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Télécoms: small is beautiful

La faillite du colosse WorldCom sonne le glas d'une époque. Dans le monde des télécoms, la devise gagnante est plutôt «small is beautiful». Sur le modèle suisse.

«Aujourd’hui, la stratégie de l’opérateur global est sanctionnée par un échec complet». Comme ses collègues, François Savary, stratégiste financier indépendant, n’a pas été surpris par l’annonce de la faillite de WorldCom.

L’affaire Enron n’aura donc tenu que quelques mois le triste record de plus grosse banqueroute de l’histoire américaine. WorldCom fait encore plus fort: 41 milliards de dollars de dettes et un titre en bourse qui s’effondre en deux ans de 64 dollars à… 9 cents.

Enfin, cerise sur le gâteau: il y a un mois, le management du géant américain annonce avoir «gonflé» artificiellement ses comptes de près de 4 milliards de dollars pour cacher ses pertes. Le peu de confiance que pouvaient encore lui témoigner les investisseurs s’envole définitivement.

La chute d’un mammouth

L’histoire de WorldCom avait pourtant tout d’une «success story» dans la plus pure tradition américaine. En 1983, trois amis se réunissent dans un café pour lancer l’idée de revendre à bas prix des minutes de télécommunication longue distance. Selon la légende, c’est même la serveuse qui leur suggère le nom de leur première entreprise.

Moins de vingt ans plus tard, à force d’acquisitions et de fusions, WorldCom est devenu numéro deux planétaire, avec 20 millions d’abonnés, 85 000 salariés dans 65 pays et surtout, la mainmise sur un tiers du trafic Internet mondial.

Et c’est bien ce gigantisme qui a causé sa perte. Dans les années 90, les télécoms font figure de nouvel eldorado. Les opérateurs se lancent dans des investissements colossaux, d’abord pour la création de réseaux de fibres optiques, puis pour l’achat des licences qui leur donneront le droit d’exploiter l’UMTS, le portable de la troisième génération.

«Rien qu’entre 1998 et 2000, les capacités du réseau téléphonique mondial ont été multipliées par 500, alors que la demande n’a pas suivi», fait remarquer Marco Rastaldi, analyste à la Banque Pictet.

Quant à l’UMTS, la technologie n’en est encore qu’au stade expérimental et aucun des opérateurs qui ont payé leur licence à prix d’or n’a encore construit sa première antenne.

Des centaines de milliards de dettes

«Aujourd’hui, le secteur des télécoms souffre de surendettement et de surcapacités», poursuit Marco Rastaldi. Et de citer les exemples des géants européens Deutsche Telekom et France Télécom, tous deux endettés à hauteur de près de 100 milliards de francs suisses.

«L’avenir du secteur est tout sauf serein, renchérit François Savary. Nous allons à l’évidence vers une phase de restructurations, de consolidations, de rapprochements et d’élimination des certains opérateurs».

L’exemple suisse

Dire que ces turbulences ne toucheront pas la Suisse serait certes hasardeux. Mais le fait que face à ces colosses aux pieds d’argile que sont les géants des télécoms, l’opérateur historique Swisscom jouit d’une santé presque insolente.

«Sa stratégie a été plutôt intelligente, analyse François Savary. Swisscom a refusé de payer n’importe quel prix pour une licence UMTS et n’a pas dilapidé ses fonds en acquisitions aventureuses».

Situation relativement tranquille également pour Sunrise, nouvelle enseigne du défunt DiAx. Sa maison-mère, la petite Tele Danmark a su, elle aussi, se montrer raisonnable dans la gestion de sa trésorerie.

Orange par contre causerait plus de soucis à François Savary. «L’entreprise est relativement saine, mais les investissements calamiteux de France Télécom en Allemagne risquent de l’obliger à reprendre une partie de ses actifs et ce ne sont pas des actifs très solides».

Restez en ligne

Quoiqu’il en soit, les abonnés WorldCom ne risquent pas de se retrouver demain avec un téléphone muet. Ni privés d’accès à internet. L’entreprise s’est placée sous la protection de la loi américaine sur les faillites, qui lui permet de continuer à fonctionner tout en se restructurant.

«Ses actifs se montent à 107 milliards de dollars, note François Savary. Même avec 41 milliards de dettes, cela permet de survivre. Mais WorldCom va devoir baisser ses tarifs, et trouver un repreneur».

L’entreprise va également devoir dégraisser. En février déjà, elle avait licencié 6000 salariés aux Etats-Unis. Le mois dernier, sa direction annonçait 17 000 suppressions de postes supplémentaires. La Suisse ne devrait pas être épargnée. WorldCom y emploie quelque 160 personnes à Zurich et 38 à Genève.

Mais pour l’heure, la porte-parole de la branche helvétique n’est pas en mesure d’en dire plus.

swissinfo/Marc-André Miserez

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