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La place financière suisse reste très opaque

Delaware, Luxembourg, Suisse. Tel est le trio de tête des places financière les plus opaques du monde, selon une étude que publie samedi le Tax Justice Network, réseau de scientifiques, de financiers et d'ONG militant pour davantage de justice fiscale.

Pour cette première édition de son indice d’opacité financière, le réseau a comparé 60 juridictions du monde entier. Résultat, le petit Etat américain du Delaware arrive en tête des places financières les plus secrètes, devant le Luxembourg, la Suisse, les Iles Caïman et le Royaume-Uni.

Le Delaware s’avère particulièrement attractif parce que les profits réalisés en dehors de son territoire n’y sont pas imposés et parce qu’il ne requiert pas de présence physique d’une entreprise. Environ 700’000 entités y sont enregistrées, dont la moitié seulement font publiquement commerce aux Etats-Unis. A noter que selon l’étude, les deux grands banques suisses UBS et Credit Suisse auraient ensemble environ 200 filiales dans cet Etat.

Le classement est établi à partir d’un couplage de données relatives aux activités offshore et aux informations sur les bénéficiaires des comptes obtenues par les juridictions, ainsi que leur degré de coopération lorsqu’elles sont sollicitées pour communiquer ces informations.

«Cet instrument de mesure de l’opacité financière et fiscale se différencie nettement des conclusions de l’OCDE», relèvent Alliance Sud et la Déclaration de Berne, tous deux membres fondateurs du Tax Justice Network.

«Si, pour des raisons qui relèvent avant tout du calcul politique ou parce qu’il ne s’agit pas d’Etats souverains, des places financières aussi importantes que le Delaware, le Nevada ou Londres ne figurent pas sur les listes noire ou grise de l’OCDE, l’indice d’opacité financière, lui, en tient compte», précise le communiqué des ONG suisses.

Et d’ajouter que «si le Delaware est particulièrement montré du doigt, il n’y a pas de quoi être fier de la position de la Suisse. La Suisse doit comprendre cet indice à la fois comme un encouragement à s’engager à l’échelle internationale en faveur d’une transparence accrue des places financières et comme une raison supplémentaire de poursuivre l’effort qu’elle a commencé».

Afin de mieux cerner les enjeux du problème, Olivier Longchamp, de la Déclaration de Berne, cite l’exemple des pays en développement, «qui bénéficieraient annuellement de recettes fiscales supplémentaires de l’ordre de 5,4 milliards de francs au moins, si les sommes placées en Suisse afin de contourner l’impôt par des personnes physiques étaient imposées correctement. Soit un montant égal à deux fois et demie celui de l’aide suisse au développement».

swissinfo.ch et les agences

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