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Pourquoi des Suisses ne peuvent pas racheter Fiat

Silvio Tarchini n'a rien à ajouter à ses déclaration du 27 janvier. Keystone

Des Tessinois prétendent pouvoir racheter Fiat. Au vu des investissements colossaux nécessaires à une telle opération, l'info ressemble à de l'intox.

Deux semaines après avoir révélé son intention, Silvio Tarchini refuse d’en dire plus.

L’homme d’affaires tessinois Silvio Tarchini a pris la tête d’un groupe d’investisseurs qui se proposent de racheter le pôle automobile du groupe italien Fiat en difficulté.

Info ou intox?

Véritable motivation ou simple coup de pub? Le Tessinois, patron et fondateur des centres commerciaux Fox Town basés à Mendrisio, Zurich et Villeneuve, se refuse d’ajouter quoi que ce soit aux déclarations déjà publiées dans la presse.

«Mon père a décidé de ne plus faire aucune déclaration à ce sujet», précise sa fille, Giorgia Tarchini, responsable du marketing de Studio Silvio Tarchini.

Conjoncture économique défavorable

Toujours est-il que l’annonce de Silvio Tarchini suscite la controverse. Malgré une participation de 20% du constructeur automobile américain General Motors, les résultats de la division automobile ne se sont pas améliorés. Et aujourd’hui, la vente de la division est clairement envisagée.

Si le leader mondial de l’automobile – avec son appui financier et son réseau de distribution – n’est pas parvenu à redresser la barre, comment un petit groupe d’investisseurs pourrait-il y parvenir?

D’autant plus que la conjoncture économique ne favorise pas le secteur, du moins pour l’instant.

Un secteur en phase de stabilisation

«Le monde de l’automobile traverse une phase de stabilisation qui n’est pas faite pour arranger les choses. Même les chiffres américains ne sont pas fiables puisque le secteur est quasiment subventionné outre-Atlantique», avance Marc Gemoets, analyste financier de la banque Ferrier Lullin à Genève.

L’analyste s’attend à une accélération des ventes dans la seconde partie de l’année, sans pour autant qu’une forte croissance se produise.

Un indice conforte son point de vue. «Beaucoup de nouveaux modèles sont attendus dans le courant de l’année. C’est la première fois qu’il y en a autant depuis le milieu des années 90.»

Un positionnement délicat

Malheureusement pour le groupe italien, il n’y en a que très peu chez Fiat. Outre ce manque d’innovation, un constat s’impose: la marque reste extrêmement mal positionnée. Et pour plusieurs raisons.

Trop dépendant de son marché domestique, le groupe a mal digéré l’arrivée de ses concurrents. Il a ainsi perdu des parts de marché à leur profit, Toyota et Peugeot notamment.

La protection du marché automobile italien pendant de longues années n’a pas non plus joué en faveur du fabricant national.

Un appareil de production vétuste

«Sans véritable concurrence, le groupe n’a pas subi les pressions qui auraient dû l’inciter à adapter son appareil de production et à refaire une mise à niveau de ses produits, tant d’un point de vue technologique que qualitatif», déplore Philippe Kuster, analyste financier de la banque Lombard Odier Darier Hentsch (LODH).

D’un point de vue géographique, ensuite, Fiat est très présent sur les marchés émergents où ses ventes peinent à décoller, compte tenu des difficultés que connaissent ces économies du globe.

Enfin, du point de vue des produits. Fiat ne fabrique que trop peu de modèles de moyen, haut de gamme. Les seuls susceptibles de dégager une forte plus-value. Même s’il a mis l’accent sur le moyen et bas de gamme, les produits du groupe n’arrivent pas à rivaliser avec la forte concurrence asiatique.

Fiat conserve quelques atouts

Comme le souligne Philippe Kuster, «il n’y a que deux façons de gagner de l’argent dans l’industrie automobile. On peut produire en petites quantités des modèles de luxe qui dégagent une forte valeur ajoutée, soit on vise la production de masse, le nombre d’unités vendues permettant de dégager des économies d’échelle».

En fait, les problèmes du groupe italien sont les suivants: doté de faibles moyens financiers, il reste dans l’incapacité de rénover son outil de production et, par conséquent, peine à faire évoluer ses produits.

En revanche, les marques prestigieuses telles qu’Alfa Roméo ou Lancia – l’entrée en bourse de Ferrari étant programmée – l’équipe de design et ses sites industriels restent les seuls faire-valoir que Fiat puisse mettre en évidence.

Mais cet héritage ne saurait constituer à lui seul une raison suffisante pour se porter acquéreur du pôle automobile de Fiat. Car, sans une mise à niveau complète, ce dernier n’aura pas les moyens de survivre encore longtemps.

Des investissements colossaux

En clair, pour que le rachat de Fiat vaille le coup, «il faudrait que les marques, les sites industriels et les designers puissent être rachetés pour trois fois rien, de sorte que les acheteurs puissent mettre l’accent sur le rattrapage technologique», poursuit Philippe Kuster.

Or, se lancer dans une telle aventure nécessite une quantité plus qu’importante de capitaux. Accroissant d’autant les incertitudes concernant les velléités réelles du groupe d’investisseurs tessinois.

Mais quand bien même disposeraient-ils des fonds nécessaires pour se lancer dans une restructuration aussi conséquente, il faudrait encore en maîtriser le volet politique.

Et au vu du nombre d’employés que fait vivre la division, dans le Sud de l’Italie surtout – et le tollé qu’une restructuration de cette ampleur susciterait – un tel contrôle s’avère plus qu’hypothétique.

swissinfo, Jean-Didier Revoin

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