«Adieu, merci la Suisse»: Suivre son conjoint à l’étranger, le défi de se réinventer loin de la Suisse
Suivre sa ou son partenaire à l’étranger pour l’accompagner dans sa carrière implique des renoncements, souvent une dépendance financière et parfois la nécessité de se construire une nouvelle identité. Dans ce nouvel épisode de notre podcast «Adieu, merci la Suisse», une experte et une Suissesse de l’étranger racontent comment faire de cette expatriation un choix assumé plutôt qu’une situation subie.
Vous êtes en couple, et l’employeur de votre partenaire lui offre le poste de ses rêves à l’étranger. Vous décidez de le ou la suivre, en laissant tout derrière vous, y compris votre propre carrière.
Dans de telles situations, l’attention se porte souvent sur la personne qui décroche le poste à l’étranger. Pourtant, derrière une mutation internationale se trouve souvent un ou une partenaire qui accepte de mettre sa propre trajectoire professionnelle en pause.
Perte identitaire
Dans les sociétés occidentales, l’emploi constitue un marqueur important de l’identité sociale. Loin de leur environnement habituel, de leur réseau social et, surtout, de leur activité professionnelle, certaines personnes se retrouvent confrontées à des questionnements identitaires.
Plongez dans notre podcast audio et vidéo et explorez avec nous les multiples facettes de l’expatriation et de la vie à l’étranger. Disponible aussi en suisse allemand. Pour toutes celles et ceux qui ont déjà sauté le pas ou l’envisagent.
«Qui suis-je? Qu’est-ce qui me définit?» sont des questions auxquelles Heike Geiling, coach interculturelle spécialisée dans l’accompagnement des partenaires accompagnantes, aide souvent à trouver des réponses. Car, là où «l’un retrouve un cadre, un bureau, des collègues, des projets, l’autre hérite d’une nouvelle adresse», souligne-t-elle.
Dans ce contexte, il faut être capable de se définir autrement que par le métier que l’on exerçait. Stéphanie Sciboz, qui accompagne son mari consul depuis plusieurs années, a parfois constaté une perte d’intérêt de ses interlocuteurs lorsqu’elle explique s’occuper de «l’économie familiale». Toutefois, cette situation ne l’a jamais profondément affectée. «Je ne me définis pas par ma profession, mais plutôt par ce que je fais dans la vie», déclare-t-elle.
>> Visionnez l’épisode entier:
00:00 Définition et rôle majoritairement féminin
03:38 Renoncer à son emploi et implications
09:57 Statut et regard sociétal
11:43 Retraite et différences public/privé
13:34 Forfaits pour les partenaires accompagnants
16:29 Eviter l’échec grâce aux discussions en amont
20:07 Formations et projets personnels
24:00 Réseaux social et solitude
27:19 Accepter une vie non choisie
32:10 Couple, argent et inégalités de genre
39:16 Conseils
L’argent, un sujet incontournable
La question financière est un enjeu crucial, souvent sous-estimé, selon Heike Geiling. L’experte insiste sur la nécessité d’aborder avant le départ les conséquences concrètes d’une telle expatriation: retraite, prévoyance, formation continue ou accès à des ressources personnelles pour la partenaire accompagnante. Heikle Geiling estime que plus de 80% des partenaires accompagnants sont des femmes.
Pour son personnel diplomatique et consulaire, la Confédération compense l’impossibilité de travailler des personnes accompagnantes par une cotisation à leur 3e pilier de prévoyance professionnelle.
Les entreprises privées ne proposent généralement pas de tels avantages. Mais la plupart des multinationales disposent de forfaits qui comprennent des budgets réservés aux partenaires accompagnants. «Il ne faut pas hésiter à demander, dit Heike Geiling. Un échec dans le processus d’expatriation coûte bien plus cher à une entreprise qu’un forfait pour les partenaires accompagnantes.»
L’experte met également en garde contre le risque d’une dépendance économique qui viendrait fragiliser l’équilibre du couple.
Les renoncements consentis par la partenaire accompagnante doivent également être clairement discutés, afin qu’ils ne se transforment pas en reproches sur le long terme.
Avoir un projet à soi
Heike Geiling conseille de s’atteler à construire sa propre vie dans le pays d’accueil plutôt qu’à organiser exclusivement celle du conjoint ou des enfants.
Formation, activité indépendante, engagement associatif ou création d’une entreprise en ligne: peu importe la forme choisie, selon l’experte. L’essentiel est de disposer d’un espace personnel permettant de préserver son autonomie, son identité et son sentiment d’utilité.
Si un emploi stable apporte un cadre et un rythme de vie structurants, il peut être difficile pour une partenaire accompagnante d’en trouver un. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. D’une part, lorsque le pays de destination n’a pas été choisi, la langue peut constituer un frein important. D’autre part, les séjours étant souvent temporaires, certains employeurs hésitent à recruter une personne dont la présence est limitée dans le temps.
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Prendre le temps
Les premiers mois à l’étranger constituent souvent une période de transition intense. Durant cette phase, le sentiment de solitude peut être fort. «Il faut être prête à être seule, surtout les premiers temps», dit Stéphanie Sciboz.
Toutefois, elle n’assimile pas forcément la solitude à un élément négatif: «Ces moments peuvent aussi permettre de reprendre son souffle au milieu du tsunami que représentent toutes les étapes que l’on traverse.»
Pour créer de nouveaux repères, la Suissesse mise notamment sur le sport, les activités collectives et les rencontres du quotidien. Une stratégie qui lui permet de reconstruire progressivement un réseau social dans chaque pays d’accueil.
Une vie subie ou choisie
Certaines personnes vivent difficilement l’abandon de leur vie professionnelle, tandis que d’autres voient dans l’expatriation une occasion unique de découvertes. «J’ai renoncé à une certaine indépendance, notamment financière, mais pour moi cela a toujours été un rêve de vivre à l’étranger», déclare Stéphanie Sciboz.
Heike Geiling rappelle également que l’adaptation à un nouvel environnement prend du temps: «On considère qu’il faut environ 100 jours pour ‘arriver’ quelque part». L’experte conseille aussi d’essayer de lister les points positifs du pays dans lequel on se trouve, surtout lorsqu’on ne l’a pas choisi.
>> Quelles chansons vous font penser à la Suisse? Nous réunissons les morceaux que vous et nos hôtes associez à la Suisse et les ajoutons à notre playlist «Heimweh/mal du pays». Votre chanson n’y figure pas? Envoyez-la-nous à l’adresse swissabroad@swissinfo.ch.
Texte en français relu et vérifié par Samuel Jaberg
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