Un méga syndicat en gestation
Le plus grand syndicat interprofessionnel de Suisse verra le jour en 2004. Le SIB et la FTMH doivent entériner le principe de leur fusion en septembre.
Forte de 200 000 membres, cette nouvelle centrale veut contrer les forces néolibérales du pays.
L’union fait la force. Cet adage, les milieux syndicaux semblent bien vouloir le mettre en pratique.
Le mariage annoncé entre le Syndicat industrie et bâtiment (SIB) et le Syndicat de l’industrie, de la construction et des services (FTMH) le démontre.
Le SIB compte 91 000 membres. Alors que la FTMH totalise 90 000 personnes dans ses rangs.
Jeudi à Berne, les représentants du SIB et de la FTMH ont présenté les contours de ce nouveau syndicat.
Il leur reste encore à discuter de l’organisation proprement dite de cette nouvelle structure. Et cela, lors de leurs congrès respectifs prévus le 7 septembre prochain.
Effet boule de neige
Cette dynamique de regroupement semble faire effet de boule de neige. Puisque la Fédération du commerce, des transports et de l’alimentation (FCTA) – avec ses 16 000 adhérents – n’exclut pas de se joindre à la nouvelle centrale syndicale.
«C’est de loin le plus grand syndicat de Suisse qui prendra forme», déclare Vasco Pedrina, président central du SIB. Il s’agit, en quelque sorte, d’une force de frappe.
«La nouvelle organisation se veut un véritable contre-pouvoir pour s’opposer aux forces néolibérales dominantes de notre pays».
Changement de cultures
Dans les années soixante et septante, ce rapprochement aurait été impossible. Les deux grands syndicats avaient des cultures très différentes.
Le SIB était considéré comme une structure très combative. Alors que la FTMH avait une image plus consensuelle.
Les temps ont changé. Les mentalités et les modes d’action également.
«De nos jours, nous faisons face à une nouvelle génération de managers sensibles aux théories économiques américaines», explique Vasco Pedrina.
Pour nous faire entendre, dit-il, «nous devons être forts et capables de faire la grève».
Mais cette fusion répond aussi à des nécessités pratiques. Il s’agit, en effet, pour les syndicats de s’adapter aux nouvelles réalités du marché du travail.
Les travailleurs sont toujours plus nombreux à changer de profession au cours de leur vie active, et les frontières entre les branches s’estompent.
Quatre secteurs
En cas de fusion, quatre secteurs juridiquement indépendants- «industrie», «secteur principal de la construction», «artisanat» et «service»- sont prévus.
Ce dernier domaine concentrera toute l’attention du nouveau syndicat.
«Car, de plus en plus de travailleurs du tertiaire sont mal payés. Ils ne bénéficient pas de protection», explique Renzo Ambrozetti, président de la FTMH.
Parmi les autres thèmes de mobilisation syndicale figure l’amélioration du sort des «working poor». C’est à dire de ceux qui touchent des salaires de moins de 3000 francs.
Le nouveau syndicat s’impliquera également en faveur du renforcement de l’Etat social, de la survie du service public, des retraites anticipées et de la réduction du temps de travail.
Les secteurs pourront s’organiser conformément aux traditions qui prévalent dans les différentes branches. Ils éliront leurs propres directions.
Toutefois, la stratégie et la politique globale du syndicat seront déterminées par un comité directeur.
Rapprochement progressif
Ce futur méga syndicat deviendra le membre le plus fort de l’Union syndicale suisse (USS). Sa direction n’a pas encore été fixée. Mais, il est prévu d’instaurer, dans un premier temps, une coprésidence.
Le nom de ce syndicat devrait être connu au début de l’année prochaine.
Culture syndicale oblige, les dirigeants du SIB et de la FTMH veulent éviter que cette fusion n’entraîne des suppressions d’emplois. Actuellement 1000 personnes travaillent pour les deux syndicats.
«Il pourra naturellement y avoir des changements dans l’activité professionnelle des uns et des autres», a prévenu Renzo Ambrosetti.
Quoiqu’il en soit, le rapprochement des deux syndicats se fera progressivement d’ici à la fin de l’année 2004.
Le processus constitue une nouvelle étape d’un rapprochement qui a débuté en 1996 avec la création du syndicat de service, Unia.
Depuis octobre 2001, le SIB et la FTMH éditent «Work», un journal commun.
swissinfo avec les agences
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