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Rachat de Hershey: Nestlé est chocolat

(image: hersheys.com) RTS

Nestlé et d'autres groupes avaient des vues sur Hershey. Mais le géant américain du chocolat n'est plus à vendre.

Les 20.000 habitants d’une petite ville de Pennsylvanie ont réussi à faire barrage aux multinationales. Nestlé refuse de commenter.

En Pennsylvanie, Hershey est une institution voire un trésor historique. Une entreprise familiale fondée en 1894, en même temps que la ville où elle a son siège et qui porte son nom.

Née avec l’entreprise, la ville de Hershey vit littéralement du chocolat. Sur les 20.000 habitants, plus de 6000 travaillent chez le chocolatier.

Le long de «l’Avenue du Chocolat», les réverbères sont en forme de «kiss», la friandise en chocolat la plus prisée des Américains. La ville et ses usines sont une étape obligée des touristes qui sillonnent cette région rurale où vivent également les Amish.

Aussi, quand Nestlé et d’autres poids lourds du secteur de la confiserie ont soumis leurs offres pour l’achat de Hershey, toute la ville s’est mobilisée.

Un cheval de bataille politique

Les habitants ont planté des pancartes sur leurs pelouses appelant à «faire échouer la vente». D’anciens patrons ont joint leurs voix à celles des employés.

La vente avait été décidée par la Fondation Hershey qui détient 31% du capital et 77% des droits de vote de la compagnie. Elle souhaitait ainsi diversifier ses investissements pour assurer l’avenir de l’école Milton Hershey, un établissement réservé aux enfants défavorisés.

Mais le personnel de Hershey et les habitants de la ville redoutaient que la transaction ne se traduise par des licenciements, des fermetures d’usines et une perte d’identité. Ces irréductibles de la mondialisation ont attiré l’attention des médias.

Du coup, Mike Fisher, le procureur de Pennsylvanie, a fait du sauvetage de Hershey un cheval de bataille. Ce Républicain qui brigue le poste de gouverneur aux élections prévues en novembre a obtenu qu’un magistrat bloque la vente.

Un véritable tollé au Congrès

A Washington, l’affaire Hershey a soulevé l’émotion du Congrès. Le président de la commission judiciaire de la Chambre, James Sensenbrenner, a demandé aux instances de régulation de «regarder avec soin la vente potentielle».

Faisant notamment référence aux propositions émanant de Nestlé et de Cadbury-Schweppes, il s’est dit «gravement préoccupé par des questions relatives à la concurrence et à la protection des consommateurs».

Devant ce tollé, la Fondation Hershey a donc reculé, privant du coup Nestlé d’une opération juteuse. Sans avoir jamais confirmé qu’il avait fait une offre à Hershey, le groupe basé à Vevey a reconnu que des discussions étaient en cours. Il a même envoyé une équipe à Hershey pour examiner les comptes de la société.

Quelque 12 milliards de dollars

Selon la presse américaine et britannique, Nestlé aurait proposé de racheter Hershey, soit seul, soit avec Cadbury, pour près de 12 milliards de dollars.

L’acquisition de Hershey aurait eu l’énorme avantage de donner à Nestlé l’exclusivité des droits de distribution des barres KitKat sur le marché américain. Des droits qui représentent un chiffre d’affaires de 300 millions de dollars par an.

Pour leur part, les milieux financiers sont soulagés. Les experts craignaient en effet qu’en absorbant le chocolat de Pennsylvanie au prix annoncé, le groupe de Vevey ne risque l’indigestion.

De son côté, le géant helvétique de l’alimentaire ne réagit pas. «Nous maintenons la ligne que nous avons toujours eue dans cette affaire, lance Hans Jörg Renk, porte-parole de Nestlé au siège de Vevey. C’est-à-dire ‘no comment’.»

swissinfo/Marie-Christine Bonzom à Washington

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