La reconnaissance des réfugiés climatiques fait son (lent) chemin

Kiribati, nation insulaire du Pacifique Sud, compte plus de 110'000 habitants, mais sa hauteur moyenne de 2 mètres au-dessus du niveau de la mer en fait l'un des pays les plus vulnérables à la montée des eaux. Reuters / David Gray

Avec le dérèglement du climat, la question des déplacés victimes de catastrophes naturelles est toujours plus d’actualité. Le Comité des droits de l’homme de l’ONU vient de rendre un jugement inédit qui reconnaît le besoin de protection des individus menacés par la crise climatique. À Genève, la Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes naturelles est l’une des entités qui travaillent sur cette problématique extrêmement complexe. 

Près de 17,2 millions de personnes dans 148 pays ont dû abandonner leur foyer en 2018 en raison de désastres naturels. Et ce nombre risque d’augmenter de façon dramatique avec le réchauffement climatique, en raison notamment de la hausse prévue du niveau des mers ainsi que de la fréquence de phénomènes naturels extrêmes.

«Nous avons une bonne connaissance générale du nombre d’individus forcés de quitter leur domicile en raison de catastrophes soudaines. Mais nous ignorons à l’heure actuelle combien d’entre eux traversent les frontières», explique Walter Kälin, envoyé spécial de la Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes naturelles. Cette entité basée à Genève a pour mission de mettre en œuvre l’agenda de protection élaboré dans le cadre de l’initiative Nansen, qui vise à mieux aider les personnes ayant fui leur pays en raison de désastres naturels.

Kai Reusser / swissinfo.ch

La question des réfugiés climatiques a fait la une des médias fin janvier, quand le Comité des droits de l’homme des Nations unies (ONU) a rendu un jugement historique à ce sujet: il a considéré comme illégal le renvoi d’un migrant dans son pays d’origine lorsque sa vie est mise en danger par le dérèglement du climat. 

Les juges se sont basés sur le cas d’Ioane Teitiota, habitant des îles Kiribati dans le Pacifique. Cet archipel est particulièrement menacé par la montée des eaux. Ioane Teitiota a déposé une demande d’asile en Nouvelle-Zélande, mais les autorités ont refusé de lui accorder une protection en soutenant que ce pêcheur-agriculteur n’était pas directement menacé. Le comité onusien vient de donner tort à cette interprétation, ce qui pourrait conduire les États du monde entier à prendre désormais en compte le changement climatique dans l’étude des demandes d’asile.

La problématique des réfugiés climatiques est toutefois extrêmement complexe, soulignent les experts. La Convention relative au statut des réfugiés de 1951 ne contient aucune disposition sur le climat comme cause de déplacement à l’extérieur du pays. Les migrations climatiques sont le plus souvent internes et il est difficile de déterminer si la fuite est réellement forcée ou s’il s’agit du seul facteur à l’origine de l’émigration.

«Les déplacements liés aux catastrophes sont vraiment un sujet transversal, développe Walter Kälin. Ils concernent à la fois le changement climatique, les désastres naturels, la migration, l’action humanitaire et l’aide au développement… et dans la plupart des cas, le déplacement a des causes multiples.»

Diversité d’acteurs

Lancée en 2016, la Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes naturelles n’est qu’une des nombreuses initiatives internationales qui tentent d’aider ce type de personnes vulnérables. D’autres entités basées à Genève sont aussi très actives dans ce domaine, comme l’Organisation internationale des migrations (OIM) qui a créé un portail spécial sur la migration environnementale et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

La Suisse est très impliquée dans les projets d’aide aux déplacés environnementaux. Elle a participé au lancement de l’initiative Nansen, est une membre active de la Plateforme genevoise à qui elle verse 1,1 million de francs par an et finance également d’autres initiatives internationales qui soutiennent les réfugiés climatiques.

Pour l’instant, cet intérêt croissant et la multiplication des initiatives dans ce domaine n’ont pas vraiment conduit à des doublons ou des compétitions, relève Etienne Piguet, professeur à l’Université de Neuchâtel et expert en migration: «Les personnes impliquées dans les différents projets se connaissent et partagent les informations. Sur le long terme, nous espérons qu’il y aura une clarification des rôles de chacun, mais la hausse du nombre d’acteurs est positive.»

«Le grand défi est de traduire tout ce travail plutôt abstrait en réalités concrètes», affirme Walter Kälin. La Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes naturelles se concentre en effet sur le plaidoyer politique. Sa stratégie consiste à aider les États en échangeant les meilleures pratiques expérimentées jusqu’ici en matière de personnes déplacées. «On peut avoir l’impression que rien n’est vraiment produit, reconnaît Etienne Piguet, mais nous avons besoin de ce genre d’institution pour favoriser le dialogue entre les partenaires.»

Une décision avant tout «symbolique»

La décision du Comité des droits de l’homme de l’ONU de reconnaître le changement climatique comme motif d’asile est qualifiée d’«historique» par les experts, mais ses effets immédiats sont «très limités», relève Walter Kälin. «Ce jugement ne crée pas un statut de réfugié, il ne signifie pas que beaucoup d’individus vont désormais remplir les conditions fixées par le Comité de l’ONU qui restent très strictes.»

Etienne Piguet ne pense pas que le nombre de réfugiés climatiques va augmenter avec ce jugement. «Il s’agit d’une décision symbolique qui montre le niveau de prise de conscience. Elle met également en lumière le fait qu’il existe un risque de déplacement dans certaines régions et que le refoulement des personnes concernées peut devenir problématique.»

En 2008 déjà, le gouvernement suisse avait indiqué dans une réponse à une motion que l’admission provisoire pouvait être accordée aux personnes déplacées en raison de catastrophes environnementales. Anja Klug, cheffe du bureau du HCR pour la Suisse et le Liechtenstein, précise: «Je ne m’attends pas à ce que des demandes d’asile en Suisse soient uniquement basées sur le changement climatique, mais il y a des requêtes où cet élément est un facteur.»


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