La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Le PDC passe à l’offensive

Doris Leuthard, la nouvelle présidente du PDC swissinfo.ch

Changer l’équipe dirigeante et définir un nouveau programme : deux moyens pour faire sortir le Parti démocrate chrétien (centre droit) de la crise qu’il traverse?

La présidente du PDC, l’avocate Doris Leuthard, affirme que son parti veut convaincre son électorat par des prises de positions plus marquées et plus claires.

swissinfo: Doris Leuthard, pourquoi avez-vous finalement accepté d’être la numéro un du Parti démocrate chrétien?

Doris Leuthard: Il était tout d’abord prévu de mener de nouvelles élections en février dernier. Mais il n’en était pas question pour moi, car cela aurait signifié que je renonce à mon emploi.

Ensuite, le PDC a modifié le concept «en premier le programme, ensuite les gens». Nous avons entre-temps trouvé des solutions qui me permettent de garder mon travail.

swissinfo: Le PDC a subi en décembre dernier une défaite retentissante quand la conseillère fédérale Ruth Metzler n’a pas été réélue. Quelles conséquences en a tiré le parti?

D. L.: La non-réélection de Madame Metzler est principalement liée à la croissance très importante de l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure). Nous avons maintenant deux conseillers fédéraux UDC au gouvernement. Quand on considère la situation actuelle, je ne suis pas convaincue que c’était la bonne solution pour la Suisse. Christoph Blocher ne respecte pas l’esprit d’un gouvernement collégial.

Cela signifie que nous avons l’obligation de nous améliorer. Nous devons à nouveau convaincre les gens en formulant des positions claires. Le PDC doit se démarquer. Et c’est bien ce que j’entends essayer en appliquant le nouveau programme.

swissinfo: Depuis des années votre parti perd des voix lors des élections. Comment l’expliquez-vous?

D. L.: En fait, un grand nombre de programmes ont défilé. Avec la base du parti, nous avons maintenant procédé à une analyse approfondie et solidement étayée de nos points forts et de nos points faibles. C’est la raison pour laquelle je pense que ce nouveau programme correspond aux besoins de nos électeurs.

Nous nous concentrons sur trois sujets: le travail, la famille et la sécurité sociale. Et non plus sur quinze. L’unité du groupe parlementaire doit s’améliorer – c’était l’une des vraies difficultés des années précédentes. Nous avons maintenant une bonne base de travail. Mais il faut reconnaître que c’est un travail de longue haleine.

swissinfo : Le résultat des votations du week-end dernier a clairement démontré le pouvoir de l’UDC. Votre appel de dernière minute n’y a pas changé grand chose. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné?

D. L.: L’UDC a perdu en ce qui concerne l’assurance maternité. De sorte qu’on ne peut pas parler de victoire de l’UDC. Ils ont gagné sur un sujet, perdu sur un autre.

En ce qui concerne la politique de l’asile et des étrangers, l’UDC arrive comme par le passé à canaliser des peurs qui sont présentes dans la population. Il les monte en épingle avec le résultat qu’on connaît.

Mais il faut que nous nous remettions nous-mêmes en question. Nous ne parvenons pas à écarter définitivement ces peurs. J’espère pourtant que dans le futur, la population va être à nouveau plus ouverte dans ses rapports avec les étrangers.

swissinfo: En tant que nouvelle présidente du PDC, comment envisagez-vous de faire gagner votre parti?

D. L.: Mon travail consiste tout d’abord à mettre notre programme en application. A faire en sorte que les paroles soient suivies d’actions. On ne se distingue que par l’opiniâtreté, en agissant en fonction de ce que l’on a affirmé.

Ensuite, les parlementaires sont les porte-drapeaux d’un parti. Et nous nous devons de mieux les profiler. On oublie toujours que le PDC a la majorité au conseil des Etats. Et j’aimerais encourager nos conseillers d’Etat à parler du bon travail qu’ils accomplissent. Ainsi que les médias à en rendre compte.

Et, finalement, je compte aller dans les cantons au contact de la population. Il faut prendre les gens au sérieux, écouter ce qui les préoccupe. Sur cette base, il est ensuite possible de formuler des solutions politiques.

swissinfo: La presse ne considère pourtant pas que votre nouveau programme de parti, «renouveau suisse», soit très courageux.

D. L.: Au niveau de son programme, le PDC n’a pas ‘fait tout faux’. Il ne s’agit pas déclencher une révolution. Cela ne correspondrait pas à ce que nous sommes: ni des populistes, ni des beaux parleurs.

swissinfo: Pour quelles raisons avons-nous besoin de démocrates chrétiens en Suisse?

D. L.: Notre fonction consiste à équilibrer la politique économique et sociale. C’est un rôle important qui permet un bon fonctionnement de l’Etat. Jusqu’à présent, la Suisse s’en est bien sortie en respectant un équilibre entre ces deux éléments antagonistes. Ce n’est pas le rôle le plus enviable. Mais c’est grâce à cet équilibre que nous avons pu, jusqu’ici, jouir de la paix du travail, d’un rapport non conflictuel entre les villes et les campagnes, etc…

swissinfo: Depuis l’année dernière, le parlement et le gouvernement ont viré à droite. Comment le PDC peut-il encore faire passer ses propres idées?

D. L. : Mais nous sommes justement, d’une certaine façon, la conscience sociale du camp bourgeois. Nous n’en restons pas moins un parti bourgeois, car pour nous la liberté des concitoyens est au centre de notre philosophie politique. Mais cette liberté n’est pas dégagée de toute responsabilité. C’est cet élément social-libéral qui caractérise l’engagement du PDC au sein de l’alliance bourgeoise.

swissinfo: Est-ce que pour gagner des voix, le PDC doit se conformer ponctuellement à des points de vue de droite ou de gauche?

D. L.: Se conformer serait une erreur. Le PDC doit avoir ses propres positions, au risque sinon de ne pas être pris au sérieux.

swissinfo: Le PDC est traditionnellement le parti représentant les intérêts des familles. Il semble pourtant que la problématique de la famille ne passe pas souvent la rampe au parlement.

D. L. : Les intérêts des familles sont peu représentés. Nous n’avons pas, par exemple, de département de la famille, ce que nous demandons depuis longtemps. C’est lié en partie au fait qu’un grand nombre de sujets touchant les familles sont transversaux. Mais nous sommes convaincus que celui qui veut s’engager pour un futur prometteur doit s’engager pour les familles.

swissinfo: Quelle est votre position concernant la mauvaise situation économique en Suisse? Quelles solutions proposez-vous?

D. L. : Une solution consiste à rendre la bureaucratie moins présente. Les petites et moyennes entreprises (PME) perdent beaucoup de temps à remplir des formulaires pour la taxe sur la valeur ajoutée ou pour les assurances sociales.

Une autre serait de baisser les prix. Ils sont de 20 à 30 % plus élevés que dans les autres pays européens. Nous avons besoin notamment de plus de concurrence.

Une troisième voix consiste à promouvoir les politiques régionales. Les régions et le marché intérieur sont le cœur de notre économique. Il ne s’agit pas ici pour l’Etat de verser des subventions, mais de procéder à des investissement ciblés pour des projets à forte valeur ajoutée.

swissinfo: Et l’Union européenne?

D. L.: Nous allons à coup sûr soutenir les accords bilatéraux II avec l’élargissement à l’est. Cette ouverture offre des perspectives intéressantes pour la Suisse. Ces accords vont assurer notre compétitivité sur ces nouveaux marchés et renforcer la sécurité en Suisse.

swissinfo: Qu’en est-il de l’entrée dans l’Union européenne?

D. L.: Si nous pouvons mener l’électorat à se prononcer favorablement à ces accords, je pense qu’il est temps alors d’ouvrir la discussion. L’adhésion ou la non-adhésion sont envisageables, chacune de ces deux options a ses avantages et ses inconvénients.

swissinfo: Quelle importance accordez-vous à l’image de la Suisse à l’étranger?

D. L.: C’est un sujet central. Nous avons une économie d’exportations et nous dépendons de l’étranger. Nous devons soigner les éléments qui font notre force et en être fier.

Il faut que la Suisse soit plus sûre d’elle-même, qu’elle arrête de se déchirer sur des sujets qui sont bien peu de choses par rapport aux problèmes mondiaux.

swissinfo: Quelle est l’importance de la Suisse de l’étranger pour vous?

D. L.: Je trouve que c’est un avantage d’avoir un point de vue extérieur. Nous recevons ainsi toujours de nouvelles idées pour nous améliorer. Et je m’en réjouis.

swissinfo, Christian Raaflaub
(Traduction et adaptation de l’allemand: Thomas Thöni)

– La conseillère nationale argovienne Doris Leuthard, 41 ans, a été élue présidente du PDC le 18 septembre.

– Elle en était la présidente intérimaire depuis la démission de son prédécesseur, Philipp Stähelin, en décembre de l’année dernière.

– Doris Leuthard défend la responsabilité personnelle et la solidarité en Suisse. A l’aide de son nouveau programme, le PDC souhaite démontrer que le dilemme entre la droite et la gauche peut être résolu.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision