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Lukas Mühlemann en disgrâce

L'été sera chaud pour Lukas Mühlemann. Tandis que les critiques contre le président de la direction et du conseil d'administration du Credit Suisse Group (CSG) s'amplifient, les rumeurs sur sa mise à l'écart suffisent à faire remonter l'action en bourse.

«D’abord, j’ai été félicité, et ensuite réprimandé», résume l’ex-directeur de McKinsey Suisse et de Swiss Re dans une récente interview. Le patron du numéro deux du paysage bancaire helvétique est en mauvaise posture et pourrait être obligé d’envisager une pause dans une carrière jusqu’ici exemplaire.

La mauvaise humeur à son encontre est perceptible. Un article de la SonntagsZeitung affirmant dimanche que le conseil d’administration du groupe devait se réunir mardi pour discuter de l’avenir de son patron a fait rebondir l’action lundi de 3,4 % à 48,85 francs.

Le service de presse du CSG n’a pas voulu faire de commentaire. Et l’action a replongé mardi. Vers 13h30, le titre avait perdu 8 % à 45 francs, avant de remonter quelque peu dans l’après-midi. A la clôture, le titre cédait encore 4,8% par rapport à la veille, à 46,5 francs.

Plus d’un tiers de perdu

Depuis le début de l’année, l’action du CSG a perdu plus d’un tiers de sa valeur. La crise des marchés, qui met sous pression l’entier du secteur, n’est pas la seule en cause. Sur la même pérdiode, l’UBS n’a cédé que 12,6 %.

L’année 2001 a été particulièrement douloureuse pour le CSG. Le bénéfice net a chuté de 73 %, à 1,59 milliard de francs, et le groupe a annoncé au total quelque 4000 suppressions d’emplois. Les problèmes de surcapacités de sa banque d’affaires, Credit Suisse First Boston (CSFB), ont lourdement pesé sur les comptes.

Acquisitions trop chères

Lukas Mühlemann a admis que le prix payé en 2000 pour la banque d’affaires américaine Donaldson, Lufkin & Jenrette (DLJ), 19,6 milliards de francs, s’est avéré a posteriori trop élevé. La faillite d’Enron, la crise en Argentine ou les poursuites sur la manière dont des entrées en bourse ont été gérées ont aussi coûté au CSFB plusieurs centaines de millions de dollars.

Mais la liste des problèmes du CSG ne s’arrête pas à la banque d’affaires. En juin, le groupe a dû injecter 1,7 milliard de francs dans la Winterthur pour renforcer sa solidité financière. La compagnie d’assurances avait été rachetée en 1997, huit mois après l’arrivée de M. Mühlemann à la présidence de la direction du CSG.

Swissair et Argentine

L’ex-prodige de la gestion a aussi été éclaboussé par des scandales frappant des entreprises dont il était administrateur. Il lui a notamment été reproché de ne pas avoir pris au sérieux son mandat à Swissair et ses contacts avec les dirigeants du Banco General de Negocios, accusés par la justice argentine d’avoir organisé la fuite de capitaux.

Les critiques se focalisent aussi sur son double mandat, à la tête du conseil d’administration et de la direction du CSG. Un tel cumul a déjà valu à l’ex-patron de Zurich Financial Services Rolf Hüppi d’être durement critiqué, et ce jusqu’à ce qu’il quitte les deux postes.

Lors de l’assemblée générale, à fin mai, M. Mühlemann a défendu ce cumul comme étant pour l’heure la meilleure solution pour l’entreprise.

Grâce à la Winterthur

Pour l’heure, la Commission fédérale des banques (CFB) admet ce double mandat parce que le CSG n’est pas un groupe purement bancaire, étant donné qu’il intègre aussi une assurance. Mais si la Winterthur devait être vendue, la CFB devrait réexaminer la situation.

Pour certains experts, il s’agit d’une question de principe. Le conseil d’administration doit définir la stratégie et contrôler sa mise en oeuvre par la direction, rappelle Pierre-André Dumont, professeur de finance à l’Université de Genève. Et le double mandat empêche un partage clair des compétences.

swissinfo avec les agences

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