«Adieu, merci la Suisse»: Trouver un emploi à l’étranger ne s’improvise pas
Envoyer un CV, un dossier et une lettre de motivation, passer un entretien: le parcours pour trouver un emploi est à peu près partout identique. Mais trouver un emploi à l’étranger peut s’avérer plus complexe. Une préparation minutieuse augmente les chances de réussir.
«Trouver un emploi à l’étranger, c’est comme lorsqu’un chef prépare son plat. Il faut savoir ce que l’on veut accomplir et faire ses courses en conséquence, pour être bien préparé», déclare Marion Aufseesser, psychologue et experte en transition de carrière, dans le dernier épisode de notre podcast sur l’expatriation et la vie à l’étranger, «Adieu, merci la Suisse».
Selon cette dernière, trouver un emploi à l’étranger nécessite une préparation rigoureuse. Cela implique notamment de vérifier si son diplôme est reconnu dans le pays de destination. Nina Richard, qui vit au Canada depuis 2021, en a fait l’expérience: «Mon diplôme d’assistante sociale n’y est pas reconnu, car la profession est réglementée».
La Suissesse originaire de Fribourg a dépensé des centaines de dollars canadiens pour une reconnaissance de diplôme qui n’a finalement pas abouti. «Pour obtenir le titre, j’aurais dû reprendre des études très onéreuses sur place», raconte-t-elle
Pour Marion Aufseesser, le processus ne peut se faire en quelques «clics». C’est un travail «d’orfèvre», où chaque profil est unique et où plusieurs éléments entrent en ligne de compte.
L’experte souligne également l’importance de développer un réseau sur place et, dans la mesure du possible, déjà avant de quitter la Suisse: «Il faut contacter des groupes qui partagent des intérêts ou un profil communs, car cela peut ouvrir des portes une fois sur place». Nina Richard a utilisé plusieurs canaux pour trouver un emploi à l’étranger: les sites d’annonces, le réseau de son conjoint canadien. Elle a finalement abouti dans sa recherche d’une manière peu conventionnelle, en répondant à une annonce publiée sur Facebook.
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Le dossier de candidature diffère parfois grandement
Les différences culturelles et les défis administratifs constituent souvent la plus grosse pierre d’achoppement pour les nouvelles et les nouveaux arrivants.
La manière de présenter un dossier de candidature, par exemple, peut varier considérablement. «Ici, on ne met pas de photo ni de date de naissance», indique Nina Richard. La Suissesse a également été surprise par certaines des informations requises par les entreprises: «J’ai été interrogée sur mon appartenance à une minorité, liée au handicap, à l’origine autochtone, francophone ou racisée».
Pour maximiser ses chances de trouver un emploi à l’étranger, Marion Aufseesser recommande de se renseigner en amont sur les us et coutumes du recrutement, grâce à son réseau, à des plateformes de type LinkedIn ou des conseils de coach en carrière.
Les démarches administratives, quant à elles, peuvent parfois se transformer en «expériences rocambolesques», selon Nina Richard. «Pour obtenir mon permis de séjour, j’ai dû faire ce que l’on appelle ici ‘le tour du poteau’. Il s’agissait de passer la frontière entre le Canada et les États-Unis pour m’y voir refuser l’entrée et revenir au Canada le jour même».
En outre, ces dernières années, le pays a durci sa politique d’immigration et octroie des permis de travail provisoires , qui restreignent les possibilités d’emploi à un seul employeur et à des conditions spécifiques. Ces règles administratives peuvent ainsi ajouter de la complexité à l’intégration professionnelle.
Le monde du travail ne parle pas la même langue partout
La culture d’entreprise à l’étranger peut réserver son lot de surprises. «Au Canada, les gens sont un peu moins directs que nous ne le sommes en Suisse», indique Nina Richard. Elle observe aussi que la frontière entre le personnel et le professionnel est plus ténue: «On mélange plus vite le personnel et le professionnel, il faut donc faire encore plus attention à ce que l’on dit dans chacun des deux mondes».
En Amérique du Nord, la sécurité de l’emploi est faible et il est possible de se faire licencier ou de quitter son poste en à peine quelques semaines. Ainsi, le roulement du personnel y est beaucoup plus important qu’en Europe. Ce qui serait perçu négativement en Suisse ne l’est toutefois pas au Canada. «Le fait de changer d’emploi est beaucoup plus valorisé qu’en Suisse», note Nina Richard.
Marion Aufseesser estime qu’il est difficile de comprendre la culture professionnelle d’un pays en n’y résidant pas encore. Les personnes expatriées l’expérimentent ainsi souvent «sur le tas». «La culture d’entreprise peut également fortement varier d’une branche professionnelle à une autre», précise-t-elle.
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Accepter les jours ‘sans’
Les difficultés que Nina Richard a rencontrées dans sa recherche d’emploi l’ont menée, «à certains moments, à un certain désespoir et à une perte de confiance» en ses capacités et sa valeur sur le marché du travail. Face à ces épreuves, la résilience est essentielle. Se donner des échéances peut également permettre d’avancer de manière plus organisée.
«Il est crucial d’accepter qu’il y ait des jours ‘avec’ et des jours ‘sans’», souligne Marion Aufseesser. Et d’ajouter: «Les jours ‘sans’, on évitera de se fixer comme objectif d’aller réseauter lors d’un événement, par exemple».
Pour l’experte, une connaissance approfondie de soi est primordiale: «Il est très important de bien cerner sa propre personnalité, car cette introspection aide à mieux cibler les opportunités et à s’adapter aux environnements professionnels».
Avec le recul, Nina Richard regrette de ne pas avoir essayé de trouver un travail plus rapidement, ce qui, selon elle, lui aurait permis une meilleure intégration. «Il est néanmoins crucial de ne pas tomber dans le piège d’une suradaptation, où l’on ne fait pas la distinction entre ce qui relève de l’intégration et ce qui est en fait un environnement de travail toxique.»
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Texte en français relu et vérifié par Samuel Jaberg
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