la France, la proposition aurait été adoptée à Barcelone.
Plusieurs centaines de milliards d’euros
Pour l’Union européenne, l’ouverture totale de ce secteur à la concurrence représente un marché de 250 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Soit plus que le secteur des télécommunications (200 milliards d’euros) dont l’ouverture à la concurrence a quelques années d’avance.
En mars, la Commission européenne a adopté des mesures visant à renforcer la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Union.
En effet, Bruxelles veut éviter un dérapage des prix. Et aussi tout risque de coupures d’électricité dues à des insuffisances de la production.
Un marché qui dépasse les frontières de l’UE
Les Etats doivent ainsi garantir un approvisionnement sûr à l’ensemble des consommateurs.
Ils doivent aussi prendre des dispositions pour protéger les personnes vulnérables, comme les vieux ou les handicapés.
L’objectif n’est pas de créer quinze marchés nationaux ouverts. Mais un vrai marché européen de l’électricité et du gaz.
Le défi est grand. En effet, les échanges intracommunautaires ne représentent que 8% de la production d’électricité.
Les Quinze ont également l’intention de négocier des accords d’ouverture réciproque des marchés de l’électricité avec les pays voisins. Dont la Suisse.
Ils veulent réaliser un vrai marché européen . Car les lignes à haute tension ne s’arrêtent pas aux frontières de l’Union.
swissinfo/Barbara Speziali à Bruxelles
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