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Le «dernier kilomètre» au laser

Le laser à cascade quantique (au bas de la photo) fonctionne grâce à un véritable «mille feuilles» de matériaux semi-conducteurs, que l’on voit ici fortement agrandis. www.snf.ch

Les téléphones fixes seront-ils un jour reliés à la centrale par faisceau lumineux? La technologie, en tout cas, existe. Elle a été mise au point à Neuchâtel.

«Laser à cascade quantique». Sous ce nom barbare se cache rien moins qu’une petite merveille.

Soutenu par le Fonds national suisse (FNS) et par le programme européen IST pour les technologies de l’information, c’est l’Institut de physique de l’Université de Neuchâtel qui peut en présenter aujourd’hui le premier modèle vraiment opérationnel.

Son histoire est déjà longue. C’est en 1994 que le professeur Jérôme Faist construit, avec son collègue italien Federico Carpasso, le premier laser de ce type. A l’époque, l’homme – qui dirige aujourd’hui l’équipe de chercheurs neuchâtelois – travaille pour les laboratoires du géant américain Bell, dans le New Jersey.

Ce laser émet de la lumière infrarouge, soit invisible pour l’œil. Contrairement à d’autres, elle traverse sans trop de perte le brouillard, les nuages, la pluie et la neige. Le générateur émet en continu et à température ambiante (alors que les premiers prototypes devaient être refroidis à l’azote liquide). De plus, il est bon marché et peu gourmand en énergie.

La lumière contre le cuivre

Quiconque s’amuse à télécharger des fichiers à partir d’Internet en aura fait l’expérience. Une photo, voire une chanson, ça va. Mais un long métrage en vidéo, bonjour les dégâts!

La lenteur extrême de l’opération tient le plus souvent au fameux «dernier kilomètre», soit la portion du réseau téléphonique qui relie l’ordinateur de l’utilisateur à la centrale la plus proche.

La plupart de ces connexions sont encore en fil de cuivre, un matériau qui n’a évidemment pas été conçu pour le transfert de données à haute vitesse.

En Suisse, ce dernier kilomètre constitue l’ultime reliquat du monopole de Swisscom. Mais le géant bleu finira par le lâcher tôt ou tard, sous la pression des tribunaux s’il le faut.

Lorsqu’ils en auront le droit, les nouveaux opérateurs vont donc chercher à offrir un service plus performant. Ascom teste déjà la distribution du téléphone et d’Internet par la prise électrique.

Le laser à cascade quantique pourrait alors devenir un candidat très sérieux. D’autant qu’il est facile à installer, puisque les câbles sont ici remplacés par de petites caméras sur les toits des maisons.

«Nous ne négocions pas directement avec les opérateurs de téléphone, explique Mattias Beck, directeur de projet à l’Université de Neuchâtel. Ceux-ci achètent des systèmes complets, alors que nous n’avons que le laser.»

Et d’ajouter: «Par contre, les firmes capables de fournir ces systèmes complets – surtout les américaines – sont très intéressées».

Déjà protégé par plusieurs brevets, le nouveau laser sera commercialisé par Alpes Lasers SA, une «spin off» de l’Université, soit une entreprise fondée dans le sillage de l’Institut de physique neuchâtelois.

De la médecine à l’industrie alimentaire

Cela dit, cette application dans le domaine des télécoms n’est qu’une des nombreuses possibilités offertes par le nouveau laser. En effet, suivant la longueur d’ondes utilisée, celui-ci sait aussi se faire capteur ultrasensible pour les gaz en suspension dans l’atmosphère.

Les promesses sont immenses, pour la surveillance de l’environnement, mais également dans le domaine médical. «Par exemple, dit Mattias Beck, en analysant en permanence l’air qu’exhale un patient sur une table d’opération, on saura en tout temps s’il dort encore profondément ou s’il est en train de se réveiller.»

Pourtant, le scientifique neuchâtelois estime que la première utilisation à grande échelle sera industrielle. Le laser à cascade quantique sait en effet très bien contrôler en temps réel la fabrication de produits alimentaires et de boissons.

«Cette application nécessite un modèle de laser plus simple que les autres, conclut Mattias Beck.. Et c’est dans ce domaine que nous sommes les plus avancés.»

swissinfo/Marc-André Miserez

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