Un prix de la paix à Poutine crée la controverse
Le Forum du désarmement nucléaire (NDF) à Zoug a attribué samedi divers «prix de la paix», dont l'un au président russe Vladimir Poutine.
Le gouvernement zougois se distancie de ce choix qui suscite des critiques, notamment de la part de Greenpeace.
Les prix étaient remis à l’occasion du premier «Demiurgus Peace International Initiative», une cérémonie lancée par le NDF et placée sous la patronage de Mikhaïl Gorbatchev.
En plus de M. Poutine, honoré pour sa contribution à la réduction des armements nucléaires, six personnalités ont reçu la distinction, et parmi elles Desmond Tutu ou Ted Turner (pour des dons caritatifs).
Basé à Zoug, le «Nuclear Disarmament Forum» (de son nom en anglais) dit oeuvrer au démantèlement des arsenaux nucléaires militaires en vue d’un recyclage en matériel civil.
Des voix, notamment dans la presse alémanique, se sont élevées ces derniers jours pour mettre en cause l’attribution d’un «prix de la paix» au président russe, compte tenu de son rôle dans la guerre en Tchétchénie.
Elles se sont aussi interrogées sur le rôle de la société qui le décerne, certaines la soupçonnant de faire le jeu de l’industrie atomique.
L’ombre du «vautour nucléaire»
Le président du gouvernement zougois Hanspeter Uster a tenu à marquer ses distances avec la manifestation. Il a indiqué samedi que le gouvernement cantonal n’y prenait pas part.
Il était initialement prévu d’y envoyer deux représentants, «mais il n’était alors question que d’un concert et d’une cérémonie, pas de Poutine».
Pour Greenpeace, «le vautour nucléaire suisse se cache sous un rameau d’olivier et des ailes de colombes». Sous couvert de récompenser des actions en faveur de la paix dans le monde, la manifestation du NDF sert en réalité «de mesure de relations publiques des nucléocrates suisses et européens».
Un simple «think tank»
Le Nuclear Disarmament Forum rejette ces critiques. La société «ne vend ni n’achète de matériel nucléaire», a affirmé son porte-parole, Ueli Glausen. Le NDF fonctionne plutôt comme un think tank» réunissant 25 scientifiques, qui se finance grâce à ses études et aux résultats de ses recherches.
Selon Greenpeace, le NDF a été fondé par l’industrie atomique: 98 % du capital de départ ont été fournis par Franz Hoop, ancien acheteur de combustible à l’«Elektrizitätsgesellschaft Laufenburg», qui exploite la centrale nucléaire de Leibstadt.
Ce dernier aurait passé des accords au nom de l’industrie atomique en vue d’exporter les déchets suisses hautement radioactifs vers la Russie.
M. Glausen affirme de son côté que le NDF a été fondé à l’initiative de l’industriel du gaz Leonyd Bykow, qui a apporté le capital-actions de 100 000 francs. M. Bykow, qui s’est installé à Zoug, est un conseiller économique du président Poutine.
Quant à la rétractation du gouvernement, le porte-parole l’explique par des manoeuvres à l’approche des élections à Zoug et par l’ancrage à gauche du président socialiste de l’Exécutif cantonal.
swissinfo avec les agences
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