Lune de miel entre ABB et la Corée du Nord
Le groupe helvético-suédois et Pyongyang concluent un accord qui réserve un rôle de choix au géant industriel suisse dans la modernisation du réseau électrique nord-coréen.
Il s’agit du premier pas vers un contrat dont le montant n’a pas été précisé.
«Une déclaration d’intention a bien été signée en présence de Micheline Calmy-Rey», a indiqué mardi à l’ats, Wolfram Eberhart, porte-parole du groupe helvético-suédois.
C’est, en fait, l’agence de presse officielle nord-coréenne qui l’a annoncé lundi. Le géant industriel suisse (énergie, automation) et le ministre nord-coréen de l’industrie électrique et houillère ont conclu un accord sur le rôle important que pourrait jouer ABB dans la modernisation du réseau électrique nord-coréen.
Le géant industriel suisse – 135 000 employés répartis dans 100 pays – a été la première entreprise occidentale à ouvrir à Pyongyang un bureau permanent.
C’était il y a un peu moins de deux ans et l’événement, à l’époque, était passé pratiquement inaperçu.
Il faisait suite à un accord de coopération – là aussi un des premiers du genre – conclu quelques mois auparavant par ABB avec le gouvernement nord-coréen. Comme celui signé cette semaine, il portait, entre autres, sur la modernisation du réseau électrique du pays.
Une centrale nucléaire
Tout avait en fait commencé le 20 janvier 2000. Ce jour-là, ABB avait reçu une fabuleuse commande d’une valeur de 200 millions de dollars! Il s’agissait de la livraison de services d’ingénieries et de composants pour les deux tranches de la centrale nucléaire nord-coréenne de Kumho.
Ce projet – parrainé par les Etats-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’Union européenne – était la conséquence d’un accord international conclu en 1994 par lequel Pyongyang s’était engagé à arrêter son programme visant à la construction d’une bombe atomique.
En échange, les Etats-Unis avaient promis de tout faire pour favoriser la construction de la centrale nucléaire de Kumho.
Beaucoup de spécialistes estiment aujourd’hui que la présence à l’époque de l’actuel ministre américain de la Défense, Donald Rumsfeld, au Conseil d’administration d’ABB a aidé le groupe à obtenir ce contrat.
Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que, trois semaines auparavant, ABB avait décidé de vendre son secteur nucléaire au géant britannique de l’industrie atomique British Nuclear Fuels BNFL pour 485 millions de dollars.
Activités occidentales ralenties
Entre temps, les travaux de construction de l’usine de Kumho ont été interrompus: la Corée du Nord ayant violé l’accord de 1994 en réactivant son programme nucléaire militaire, les Etats-Unis ont, en effet, gelé toute coopération avec Pyongyang, notamment dans le domaine atomique.
Depuis la crise nucléaire provoquée par Pyongyang, l’activité des entreprises occidentales en Corée du Nord a d’ailleurs été considérablement ralentie dans d’autres domaines.
Au siège mondial d’ABB à Zurich, on souligne à cet égard que les projets ambitieux dont il était question lorsque ABB s’est installé à Pyongyang n’ont jusqu’ici pas été réalisés.
Mais on reconnaît que, potentiellement, le nouvel accord de principe – «Memorandum of Undestanding» – signé cette semaine à Pyongyang en présence de la cheffe de la diplomatie suisse, offre des perspectives «très intéressantes».
Le réseau électrique nord-coréen serait, en effet, dans un état lamentable et si le conflit entre Pyongyang et la communauté internationale sur la question atomique s’apaisait dans les mois à venir, ABB serait très bien placé pour décrocher quelques très bons contrats en Corée du Nord. Des contrats qui tomberaient à pic.
Par ailleurs, selon nos informations, Berne serait très désireuse de jouer un rôle dans la surveillance de l’application d’un éventuel accord mettant fin au conflit «nucléaire» nord-coréen.
swissinfo, Michel Walter
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