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Rester ferme face à l’UE

Franz Blankart. Keystone Archive

Ancien secrétaire d'Etat, associé de la banque privée genevoise Mirabaud, Franz Blankart incite la Suisse à ne pas se laisser «violer» par Bruxelles.

Le secret bancaire ne doit protéger ni les crimes, ni même la fraude fiscale, mais la guerre de croisade menée par nos voisins suit des «objectifs concurrentiels», souligne l’ancien négociateur suisse dans une interview accordée à swissinfo et au Matin Dimanche (avec la participation du journaliste Jean-François Fournier).

swissinfo: Face à l’Union européenne, qui ne se cache plus pour réclamer la disparition du secret bancaire, la Suisse conserve-t-elle une marge de manœuvre?

Franz Blankart: Quand j’ai commencé à négocier avec l’Union européenne au début des années 70, celle-ci n’était pas aussi puissante qu’aujourd’hui. Elle acceptait de changer d’avis quand la Suisse lui prouvait qu’elle se trompait.

A présent, c’est différent. L’UE s’irrite plus facilement car elle a de moins en moins de temps et d’intérêt à négocier avec nous.

La Suisse a-t-elle donc déjà perdu la partie?

F.B.: Pas du tout. D’ailleurs, souvent, les négociateurs des petits pays obtiennent de très bons résultats. Ils sont généralement mieux préparés, plus raffinés, car n’ayant pas les moyens de taper du poing sur la table.

J’ajoute que, dans une telle négociation, l’essentiel est de ne pas irriter son partenaire, de prendre le temps, de le connaître, de créer avec lui une certaine complicité. Car lui aussi a un intérêt à ramener un résultat.

Pensez-vous que la Suisse ait encore les moyens de prendre son temps, de jouer la montre?

F.B.: Il ne faut jamais se mettre à la table de négociation, à la table de jeu ou à la Bourse si l’on est sous la contrainte du temps et du succès. Au contraire, il faut avoir la liberté de quitter – si nécessaire à n’importe quel moment – la table de négociation.

Ainsi j’ai mis dix-sept ans à négocier un accord sur les assurances entre la Suisse et l’UE, mais à l’arrivée nous avons obtenu un bon accord. La Suisse n’a aucune raison aujourd’hui de se laisser violer.

M. Villiger refuse toute concession sur le secret bancaire, M. Couchepin estime qu’on peut entrer en matière. De quel point de vue êtes-vous le plus proche?

F.B.: Entre les propos de Kaspar Villiger et ceux de Pascal Couchepin au sujet du secret bancaire, il y a certes des nuances. Mais sur le fond, «le refus de négocier» du ministre des Finances et «la continuation du dialogue» prônée par celui de l’Economie ne sont pas contradictoires.

Derrière les attaques contre le secret bancaire ne se profile-t-il pas une guerre des places financières?

F.B.: La «guerre de croisade» menée par certains gouvernements contre le secret bancaire n’est pas d’origine morale, mais suit des objectifs concurrentiels et économiques bien précis.

Pour protéger leurs intérêts, les Britanniques s’empressent de «passer le chat noir» aux Luxembourgeois et aux Autrichiens, qui à leur tour le refilent à la Suisse.

Or, la Suisse dispose d’une bonne législation antiblanchiment, je dirais même la plus sévère du monde. Notre secret bancaire ne protège en aucun cas ceux qui se livrent à la criminalité et à la fraude fiscale.

swissinfo/Propos recueillis par Ian Hamel

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