«Surprise» – un journal des chômeurs pris à la gorge
Lancé en 1997 pour réinsérer les sans emploi dans le monde du travail, le bimensuel alémanique a besoin pour survivre de 200'000 francs d'ici à la fin de l'année.
Cet organe de presse a procuré l’an dernier un emploi à 700 personnes. Beaucoup risquent aujourd’hui de se retrouver sur le carreau.
La situation est sérieuse, a indiqué lundi à Zurich Michele Alvaro, patron de Stassenmagazin Surprise GmbH, qui gère ce magazine tiré à 23’000 copies et vendu par des chômeurs, de longue durée avant tout.
Si le trou financier n’est pas comblé d’ici la fin de cette année, le projet se retrouvera devant une alternative simple: maigrir ou abandonner la partie.
Selon Michele Alvaro, le problème se situe avant tout au niveau de l’encadrement nécessaire des vendeurs. Un encadrement toujours plus exigeant et cher, étant donné que ces vendeurs sont toujours plus souvent au bénéfice de l’aide sociale (jeunes, requérants d’asile, invalides).
«Ils ont besoin d’encouragement et d’accompagnement, d’appui dans leurs relations avec les autorités et la vie quotidienne. Ils ont aussi besoin de parler.»
A saturation
Ces trois dernières années, le nombre de vendeurs de rue n’a guère varié. Mais les personnes assumant l’encadrement sont arrivés à saturation de travail.
Les 615’000 francs investis dans l’encadrement ne sont couverts qu’aux deux-tiers par la vente du journal, précise Michele Alvaro.
Management, administration, rédaction: le projet s’est déjà serré la ceinture où cela était possible. Vu la situation, le personnel a de lui-même opté pour des réductions de salaires.
Du temps de travail a aussi été réduit, indique Michele Alvaro. Par contre, aucun licenciement n’a été prononcé.
Une étude
Malgré la gravité de la situation, les responsables de «Surprise» se montrent confiants. Mais selon eux, d’autres mesures sont maintenant nécessaires pour éviter de se retrouver confronté au même problème dans un an.
C’est pourquoi des négociations ont été entamées avec les offices sociaux de Bâle, Berne et Zurich. L’objectif est d’entamer des collaborations concrètes et obtenir des soutiens.
On ne s’arrêtera pas là. Dans le cadre d’un projet mené avec l’Université de Bâle, il s’agira aussi d’analyser la problématique des vendeurs et les difficultés qu’ils rencontrent.
La moitié
En 2005, «Surprise» a offert un job à 7000 sans emploi. 140 en ont profité pour se former, 24 ont trouvé un nouvel emploi sur le marché ouvert du travail.
L’année dernière toujours, la vente au numéro de «Surprise» a rapporté 2,2 millions de francs de chiffre d’affaires. Dont la moitié au bénéfice direct des vendeurs.
swissinfo et les agences
«Surprise» n’est pas le seul journal suisse conçu comme un instrument de réinsertion des sans emploi.
En Suisse romande, le journal «Objectif réussir» existe par exemple depuis 1994. Il concernait initialement les toxicomanes. Sa version allemande s’appelle «Treffpunkt Boulevard».
Sur le plan international, l’International Network of Streetpapers existe depuis 1994. Il regroupe 55 membres (dont «Surprise») dans 30 pays.
A fin septembre en Suisse, le taux de chômage atteignait 3,1%.
Les sans emploi étaient 121’876, dont 25’394 de longue durée (plus d’un an).
L’assurance chômage couvre 70/80% du dernier salaire. Selon les cas, il est possible de toucher entre 260 et 520 indemnités journalières.
Une fois leurs droits échus, les sans emploi peuvent faire appel à l’aide sociale.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.