La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Un symbole à genoux

Les "Visions" de Martin Ebner n'ont plus la cote. Keystone

Gourou d'une finance ultra-libérale, Martin Ebner est contraint de vendre une partie de son empire. Sa vision de l'économie en prend un coup.

A la veille de la Fête nationale, le Suisse Martin Ebner est contraint de céder ses quatre sociétés de participations Vision, qui valent trois milliards de francs. Et cela à un institut qui bénéficie d’une garantie de l’Etat, la Banque cantonale de Zurich.

Chantre de la libéralisation

Cette transaction est hautement symbolique, puisqu’elle implique l’un des chantres de la libéralisation des marchés. Ces dernières années, Martin Ebner est même devenu le modèle d’une finance «sauvage».

Martin Ebner, qui a fondé en 1985 son propre établissement, la banque BZ, intéresse depuis des années les médias suisses et étrangers. L’homme à l’éternel nœud papillon a secoué le principe de concordance typique aux conseils d’administration helvétiques.

Ses méthodes: acquérir des participations stratégiques dans les sociétés qui l’intéressent. Pour pouvoir ensuite prétendre à un siège dans les organes d’administration, en qualité d’actionnaire important.

Gagner de l’argent sans rien produire

«Martin Ebner est aussi un symbole de l’idée selon laquelle on peut gagner beaucoup d’argent sans rien produire», ajoute Thomas Von Ungern, professeur d’économie à l’université de Lausanne.

Impossible de parler de ce gourou de la finance sans penser à Christoph Blocher. En effet, ces deux personnalités partagent les mêmes convictions politiques. Et sur les marchés, Martin Ebner met en pratique les convictions l’UDC et du tribun zurichois: moins d’Etat, libéralisme sans frein et dérégulation.

D’ailleurs, les personnes qui investissent dans les fonds gérés par le groupe BZ soutiennent aussi souvent l’UDC. Mais désormais, l’empire financier construit par le millionnaire semble pour l’instant chancelant. Et avec Martin Ebner, plusieurs modèles ont du plomb dans l’aile.

Le parti socialiste en a bien conscience. «Les événements récents sont une triste confirmation du fait que l’on donne trop de poids à la finance pure sans se préoccuper des besoins réels de l’économie», souligne le porte-parole du parti, Jean-Philippe Jeannerat.

Plus ou moins d’Etat?

Pour les socialistes, l’échec de Martin Ebner démontre la nécessité de contrôler le marché financier par le biais de la loi sur les fonds de placement. «Cette surveillance devrait empêcher les excès que le marché connaît actuellement et protéger les petits actionnaires», conclut Jean-Philippe Jeannerat.

«Au contraire, l’Etat intervient déjà trop!», rétorque Gregor Rutz, secrétaire général de l’UDC. Les convictions de l’Union démocratique du centre n’ont donc pas été ébranlées par les événements récents: le pouvoir public doit se contenter de garantir des conditions-cadres pour l’économie – c’est-à-dire une constitution et des lois libérales.

On le voit, le débat n’est pas seulement économique. Et le monde politique n’a pas fini de s’entredéchirer.

Mais la nouveauté est peut-être ailleurs. Comme le note Lorenz Burkhalter, gestionnaire de fortune privé, «le public a conscience des difficultés que le monde financier a traversées. Et désormais, les investisseurs seront beaucoup plus attentifs». Les mythes n’ont pas forcément la vie dure.

swissinfo

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision