De plus en plus de vieux sont maltraités en Suisse
Entre 5 % et 10 % des personnes âgées ont déjà été confrontées à des actes de violence ou de maltraitance, selon Pro Senectute.
La fondation veut lever le tabou entourant cette question. Un colloque a réuni 200 personnes mardi à Zurich.
Si le thème des mauvais traitements dans les homes pour personnes âgées a déjà défrayé la chronique, celui de la violence à l’intérieur de la cellule familiale fait moins souvent l’objet de débats.
C’est justement pour susciter le débat que Pro Senectute a organisé mardi à Zurich un des premiers colloques consacrés à cette question en Suisse alémanique. Plus de 200 personnes ont répondu à l’invitation.
«Nous avons mis l’accent sur ce qui se passe au sein des familles. Mais il est clair que le problème de la violence faite aux personnes âgées dans les espaces publics nous préoccupe également», précise le directeur de Pro Senectute Martin Mezger.
Pour Pro Senectute, il ne faut pas non plus cacher que les personnes âgées elles-mêmes passent à l’acte, parfois.
Une importante zone grise
Les statistiques sont – par la force des choses dans ce domaine – très lacunaires et les spécialistes parlent d’une importante zone grise. «Nous comptons cinq cas inconnus pour un cas qui parvient à notre connaissance», estime le sociologue et gérontologue autrichien Josef Hörl.
Quant à l’estimation de Pro Senectute –entre 5% et 10% de personnes âgées touchées – elle est recoupée par celle du Bureau indépendant de plaintes pour les personnes âgées (UBA) de Zurich-Schaffhouse, seule instance de ce genre en Suisse.
«En 2001, 8% des 130 cas que nous avons traités étaient liés à des actes de maltraitance au sein de la cellule familiale, indique Vérène Zimmermann, directrice de l’UBA. L’an dernier, cette proportion était de 10%. Et la tendance s’accentue.»
Des besoins plus nombreux
Selon l’association Alter Ego, qui a édité une brochure d’information sur ce thème, près de 60% des abus sont motivés par des questions financières, que ce soit des vols, ou des procurations, achats, ventes ou héritages forcés.
Autre motivation: selon le sociologue Joef Hörl, les mauvais traitements apparaissent en général lorque la personne âgée ne peut plus donner autant qu’elle demande. Paradoxe tragique, selon lui, qui veut que ceux qui ont le plus besoin de protection se retrouvent en danger.
Les victimes ont énormément de peine à évoquer leurs tourments – même lorsque les coups les amènent presque à l’hôpital, comme cette dame, citée par l’UBA, frappée violemment à plusieurs reprises par sa belle-fille.
«Il est très difficile de se défendre contre ses propres enfants, explique Vérène Zimmermann. Le parent se sent coupable du comportement de son fils ou de sa fille, puisqu’il l’a élevé.»
Une perception subjective
D’abord silencieuces, les personnes âgées accueillies dans des centres spécialisés passent souvent ensuite à une phase de confessions «tout autant surprenante que le mutisme initial», dit Josef Hörl.
«Nous sommes alors submergés par une vague de récriminations et de plaintes. On se rend compte que ces personnes prennent pour des agressions des événements qui nous paraîtraient plus insignifiants.»
Outre la perception subjective des principaux concernés, le vocabulaire lui-même permet de nombreuses interprétations.
Des problèmes d’interprétation
«Obliger quelqu’un à prendre un médicament, est-ce de la violence?» demande Josef Hörl. Et la liste est longue: négliger les soins dont ont besoin les personnes âgées, soins qui donnent souvent beaucoup de travail, relève-t-il de la maltraitance?
Autre exemple: «Si l’on parle de violence structurelle, dans le sens qu’on ne peut pas rendre une personne particulière responsable, je dirais aussi que les dizaines de milliers de personnes mortes des suites de la canicule cet été ont été victimes de violence», estime Josef Hörl.
Autre situation particulière: la démence. On compte en Suisse entre 50’000 et 60’000 personnes atteintes de démence, associée surtout à la maladie d’Alzheimer, indique la psychiatre bâloise Barbara Mary Hiss.
L’entourage de ces personnes est fortement mis à contribution, au point que parfois les limites de la tolérance sont dépassées. Les catégories «auteur» et «victime» ne correspondent plus, ici, à un schéma simple.
Angeline Fankhauser, vice-présidente de l’Association suisse contre la maltraitance envers les personnes âgées Alter Ego, a d’ailleurs conclu en plaidant pour davantage de prise en charge des besoins liés à l’âge.
swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich
On estime qu’entre 5% et 10% des personnes âgées ont déjà été confrontées à un acte de maltraitance domestique, au sens large (physique ou psychologique).
Quelque 60% des abus seraient motivés par des raisons financières (vols, achats ou héritages forcés).
La situation est particulièrement délicate pour les 50’000 à 60’000 personnes souffrant de démence en Suisse: pour l’entourage, la prise en charge peut se révéler très, voire trop, lourde.
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