La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Nils Feigenwinter, fondateur de Bling: «Être sous-estimé peut devenir un avantage»

Portrait de Nils Feigenwinter
Nils Feigenwinter dirige sa start-up Bling à Berlin, mais sa vie privée reste en Suisse. SWI swissinfo.ch

Trop étroit, le marché suisse? À 20 ans, Nils Feigenwinter s’envole pour Berlin et y lance Bling, une application financière pour les familles. Quelques années plus tard, le jeune entrepreneur s’impose comme l’un des visages prometteurs de la fintech européenne.

Nils Feigenwinter est un homme d’action, plutôt impatient – c’est ainsi qu’il se décrit lui-même. Il a bâti son entreprise sans passer par la case études, préférant accumuler les expériences à travers divers emplois et projets. «Je suis extrêmement impatient face au potentiel et aux problèmes de notre société. Mais je suis aussi très enthousiaste.»

Lorsque le jeune entrepreneur quitte la Suisse pour Berlin en 2021, il n’a que 20 ans. Son parcours est déjà bien rempli: animateur pour enfants à la télévision suisse, fondateur à 15 ans du magazine numérique Tize.ch, puis créateur d’Alas-Entertainment, une entreprise dédiée au divertissement pour les jeunes. Pour franchir une nouvelle étape, il lui fallait un terrain de jeu plus vaste.

Notre série dresse le portrait de Suisses qui créent et développent des entreprises à l’étranger. À travers leurs parcours personnels, nous nous penchons sur les raisons qui les ont poussés à réaliser leurs projets au-delà des frontières nationales, les conditions dans lesquelles ils évoluent ainsi que les défis et opportunités qui en découlent.

Cette série montre également comment la Cinquième Suisse contribue au rayonnement économique, culturel et politique de la Suisse.

L’idée de son application financière émerge pendant la pandémie de coronavirus. Inscrit à l’Université de Bâle, il interrompt rapidement ses études. Son constat: les enfants et les adolescents manquent cruellement de repères en matière d’argent. Beaucoup s’endettent tôt, multiplient les achats impulsifs et n’ont aucune vision d’ensemble de leurs finances. «La gestion financière s’apprend. J’ai immédiatement vu le potentiel d’un produit qui s’attaque précisément à ce problème», se souvient-il depuis les bureaux berlinois de Bling.

À Berlin, il rencontre le développeur allemand Leon Stephan. Une rencontre décisive. «Nous nous sommes instantanément compris et complétés», explique-t-il. Ensemble, ils fondent Bling et se répartissent les rôles. Ne pas être seul à la tête d’une start-up est, selon lui, un atout majeur: «Créer une entreprise peut être une aventure très solitaire.»

Le développement de l’application dure un an. Convaincants, les deux fondateurs parviennent à lever 3,5 millions de capital dès le départ. Bling est finalement lancée en 2022.

En Allemagne, il existe même un article de loi sur l’argent de poche

«Le succès a été immédiat», affirme Nils Feigenwinter. D’abord conçue comme une simple application d’argent de poche, Bling a rapidement évolué en une plateforme complète de gestion financière familiale. Elle propose des outils de planification budgétaire ainsi que des cartes de paiement prépayées pour enfants et adolescents. Les parents peuvent y transférer de l’argent, que les jeunes utilisent ensuite au quotidien.

En Allemagne, les premières transactions sont autorisées dès l’âge de sept ans, un principe encadré juridiquement. «Il existe même un article de loi à ce sujet», souligne-t-il en souriant.

Le choix de Berlin repose avant tout sur des considérations stratégiques. «En Allemagne, Bling cible 12 millions de familles. La Suisse, elle, compte à peine neuf millions d’habitants.» Dans le secteur grand public, la vitesse est déterminante: il faut s’imposer rapidement avant l’arrivée de concurrents. «L’objectif est de conquérir des parts de marché en un minimum de temps. Et la Suisse offre un potentiel trop limité.»

Autre argument clef: l’ancrage dans la zone euro, indispensable pour une fintech. À cela s’ajoute l’attractivité internationale de Berlin, qui séduit des talents du monde entier – un élément crucial pour toute start-up en croissance.

La capitale allemande présente également un écosystème favorable. «Le marché du travail y est très orienté start-up.» L’accès aux investisseurs est facilité, un avantage décisif pour une entreprise en quête constante de financement.

Jusqu’ici, la croissance de Bling n’a pas souffert d’un manque de capitaux. Quelques mois après sa création, et avant même le lancement de l’application, les investisseurs se manifestent. Une dynamique que Nils Feigenwinter attribue aussi à sa préparation: «Ils ont investi en moi non pas à cause de mon âge, mais malgré mon âge. Nous avions un plan solide.» Être sous-estimé peut même devenir un atout. Il lui est déjà arrivé d’être pris pour un stagiaire.

Plus

Discussion
Modéré par: Melanie Eichenberger

Avez-vous créé votre propre entreprise à l’étranger?

Racontez‑nous votre parcours vers l’indépendance professionnelle hors de Suisse.

4 J'aime
5 Commentaires
Voir la discussion

«Nous payons le prix fort pour accéder au marché»

Reste qu’il connaît ses limites. «Un fondateur n’est pas un spécialiste, mais un généraliste. Il doit garder une vision d’ensemble et avancer chaque jour vers son objectif.» L’humilité est essentielle: «Je suis conscient de tout ce que j’ignore, mais j’ai la volonté d’apprendre en permanence.»

Si Berlin séduit une grande partie de son équipe, le fondateur se montre plus nuancé. «C’était un choix pour l’écosystème, pas pour le système étatique.» Son constat est sans appel: bureaucratie lourde, fiscalité peu coopérative, frais notariaux importants à chaque étape. «Nous payons un prix élevé pour accéder au marché.» Même la signature électronique des contrats de travail reste problématique.

Malgré ces obstacles, Bling poursuit son expansion. Installée dans de nouveaux bureaux près d’Alexanderplatz, la start-up comptait, en mars 2026, plus de 50 collaborateurs et collaboratrices, et environ 300’000 utilisateurs et utilisatrices. «Il n’y a rien de plus gratifiant que de voir une famille payer avec la carte Bling à la caisse d’un supermarché», confie-t-il.

Retour hebdomadaire à Bâle

Pour Nils Feigenwinter, Berlin reste avant tout un lieu de travail. Sa vie privée se déroule en Suisse. «Ces dernières années, je n’ai passé qu’un seul week-end à Berlin.» Chaque vendredi, il rentre à Bâle vers sa famille et ses amis – loin de l’univers de Bling.

Durant la semaine, son rythme est soutenu. Logé à l’hôtel, il enchaîne réunions et journées prolongées au bureau, ne s’accordant qu’une longue promenade quotidienne. «Pour être honnête, peu m’importe où je vis du lundi au vendredi.» Londres ou Barcelone feraient tout aussi bien l’affaire.

Aurait-il pu lancer Bling depuis la Suisse? «Oui, en créant une structure faîtière suisse avec une filiale allemande.» Mais pour lui, la proximité avec le marché est essentielle. «Il faut être là où se trouvent sa clientèle.» À Berlin, il bénéficie d’un réseau solide et d’un soutien global, y compris politique.

Paradoxalement, le retard allemand en matière de numérisation constitue une opportunité. «Le potentiel est énorme. En Suisse, il serait sans doute déjà en grande partie exploité.» Bling collabore désormais avec des écoles et développe le paiement sans espèces dans les cantines – un marché encore largement à conquérir.

Pour l’heure, l’entreprise se concentre sur l’Allemagne. «Nous n’avons pas besoin de nous étendre à d’autres pays pour croître.»

Dernier conseil du fondateur: ne jamais se laisser décourager. «Pendant un an, on m’a répété que personne ne paierait pour une telle application. J’y ai vu une motivation supplémentaire pour prouver le contraire.»

Texte relu et vérifié par Balz Rigendinger, traduit de l’allemand par Lucie Donzé/op

Plus

Les plus lus
Cinquième Suisse

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision