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«Adieu, merci la Suisse»: les traditions comme ancrage dans un monde inconnu

3 femmes assises dans des fauteuils
Les journalistes de Swissinfo Emilie Ridard et Camille Kündig (à gauche et au centre) parlent avec la psychologue Sonia Ciotta (à droite) du mantien des liens familiaux et traditions lorsque l'on vit à l'étranger. Swissinfo

S’expatrier, c’est laisser derrière soi des habitudes qui nous servent de repère. À l’étranger, ces traditions deviennent alors des ports d’amarrage et parfois aussi une façon de transmettre sa culture à ses enfants. Dans le dernier épisode de notre podcast, Denise Weber, une Suissesse de l’étranger aux origines multiculturelles, et Sonia Ciotta, psychologue, abordent le maintien des traditions et des liens familiaux.

«Les traditions sont un peu comme un ventre maternel qui nous porte. Quand on ne sait plus, on peut toujours y revenir», explique Sonia Ciotta, psychologue spécialisée dans les questions migratoires.

La migration, même volontaire, implique des pertes matérielles, mais aussi identitaires. Face au déracinement vécu, maintenir des traditions est une tentative d’amarrage à un port que l’on connaît, à défaut d’en avoir d’autres sur le moment.

Denise Weber, une Suissesse qui vit actuellement à Londres mais a habité dans plusieurs pays, abonde dans ce sens. Il y a quelques années, elle est partie vivre au Costa Rica. Son mari, danois, y était depuis déjà plusieurs mois lorsqu’elle l’y a rejoint, autour du 1er août. «Il m’a organisé une fête du 1er-Août pour m’accueillir au Costa Rica, pour que je m’y sente chez moi», se souvient-elle, sourire aux lèvres.

De l’origan dans les valises

À l’arrivée dans un nouveau pays, la perte de repères a souvent pour effet que les objets prennent une dimension culturelle.

Ce qui pour Sonia Ciotta, d’origine italienne, se matérialise sous la forme de tomates séchées et d’origan qu’elle rapporte de Sicile. Bien qu’elle soit tout à fait consciente de pouvoir trouver ces produits en Suisse, «le fait que ces tomates soient séchées par ma grand-mère avec le soleil de ma Sicile change tout!», plaisante-t-elle.

Sans un tel contexte, il ne s’agit en effet pas de qualité, mais d’émotion. Pour la psychologue, ces produits deviennent des ponts. «C’est moi qui crée ce pont entre mon pays d’origine et mon pays de résidence. Et je peux choisir de le traverser quand j’en ai besoin – et dans n’importe quel sens», illustre-t-elle.

Pendant des années, Denise Weber a elle aussi rempli ses valises de produits suisses ou danois pour les ramener dans le pays où elle vivait alors. «C’est un petit plaisir qui nous rappelle une expérience, ou un moment où l’on était avec des membres de la famille», explique-t-elle.

Comme un signe d’intégration progressive, le phénomène évolue avec le temps. «On rapportait de moins en moins de choses, parce que nous nous habituions au pays où nous vivions. Les valises se sont toutefois de nouveau chargées après la naissance des enfants, qui nous demandent ces chocolats et autres chips», indique Denise Weber.

Le podcast «Adieu, merci la Suisse» est également disponible en vidéo. Visionnez l’épisode:

Plus suisses que les Suisses

Loin de leur pays d’origine, certaines personnes expatriées sont soudainement très attachées à leur identité suisse et célèbrent des traditions qu’elles ne chérissaient pas forcément lorsqu’elles étaient encore en Suisse.

D’après Sonia Ciotta, lorsque l’on arrive en terre inconnue, l’altérité est perçue comme une menace. Face à celle-ci, mais aussi à l’angoisse de ne plus appartenir à une communauté, les individus adoptent des «comportements d’accrochage à leurs propres référentiels culturels».

Denise Weber confirme: «On se sent parfois presque plus suisses que les Suisses qui y vivent!» Perpétuer sa culture, notamment auprès de ses enfants, c’est aussi affirmer son identité. «C’est ce qui fait que je suis qui je suis. Consciemment ou non, je souhaite transmettre une part de moi-même à mes enfants», dit-elle.

Plongez dans notre podcast audio et vidéo et explorez avec nous les multiples facettes de l’expatriation et de la vie à l’étranger. Disponible aussi en suisse allemand.

Quel est l’impact psychologique d’un déménagement à l’étranger? Comment gérer les défis personnels 
et professionnels du quotidien, dans une langue et une 
culture inconnues? Comment s’intégrer? Et à quels aspects doit-on particulièrement prêter attention lorsque l’on 
émigre avec des enfants?  

Plus loin, mais pas moins proche

Au «loin des yeux, loin du cœur», Denise Weber préfère l’expression anglaise «Absence makes the heart grow fonder», l’absence fait battre le cœur plus fort.

Malgré de nombreux déménagements, ses attaches familiales n’ont pas faibli, au contraire. «On est presque plus au courant de la vie, des petites choses, des petits tracas, des activités, que si on vivait proches les uns des autres», indique la Genevoise. Ce phénomène repose sur une forme d’hypercommunication. Chaque détail, chaque anecdote, chaque émotion est partagée, comme pour compenser l’absence physique.

Le manque de présence corporelle, en revanche, reste le point le plus douloureux: «La possibilité de se parler de vive voix, de pouvoir partager des moments sans écran interposé, c’est ça vraiment qui manque le plus.»

La technologie ne remplace pas la présence, mais elle permet de maintenir un lien vivant. Les retrouvailles prennent alors un sens et une saveur encore plus particulière. «Nous partageons des moments que nous considérons comme très spéciaux», témoigne Denise Weber.

Relu et vérifié par Pauline Turuban

Quelles chansons associez-vous à la Suisse? Nous avons posé cette question à nos hôtes et avons créé une playlist «mal du pays» avec tous leurs morceaux. Bonne écoute!

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Retrouvez tous les épisodes du podcast ici:

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