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Ruth Dreifuss: hommage à une battante

swissinfo.ch

La presse de mardi salue Ruth Dreifuss. Elle voit en la ministre démissionnaire une femme de conviction, appliquée et tenace.

Ce qui n’empêche pourtant pas les chroniqueurs de porter également un regard très critique sur son passage au gouvernement.

C’est bien connu, c’est souvent lorsque l’on s’en va que l’on est apprécié. Et Ruth Dreifuss ne fait pas exception à la règle.

La Südostschweiz ironise d’ailleurs légèrement sur ce phénomène en écrivant: «Ruth Dreifuss la maternelle, Ruth Dreifuss la compatissante, Ruth Dreifuss la douce. C’est ainsi qu’on veut nous la vendre, maintenant que son départ est clair.»

Quoi qu’il en soit, les différents chroniqueurs saluent en Ruth Dreifuss une femme politique qui, quelles que soient les circonstances, a toujours montré son engagement, ses convictions et sa ténacité.

«Ruth Dreifuss aura imposé une stature peu commune, qui a impressionné jusqu’à ses adversaires», écrit par exemple Le Temps. «Personne ne conteste qu’elle laissera une trace faite de courage et de dignité», ajoute la Tribune de Genève.

Un consensus mou

Les commentateurs ne sont pas pour autant tendres avec la ministre démissionnaire. L’échec de l’assurance maternité, la hausse constante des primes maladie et surtout l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes ont laissé de mauvais souvenirs.

C’est ainsi que la Liberté titre, un peu méchamment: «Ruth Dreifuss prend sa retraite à 62 ans, elle!». Tout le monde aura compris l’allusion.

Mais surtout, les chroniqueurs constatent que Ruth Dreifuss n’a pas réussi à répondre aux immenses attentes qui avaient été placées en elle lors de son élection. Trop prompte au compromis, la ministre de l’Intérieur n’a pas vraiment réussi à s’imposer.

Ainsi, pour le Bund, la conseillère fédérale socialiste a toujours représenté une «brave gauche helvétique». La Tribune de Genève va dans le même sens en écrivant: «Ruth Dreifuss est entrée comme le messie à Jérusalem. Un an plus tard, elle était déjà reléguée par les observateurs au rang de «bonne élève» du Conseil fédéral».

Trop isolée pour agir

Mais cette sévérité n’est pas forcément partagée par tous. En faisant des compromis, Ruth Dreifuss a réussi à sauver l’essentiel, c’est-à-dire empêcher un trop grand démantèlement du filet social.

Par ailleurs, la ministre de l’Intérieur était bien trop isolée au sein du Conseil fédéral. «Elle a vu ses exigences refoulées, piétinées aussi bien dans l’assurance maladie que l’AVS et le 2e pilier», note Le Matin.

Et le grand quotidien populaire romand d’ajouter: «triplement minoritaire en tant que femme, socialiste et Juive, elle était condamnée d’avance.»

Reste que c’est peut-être dans quelques mois que l’on pourra réellement voir quel a été l’apport de Ruth Dreifuss. Pour L’Express, la chose sera évidente, si d’aventure un parti bourgeois reprend les rennes du Département fédéral de l’Intérieur.

«On risque alors de prendre la pleine mesure de la ténacité de Ruth Dreifuss, déployée face aux intérêts économiques pour maintenir ses objectifs en matière de politique sociale», conclut le quotidien neuchâtelois.

swissinfo/Olivier Pauchard

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