Davantage de psys dans l’ombre des champions
En Suisse comme ailleurs, la présence et le soutien de psychologues dans l’entourage des sportifs de haut niveau fait son chemin… petit à petit.
C’est ainsi qu’une vingtaine de psychologues travaillent avec des sportifs de pointe pratiquant un sport individuel ou collectif.
Lundi, on apprenait que le syndicat de joueurs de football allemand (VDV) engageait un psychologue indépendant. Une nouvelle passée presque inaperçue, mais qui, il y a quelques temps encore, aurait choqué.
Depuis quelques temps, les stars de la Bundesliga sont au bout du rouleau et plusieurs d’entre elles ont été victimes de dépressions nerveuses. «La charge psychologique dans le jeu professionnel n’a cessé d’augmenter avec les années», relève Carsten Ramelow, joueur du Bayer Leverkusen et vice-président du syndicat.
Le sélectionneur national allemand, Jürgen Klinsmann, a d’ailleurs lui aussi récemment nommé un psychologue pour travailler avec la Mannschaft.
Des exemples aussi en Suisse
En Suisse, c’est plutôt le milieu du hockey sur glace qui s’est lancé dans cette voie. Ainsi, le CP Berne – champion national en titre – recours de manière continue depuis trois ans aux services d’un psychologue du sport pour son équipe phare, mais aussi pour ses juniors.
Ponctuellement, les équipes de Zoug, Lausanne et Lugano ont également choisi cette option dans la préparation et l’entraînement de leurs joueurs.
Avec les hockeyeurs du CP Berne, Jörg Wetzel (comme avec d’autres athlètes de haut niveau pratiquant la voile, le curling ou le handball) travaille sur différents aspects.
«Il faut aider les joueurs à se focaliser sur leur performance et les aider à trouver le meilleur moyen de se concentrer sur le jeu. Soit à être prêts au moment du match», explique Jörg Wetzel.
«Mais il faut également qu’ils soient en mesure de récupérer et de régénérer leur corps et leur esprit au maximum durant leur temps libre. Avec un club, la notion et le concept d’équipe sont également très importants à travailler.»
L’exemple de Julien Clément
Certains athlètes qui ont choisi des sports individuels peuvent également ressentir le besoin d’améliorer leurs capacités mentales, leur gestion du stress et leur confiance en eux, afin d’optimiser leurs performances.
C’est le cas du jeune golfeur Julien Clément. Auteur de performances irrégulières la saison dernière, il a décidé de faire appel à Paul Lagier – un psychologue spécialisé dans le golf basé à Séville – pour que celui-ci l’aide à surmonter ses difficultés.
A peine rentré d’Espagne, où il participait justement à un stage de quelques jours en sa compagnie, le Genevois se dit très satisfait.
«En fait, j’ai longtemps hésité, car je ne voyais pas vraiment l’intérêt d’un psychologue. Mais suite à de mauvais résultats, j’ai tout de même décidé de tenter l’expérience et j’ai rapidement vu au fil des sessions que c’était vraiment important pour moi.»
Selon Julien Clément, le fait de travailler avec Paul Lagier lui permet de mieux gérer le stress inhérent à chaque début de compétition. «Je sais désormais ce qu’il me faut pour être en pleine possession de mes moyens avant de commencer un parcours», dit-il.
Pour le Genevois, le but est de profiter au maximum des conseils de ce psy du sport pour apprendre à mieux se connaître, afin de savoir comment gérer au mieux la suite de sa carrière.
Le poids de l’expérience
Certains athlètes pourtant, à l’image du récent champion olympique d’escrime Marcel Fischer, considèrent se connaître suffisamment et préfèrent gérer leur préparation mentale sans aide extérieure.
Interrogé sur la question par le quotidien Le Temps, le Biennois s’exprimait ainsi: «La confiance et le calme sont chez moi des aptitudes innées (…) J’ai lu différents livres qui présentent des techniques de visualisation et de contrôle des pensées. On apprend aussi beaucoup avec l’expérience.»
«N’oublions pas que la fonction du psychologue du sport est de réveiller des aptitudes qui appartiennent déjà aux différents sportifs avec lesquels il travaille. Il faut juste rallumer une petite lumière», déclare modestement un autre psychologue du sport, Mattia Piffaretti.
Egalement vice-président de l’Association suisse de Psychologie de Sport (SASP), ce dernier se réjouit tout de même du fait que les sportifs de pointe, en Suisse, recourent de plus en plus aux services de psychologues du sport.
«L’information sur nos services est meilleure et on peut dire qu’aujourd’hui en Suisse, une vingtaine de psychologues du sport travaillent avec des sportifs de haut niveau», note-t-il.
Un changement de mentalité
Passablement d’athlètes rechignent pourtant encore à reconnaître avoir cette démarche dans le cadre de leur entraînement. Mais les mentalités changent.
Swiss olympic, l’organe faîtier du sport suisse, a d’ailleurs pris des dispositions afin de permettre d’offrir des conditions psycho-mentales optimales aux athlètes d’élite dans leur préparations aux compétitions internationales importantes (Championnats d’Europe, du monde, et Jeux olympiques).
Depuis 2004, des cours sont proposés aux entraîneurs des cadres nationaux et entre 6 et 8 heures de consultations psycho-sportives annuelles sont prises en charges par l’organisation pour les athlètes qui en expriment le besoin ou l’envie.
swissinfo, Mathias Froidevaux
– L’Association suisse de Psychologie du sport compte une quarantaine de praticiens affiliés et reconnus.
– Environ la moitié travaillent en collaboration avec des sportifs d’élite.
– Depuis 2004, Swiss olympic intègre de manière active la psychologie du sport dans ses programmes de préparation aux grands événements tels que les Jeux olympiques et les championnats du monde et d’Europe.
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