Swiss prépare des mutations, mais n’en dit rien
Après de vifs échanges de part et d'autre, la direction de Swiss a rencontré les syndicats jeudi matin à Bâle.
Aucun nouveau licenciement n’a été annoncé. La compagnie admet étudier des modifications structurelles, mais ne donne pas de détails.
Tous les participants n’ont pas vu la séance d’information de jeudi matin de la même manière. Pour la direction de Swiss, la réunion s’est déroulée «dans de bonnes conditions.»
«Contrairement à ce que beaucoup ont cru, il ne s’agissait pas d’annoncer des changements, mais d’informer sur la situation économique», explique le porte-parole de la compagnie Jean-Claude Donzel.
Le patron de Swiss, André Dosé, a demandé aux collaborateurs de tirer tous à la même corde. Le syndicat Swiss Pilots, regroupant les pilotes de l’ex-Crossair, est-il visé par cette remarque? «C’est aux syndicats de savoir si oui ou non ils sont concernés», répond le porte-parole.
«La situation est difficile, admet Jean-Claude Donzel, et les gens attendent des réponses. Des mesures sont en voie de préparation, qui n’ont du reste rien à voir avec une éventuelle guerre en Irak. Il s’agit de mesures structurelles.»
Swiss entend également se prémunir contre les critiques de ceux qui l’accusent de réagir trop tard: les conditions actuelles ne sont pas les mêmes que celles qui régnaient il y a dix-huit mois, explique-t-on à Bâle.
La compagnie ne donne pas d’échéance pour dévoiler ces fameuses «mesures structurelles». Tout au plus indique-t-on qu’il faudra attendre plusieurs semaines avant de connaître les décisions.
Aeropers satisfait
Selon Christoph Ulrich, directeur d’Aeropers, le syndicat des pilotes de l’ancienne Swissair, la réunion s’est tenue dans un climat d’ouverture et de transparence.
«Nous avons été mis au courant de ce qui nous attend cette année, dit-il. Nous savons que ce sera une année difficile. Mais nous avons quand même retrouvé un semblant d’optimisme.»
Concernant les points litigieux (salaires des pilotes, taille de la compagnie), les participants ont décidé de ne rien laisser filtrer.
Pilotes désunis
Mais Aeropers, qui regroupe les anciens pilotes de Swissair, est naturellement plus conciliant avec la direction de Swiss que l’organisation Swiss Pilots, qui a encore manifesté le 24 janvier devant le siège de Swiss à Bâle.
S’estimant discriminés par rapport à leurs collègues de l’ex-Swissair, les membres de Swiss Pilots sont en conflit avec la direction depuis plusieurs mois. Leurs revendications salariales font l’objet d’une plainte auprès du Tribunal arbitral de Bâle.
Swiss Pilots juge la réunion de ce jeudi très différemment d’Aeropers: «Il est un peu surprenant de voir la direction convoquer toutes les associations de personnel pour ne rien dire de neuf ou de concret, explique le porte-parole Martin Gutknecht. On nous a dit que nous aurions une année difficile, mais ça, nous le savons déjà!»
La réunion s’est déroulée dans un climat plutôt tendu, selon Martin Gutknecht. «Il y a eu beaucoup de questions, mais les réponses ont été évasives. Nous, nous pensons toujours qu’il faut absolument réduire la flotte. Si rien n’est fait dans ce sens, Swiss va se casser la figure.»
Concurrents plus modestes
La question d’un redimensionnement de Swiss est du reste sur toutes les lèvres depuis l’été dernier. Mi-septembre, lors de la présentation des résultats trimestriels, la direction de la compagnie avait nié tout projet en ce sens.
Le 20 novembre cependant, Swiss a annoncé la suppression de 300 postes et de huit avions, pour une économie prévue de 400 millions de francs. L’objectif, inscrit dans le business plan, étant d’atteindre l’équilibre financier fin 2003, les moyens pour y parvenir font l’objet de toutes les spéculations.
Petite comparaison: selon le magazine Cash, Austrian Airlines a réussi à redresser sa situation en se contentant d’un rôle modeste au sein de l’alliance Star Alliance. La compagnie autrichienne possède 93 avions (contre 120 pour Swiss), dont 11 longs-courriers (25 chez Swiss).
Au départ de Vienne, elle assure 57 vols longs-courriers par semaine, contre 290 pour Swiss au départ de Zurich. Mais en 2002, Swiss a perdu 14,6% de ses passagers, tandis qu’AUA en a gagné 1%.
Scission en deux compagnies?
Dans sa dernière édition, la NZZ am Sonntag croit savoir que le scénario d’une scission en deux compagnies, l’une régionale l’autre intercontinentale, trouve de plus en plus de soutien dans les étages dirigeants. Selon Jean-Claude Donzel, ce scénario n’a pas été évoqué ce jeudi.
Pour Swiss Pilots, la scission en deux compagnies ne résoudrait pas les problèmes. En recréant une «Crossair bis» et une «Swissair bis», on relancerait les créanciers étrangers, tels Sabena ou Air Littoral, qui ne manqueraient pas de réclamer leur dû, explique Martin Gutknecht.
swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich
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