Plus d’argent pour les victimes du nazisme
Les victimes de l'Holocauste, travailleurs forcés et réfugiés refoulés à la frontière suisse toucheront une indemnité supplémentaire vendredi.
Grâce aux fruits de la somme versée par les banques suisses au terme de l’accord global conclu en 1998.
Depuis août 1998, les1 milliard 250 millions de dollars versés par avec l’UBS et le Crédit Suisse ont été placés sur un compte aux Etats-Unis. Un compte spécial puisqu’il est exonéré d’impôts par le Congrès américain.
Dans un communiqué de presse publié mercredi, la Conférence des Prétentions Juives contre l’Allemagne (Conference on Jewish Claims Against Germany, plus communément appelée la Claims Conference) annonce que les intérêts portés par ce compte lui permettent d’augmenter de 45% les indemnités aux victimes à partir de vendredi.
Pour mémoire, l’organisation qui gère l’indemnisation des victimes juives de l’Holocauste fut créée en 1951, avec le partenariat de l’Etat d’Israël, par 24 associations juives internationales, parmi lesquelles le Congrès Juif Mondial.
1450 dollars au lieu de 1000
Selon les nouvelles estimations de l’organisation, les travailleurs forcés et leurs héritiers pourront obtenir jusqu’à 1450 dollars, au lieu de 1000. Les personnes réfoulées à la frontière suisse ou expulsées de la Confédération verront leur indemnisation passer de 2500 à 3625 dollars.
Quant aux survivants de l’Holocauste qui peuvent établir qu’ils ont été incarcérés ou maltraités en Suisse, leur indemnisation sera de 725 dollars, contre 500 jusqu’à présent.
A noter que l’augmentation des versements est rétroactive. C’est-à-dire que les victimes qui ont déjà touché leurs paiements recevront un complément.
Une certaine mesure de justice
«Ces paiements représentent une prise de responsabilité de la Suisse envers les survivants de l’Holocauste», déclare Gideon Taylor, le directeur de la Claims Conference.
Et d’ajouter: «Même si ces paiements ne pourront jamais indemniser véritablement les victimes que furent les travailleurs forcés et les réfugiés, ils constituent une certaine mesure de justice dont le symbolisme est apprécié».
Hillary Kessler-Godin, la porte-parole de la Conférence, précise à swissinfo que, grâce à l’argent versé par les banques suisses, l’organisation a déjà indemnisé quelques 115.000 travailleurs forcés, ainsi que 528 réfugiés et refoulés.
Elle ajoute néanmoins que l’accord global – pourtant créé spécifiquement afin d’indemniser les titulaires de comptes dormants – n’a bénéficié qu’à 309 personnes ayant des avoirs en déshérence en Suisse, pour un montant total d’un peu moins de 31 millions de dollars.
Certaines victimes n’ont rien touché
«Le processus est terriblement lent et la plupart des victimes que je connais n’ont rien touché», indique à swissinfo Gisella Weisshaus, une survivante de l’Holocauste qui précise qu’elle-même «n’a pas reçu un seul centime».
«La Claims Conference et les organisations comme le Congrès Juif Mondial se sont arrogés le droit de gérer et distribuer l’argent, accuse Madame Weisshaus. Mais ils n’ont aucune autorité pour le faire.»
Et de poursuivre: «Les responsables de ces organisations s’accordent de gros salaires et, pour eux, le dossier de l’indemnisation des victimes de l’Holocauste est une véritable rente».
L’intérêt des survivants est une priorité
La Claims Conference rejette ces accusations. «Laisser entendre que nous faisons traîner le processus intentionnellement est tout simplement faux, lance Hillary Kessler-Godin. Notre organisation a été chargée par les tribunaux de superviser les prétentions des victimes et dispose de 51 ans d’expérience dans ce domaine.»
«Certes, souligne encore la porte-parole de la Conférence nous avons 300 employés disséminés dans plusieurs pays, mais ils travaillent avec diligence et considèrent l’intérêt des survivants comme leur première priorité.»
swissinfo/Marie-Christine Bonzom à Washington
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