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La grande peur des banques engagées à l’Est

Frappée par une violente crise financière, l'Ukraine voit sa monnaie fondre et la récession s'approfondir. Reuters

Les systèmes financiers ou les économies de pays comme les Etats baltes, la Hongrie ou l'Ukraine tanguent dangereusement. Créancières, des banques autrichiennes, italiennes, suédoises risquent le retour de flamme. Décryptage.

«Les crédits accordés dans la région ont de loin dépassé ce qui était déposé. Il s’en est suivi un financement transfrontalier essentiellement opéré par les banques occidentales. Un financement de plus en plus difficile à assurer par les temps qui courent.»

Dans l’organe d’information de la banque, la responsable des études économiques globales de Credit Suisse estime que l’Europe de l’Est est une des régions les plus touchées par la crise mondiale du crédit.

Selon un classement maison portant sur la vulnérabilité économique, la région est la plus sensible, loin devant l’Amérique du Sud et l’Asie, aux économies plus diversifiées, moins endettées et moins dépendantes des financements étrangers.

Sur place, en Hongrie, dans les Pays baltes, en Ukraine, la crise touche l’économie réelle, qui manque de liquidités, comme le secteur bancaire. Un secteur bancaire aux deux tiers en mains étrangères – banques autrichiennes, italiennes, suédoises, grecques, françaises, allemandes, etc.

Banques suisses en retrait

Les banques suisses? Conséquence de choix stratégiques mais aussi d’affinités historiques, leur exposition paraît relativement réduite – moins de 20 milliards de dollars d’actifs, moins de 10 milliards de prêts – pour un total de prêts «étrangers» dépassant 1600 milliards, dont un quart devant être remboursés cette année…

Ces banques «étrangères» sont donc sous pression et risquent parfois la faillite. «Elles ont prêté en euros ou en francs suisses à des gens qui gagnent leur vie dans des monnaies locales dévaluées avec la crise. Ces gens ne peuvent plus payer leurs dettes», explique Charles Wyplosz, professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève.

Avec la chute du mur de Berlin, les économies de la région sont passées au marché. Des banques locales sont apparues et les géants étrangers ont cherché à s’implanter sur ces marchés nouveaux.

«Très naturellement, en raison de leur know-how et leur accès aux marchés financiers internationaux», les banques étrangères ont racheté les institutions nationales, explique l’économiste, membre du Groupe d’analyse économique du président de la Commission européenne.

Crainte de panique monétaire

Alors qu’une large partie des systèmes bancaires de la région se sont refinancés en monnaie étrangère, Charles Wyplosz émet une autre crainte: des mouvements de paniques sur les monnaies locales.

«Si le devise hongroise devait encore se dévaluer fortement, cette baisse achèverait de ruiner les emprunteurs en monnaies étrangères, conduisant à une aggravation de la récession dans ces pays, et à des appels à l’aide tous azimut.»

Des appels déjà lancés à l’intention des institutions internationales et européennes par le Premier ministre hongrois notamment. Un plan de sauvetage des banques conduit par la BERD se déploie actuellement. Le FMI est déjà intervenu en Ukraine et en Hongrie. Quant à l’Union européenne, elle s’est dite prête à aider ses membres en cas de difficulté.

Un pays comme l’Autriche se bat dans ce sens. Ses banques ont prêté plus de 250 milliards de dollars plus à l’Est et l’économie autrichienne risque de trembler sur ses bases si ses banques doivent tirer un trait dessus.

Une combinaison d’actions

Le scénario de l’abandon à leur sort de filiales de l’Est par les maisons-mères de l’Ouest reste possible. Mais cela reviendrait à laisser tomber le système bancaire de ces pays, ce qui serait «tout à fait dramatique», estime Charles Wyplosz.

L’économiste s’attend plutôt à une combinaison d’aides d’urgence du Fonds monétaire international (FMI) aux pays concernés parfois très endettés, de recapitalisations ou de sauvetages de banques engagées à l’Est par les autorités nationales. Une répartition, donc, des coûts, entre les pays, y compris les pays d’Europe occidentale, le FMI, les banques.

Début mars toutefois, les dirigeants de l’Union européenne ont refusé un plan de stabilisation global pour l’Est. Charles Wyplosz: «On se noie, aidez-nous!, ont-ils appelé – nagez plus fort et vous vous en sortirez!, ont répondu les autres».

Un écroulement des monnaies des pays de l’Est rendrait leur production de biens et services extrêmement compétitive, explique l’économiste. Conséquence attendue: une désorganisation des marchés dans l’Union, et en Suisse, par la même occasion.

Autrement dit, «à un moment donné, les pays se rendront compte que l’égoïsme leur revient en pleine figure. (…) Quand ça tanguera très fort, tout le monde verra qu’il doit faire un petit effort».

swissinfo, Pierre-François Besson

Alarme. «La sévérité de la crise économique en Europe de l’Est menace près de deux décennies de réformes économiques», a indiqué la BERD fin février.

But. Créée en 1991 pour accompagner les anciens pays du bloc soviétique dans leur transition vers une économie de marché, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) compte une soixantaine de membres-actionnaires, dès ses débuts, dont la Suisse.

Moyens. Elle intervient à l’aide de prêts, de prises de participation et d’appuis techniques dans 29 pays.

Effort. Malgré la plus grosse perte de son histoire enregistrée l’an dernier (602 millions d’euros), la BERD augmentera ses investissements de 20% cette année (7 milliards d’euros, un record) pour aider ses pays d’intervention.

Milliards. Elle vient d’annoncer qu’avec la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement (UE), elle apportera 24,5 milliards d’euros sur deux ans aux banques et entreprises de la région.

Doublement. Les dirigeants de l’Union européenne se sont mis d’accord le 20 mars pour doubler à 50 milliards d’euros les moyens d’un fonds d’aide d’urgence aux membres est-européens de l’UE qui ne sont pas protégés par l’euro. Une facilité déjà utilisée par la Hongrie et la Lettonie.

Fonds. Sur la question des filiales bancaires, l’Autriche et la Hongrie soutiennent activement la création d’un important fonds commun pour les banques d’Europe centrale et orientale, mais cette idée n’a pas convaincu les Vingt-Sept pour le moment.

Crédits. Avec la faiblesse du taux d’intérêt sur le franc, de nombreux crédits ont été souscrits dans la monnaie suisse à l’Est de l’Europe.

Hausse. Les opérations de remboursement (prêts en franc) et les désendettements des banques vont pousser le franc à la hausse, prévoit Credit Suisse.

Exportations. Cette situation risque de compliquer la situation de l’industrie suisse d’exportation, déjà frappée par la chute de la demande extérieure.

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