Les Latins moins heureux que les Alémaniques?
La santé psychique des Romands et des Tessinois est plus fragile que celle des Alémaniques, selon une enquête de l'Observatoire suisse de la santé.
Ces différences s’expliquent par la situation du marché du travail… ou parce que Romands et Alémaniques expriment différemment leur malaise éventuel.
«La santé en Suisse romande et au Tessin en 2002» tord le cou à certains clichés. Selon ce rapport, en 2002, Romands et Tessinois ne sont pas allés plus souvent chez le médecin que les Alémaniques – trois personnes sur quatre.
En revanche, relève l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), les Latins consomment davantage de médicaments, en particulier des somnifères.
Ils ont par ailleurs une conception plus pessimiste de l’existence et le sentiment de solitude est plus répandu qu’Outre-Sarine, surtout chez les femmes.
En bonne santé et pourtant…
Les chiffres sont qualifiés de «subjectifs», car ils proviennent de quelque 20’000 personnes interrogées par les chercheurs sur leurs impressions à propos de leur état de santé.
C’est ainsi que six personnes sur sept se disent en bonne santé, voire en très bonne santé. Mais 24,4% des Romands et Tessinois (contre 29% des Alémaniques) et 30,4% des Romandes et Tessinoises (33,9%) annoncent des troubles psychiques durant le mois précédant l’enquête.
La santé psychique dépend en partie de la satisfaction au travail. Or, «celle-ci est moindre dans les cantons latins où le marché du travail est beaucoup plus tendu qu’outre-Sarine», relève Jean-Luc Heeb, chef de projet à l’Obsan à Neuchâtel.
L’étude montre aussi que l’optimisme et les opinions sur la vie en général montrent des contrastes marqués et que le sentiment de maîtrise de la vie est moindre dans les cantons latins.
Là, 47,4% des hommes et 46,8% des femmes ont une conception positive de la vie, contre 63,2% et 62,6% chez les Alémaniques.
Meilleure hygiène de vie
D’autre part, l’hygiène de vie est moins bonne. La moitié des hommes et un tiers de femmes souffrent de surcharge pondérale. L’obésité affecte un peu moins d’une personne sur dix. Par exemple, les jeunes de Genève, Vaud et Neuchâtel se montrent particulièrement friands de fast-food.
Et, surtout, quatre hommes sur dix et plus d’une femme sur deux déclarent ne pratiquer aucun sport, dont les bienfaits sur l’état psychique sont démontrés.
«En Suisse alémanique, la culture de la vie est différente, explique Jean-Luc Hebb à swissinfo. Les Alémaniques font plus de sport, ils surveillent mieux leur alimentation et ont moins de comportements à risque.»
Les Romands s’expriment plus
Astrid Stuckelberger, de l’Institut de médecine sociale de Genève et co-auteur de l’étude, n’a pas d’explication, mais plutôt des hypothèses et des pistes.
«Il est difficile de calculer un indice du bonheur ou du malheur mais j’ai l’impression que les Latins s’expriment plus en général sur leurs sentiments et donc aussi sur leur éventuel mal-être psychique», explique la sociologue genevoise à swissinfo.
Outre le facteur culturel, elle ajoute que les services de dépistage offerts par le système de santé sont différents des deux côtés de la Sarine, ce qui se répercute sur la prise en charge.
Pour ce qui est de l’importance plus grande des comportements à risque (drogue, alcool, tabac) en Suisse romande, la sociologue constate une «désintégration sociale inquiétante qui n’est peut être pas aussi importante de l’autre côté de la Sarine».
Les femmes plus que les hommes
Comme toutes les études sur la santé, la dernière en date montre que les femmes vont plus chez le psychiatre. Elles sont 7%, contre 4% pour les hommes. Sont-elles plus fragiles?
«Je ne pense pas, répond Jean-Luc Heeb, mais elles ont beaucoup plus à porter que les hommes en conjuguant travail et famille.» Beaucoup de femmes sont également cheffes de famille monoparentale… et donc dans une situation économique difficile, ainsi que l’attestent les dernières statistiques sur l’aide sociale en Suisse.
«Les femmes ont davantage conscience de ces problèmes que les hommes, qui ne veulent pas toujours les voir. C’est pourquoi on pense, généralement, qu’elles sont plus facilement sujettes aux troubles psychiques», déclare encore l’expert.
Pour Astrid Stuckelberger, la différence n’est pas d’ordre biologique mais elle est due au fait que les hommes expriment différemment leur mal-être. «Ils souffrent beaucoup plus de troubles liés à la drogue ou à l’alcool. Et puis, ils se suicident plus que les femmes.»
swissinfo, Isabelle Eichenberger
– La Suisse met en place une politique de la santé psychique dans le cadre du Plan national suisse de santé (PNS, 2004).
– Créé en 2001, l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) est une institution de la Confédération et des cantons qui traite les informations dans le domaine de la santé.
– Depuis 1992, l’Enquête suisse sur la santé (ESS) est menée tous les cinq ans auprès de 20’000 personnes pour observer l’évolution de l’état de santé de la population.
– «La santé en Suisse romande et au Tessin en 2002» de l’Obsan a été réalisé sur mandat de la Conférence romande des affaires sanitaires et sociales (CRASS).
De 1986 à 1998, les rentes AI pour causes psychiques ont plus que doublé.
Les coûts de la psychiatrie ont augmenté de 15% entre 1997 et 2002 (atteignant 354 millions de fr.).
24,4% des Romands (29% des Alémaniques) et 30,4% des Romandes (33,9%) annoncent des troubles psychiques durant le mois précédant l’enquête.
7% des Romandes (6% des Alémaniques) et 4% des Romands (3%) ont suivi un traitement psychique le mois précédant l’enquête.
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