Un Français à la conquête des Alpes suisses
Le domaine skiable suisse attise les convoitises de la Compagnie des Alpes. Son président, Jean-Pierre Sonois, ne cache pas ses ambitions. Interview.
Les chiffres sont éloquents. La Compagnie des Alpes (CDA) est désormais un acteur incontournable. Déjà propriétaire de 20% des actions de TéléVerbier, le numéro un mondial des exploitants vient d’augmenter son capital de 35% à 38% au sein des remontées mécaniques de Saas-Fee Bergbahnen. Est-ce l’expression d’une volonté de conquête? Non, répond d’emblée Jean-Pierre Sonois, président du directoire de la CDA.
swissinfo: Vous attaquez-vous au marché suisse pour avaler tous les petits exploitants?
Jean-Pierre Sonois: Nous ne nous attaquons pas au marché. Nous l’abordons. C’est ce que nous faisons depuis deux ans dans le canton du Valais, avec une certaine humilité, malgré ce que l’on peut entendre. Cela dit, le marché suisse n’est pas différent du marché français, italien ou autrichien.
Reconnaissez que votre arrivée à Verbier a été houleuse
J-P. S: L’affaire TéléVerbier est effectivement particulière. Lorsqu’il y a tractation, les tensions sont plus vives, c’est normal. Je peux comprendre la divergence de vue de la commune de Verbier, des propriétaires de remontées mécaniques ou encore de travailleurs locaux qui se demandent ce que viennent faire les étrangers dans leurs fiefs.
Cependant, dans le cas de TéléVerbier, il y a eu de véritables complots et des citoyens ont utilisé des méthodes inadmissibles. C’est pourquoi la justice a dû intervenir pour prouver que la venue de la CDA était licite et régulière. Cela dit, les professionnels de la région commencent à apprécier la façon dont nous travaillons. Ce n’est pas un hasard si nous enregistrons de bons résultats.
Mais vous devez également faire face à des problèmes à Crans-Montana
J-P. S :Je pense que les conditions ne sont pas réunies pour notre arrivée. Et encore moins à notre participation au capital des remontées mécaniques de Crans-Montana. Pour l’heure, le dossier est provisoirement refermé. Cela fait partie de notre travail. On ne réussit pas à tous les coups.
Allez-vous insister pour vous intégrer dans ce capital?
J-P. S: Pour être clair, le domaine skiable de Crans-Montana est magnifique. Comme beaucoup d’autres domaines, il jouit d’un grand potentiel. La Compagnie des Alpes ne peut pas se désintéresser d’un domaine comme celui-ci.
Comment expliquez-vous le bon accueil que vous avez reçu à Saas-Fee?
J-P S: A Saas-Fee, nous avons été invités par la famille Bumann, les actionnaires principaux de la Bergbahnen, afin de participer à une augmentation de capital. Car la société manquait de fonds propres.
Dans ces conditions, il était plus facile de recevoir un bon accueil, d’autant plus que nous sommes présents, et il ne faut pas l’oublier, pour que les domaines skiables soient rentables. Et ce message a été vite compris du côté de Saas-Fee.
Ces difficultés d’implantations vous donnent toujours envie de prospérer en Suisse?
J-P S: Ces difficultés n’existent pas qu’en Suisse. Nous avons eu droit à des accueils catastrophiques en France, notamment dans la région de Chamonix, mais aussi en Italie où nous sommes également implantés. Et pourtant, la fusion de toutes les remontées de Chamonix donne des résultats fulgurants en terme de rentabilité.
Quant à notre prospérité en Suisse, mon message a toujours été clair vis à vis de ce marché qui est le 3ème d’Europe. Sont potentiel est gigantesque. Et il nous intéresse.
Est-ce pour cette raison que vous avez ouvert une filiale à Genève, sous l’appellation de Swissalp?
J-P S: Bien entendu. Il est plus facile de travailler depuis Genève que depuis Paris. Par ailleurs, nous renforcerons notre présence sur le territoire.
Des précisions sur les tractations futures?
J-P. S: Dans l’immédiat, les appels que nous recevons d’exploitants suisses ne nous intéressent pas. Cela prouve bien que nous ne sommes pas là pour tout manger. Dans ce business, nos critères de participation dans un capital sont clairs et définis. Les stations doivent être en haute altitude et les remontées mécaniques doivent faire un chiffre d’affaires significatif.
Le problème de la Suisse reste que les installations mécaniques de nombreux domaines skiables sont en concurrences directes. Ce qui ne permet pas d’investir de façon convenable. Et si l’on veut exister sur le marché européen, il n’y a qu’un modèle d’exploitation qui prévaut, c’est le modèle unique, soit une seule société d’exploitation par domaine.
Et c’est seulement dans ces conditions que nous pouvons offrir un service rentable et de qualité pour les clients.
Jusqu’à quel point un investisseur pur et dur comme la CDA prend-il en considération les critères de qualités?
J-P. S: Pour nous, les critères de qualité sont essentiels. Et cela même si, en tant qu’investisseurs, nous devons rendre des comptes à nos actionnaires. Car seule la qualité de service des stations fait revenir les skieurs. Et ce sont eux qui nous font gagner de l’argent.
swissinfo/Jean-Louis Thomas
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