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Chères Suissesses, chers Suisses de l’étranger,

Le Parlement débloque 400 millions de francs supplémentaires pour un avion de combat déjà plus cher que prévu. Il commande des pistolets qui ne fonctionnent pas encore à hauteur de 50 millions. Avec 500 millions, il achète le oui des paysans au libre-échange avec le Mercosur.

Mais ce sont des broutilles par rapport aux 50 milliards que coûtera ces prochaines années l’extension du réseau de transports, dont les projets sont critiqués.

En ce moment, la Suisse ne se refuse rien.

Salutations de Berne,

Guy Parmelin
Au Conseil des États, le ministre de l’Économie Guy Parmelin plaide au pour un oui au Mercosur. Keystone / Alessandro Della Valle

Le Conseil des États dit oui à l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Il a brisé la résistance des paysans en promettant plus d’un demi-milliard de francs à l’agriculture suisse.

Les États de l’AELE, dont la Suisse, ont négocié cet accord de libre-échange avec les États du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). Le Conseil national l’avait rejeté de justesse en juin et doit désormais se prononcer à nouveau, probablement demain mercredi, car le Conseil des États a dit oui lundi. Seuls les parlementaires du PS et des Verts ont voté contre.

«Si l’accord échoue, nous aurons de sérieuses explications à fournir sur le plan de la politique étrangère», a déclaré le conseiller aux États Benedikt Würth (Le Centre) devant le Conseil, Il a ajouté: «Apparemment, il est dans l’air du temps que chacun veuille conclure son propre accord et faire valoir ses intérêts particuliers», en référence à la demande de compensation du lobby paysan. La Chambre haute a finalement accédé à la demande des paysans à hauteur de 517 millions de francs, alors que le Conseil fédéral en avait prévu 158.

«Sur le plan tactique, ce oui est un coup de maître pour l’Union suisse des paysans. Mais reste à savoir si cette tactique portera aussi ses fruits dans les urnes», analyse aujourd’hui la SRF, car un référendum est dans l’air.  Finanz und Wirtschaft commente: «La Berne fédérale plie devant la fourche à fumier. Si l’adhésion au libre-échange dépend du montant supplémentaire que l’État est prêt à payer, l’affaire ressemble à un chantage.»

Martin Pfister
Le ministre de la Défense Martin Pfister plaide au Conseil national pour un oui au budget de l’armée. Keystone / Alessandro Della Valle

Nous restons au Palais fédéral. Le Conseil national a adopté aujourd’hui le budget de l’armée. Des désaccords ont surgi concernant l’argent pour l’avion de combat F-35 et des bizarreries autour du choix du nouveau pistolet d’ordonnance.

400 millions de francs de plus que ce que le peuple avait approuvé pour l’acquisition de l’avion de combat américain F-35: c’est le montant accepté par le Conseil national, après le Conseil des États. Ce crédit additionnel est nécessaire parce que le F-35 coûte bien plus cher que prévu. La semaine dernière, un rapport d’enquête a établi que le prix fixe pour l’achat des avions de combat n’avait jamais existé, contrairement à ce qu’a communiqué à plusieurs reprises le Département de la défense.

Les parlementaires des groupes bourgeois ont affirmé au Conseil national que l’acquisition du F-35 était incontournable et ont réclamé un milliard de francs supplémentaire pour l’avion. La gauche, elle, a refusé d’entrer en matière et souligné que le rapport d’enquête sur le «fiasco du prix fixe» avait écorné la confiance dans cette acquisition.

Une initiative de la gauche veut faire toute la lumière sur cette affaire, rapporte d’ailleur la NZZ. Le PS réclame que l’acquisition soit examinée par une commission d’enquête parlementaire (CEP), car le fiasco du F-35 rappelle fortement le scandale du Mirage d’autrefois. Les spécialistes de la sécurité du camp bourgeois rétorquent que le F-35 est «too big to fail»

Watson attire l’attention sur une autre acquisition, pour le moins étrange, d’un montant de 50 millions de francs. Dans une enquête, le portail montre que le fournisseur SIG Sauer a réussi à s’imposer face à tous ses concurrents pour la fourniture du P320, le futur pistolet d’ordonnance suisse, malgré des défauts flagrants – et alors que la version définitive de l’arme n’existe à ce jour que sur le papier. Selon Watson, la principale raison est quele pistolet est fabriqué en Suisse; il s’agirait ainsi de soutenir l’industrie d’armement nationale.

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Trafic sur l’autoroute A1: l’extension de l’axe Zurich-Berne fait partie du plan à 50 milliards de francs. Keystone / Christian Beutler

Avec un projet à 50 milliards de francs, le Conseil fédéral prévoit d’étendre le rail et les routes d’ici 2045. Mais les plans présentés comportent d’importantes faiblesses, critique le Contrôle fédéral des finances.

Une cadence au quart d’heure entre Berne et Zurich, le tunnel du Grimsel, six voies sur certains tronçons de l’autoroute A1… Voilà, entre autres, ce que prévoit le plan d’extension «Transports’45», devisé à environ 50 milliards de francs. Mais les raisons exactes de ces choix restent en partie floues, estime le Contrôle fédéral des finances (CDF).

Beat Stamm, responsable de secteur au CDF, a déclaré à la SRF: «Pour nous, les priorisations sont en partie incompréhensibles et reposent sur des données obsolètes, ainsi que sur une méthodologie partiellement incompréhensible et dépassée.» La rentabilité des projets serait par ailleurs par endroits surestimée.

Autre problème: la priorisation repose pour l’essentiel sur une seule expertise de l’EPFZ. «Cette étude a été élaborée en un temps très court, alors qu’il est question de milliards et de l’avenir des infrastructures de transport suisses. Il ne nous paraît pas approprié que les investissements pour l’avenir soient tracés sur la base d’une étude aussi succincte», a indiqué Beat Stamm.

Le Département fédéral des transports (DETEC), dirigé par le conseiller fédéral Albert Rösti, défend l’étude de l’EPFZ.

lunettes connectées
Les lunettes connectées, ici de Ray Ban, deviennent un enjeu de société. Keystone

Les lunettes connectées (smart glasses) permettent de filmer des personnes à leur insu. Alors qu’elles gagnent en popularité, des appels à les réglementer se font entendre en Suisse.

«Ces lunettes ignorent complètement les droits de la personnalité», a déclaré Rahel Estermann au Tages-Anzeiger, qui consacre plusieurs articles à la diffusion de ces lunettes en Suisse.

Rahel Estermann s’exprime au nom de l’ONG Digitale Gesellschaft Schweiz, qui œuvre pour la protection des citoyens et des consommateurs. «Il faut retirer les smart glasses de la circulation pour l’instant», exige-t-elle. Des activistes récoltent déjà des signatures sous le slogan: «Pas de jouet pour les harceleurs: interdisons les smart glasses maintenant!»

Le conseiller national vert Gerhard Andrey réclame lui aussi que leur vente soit interdite: «Ces lunettes représentent un problème de sécurité pour la Suisse», déclare-t-il. Les responsables politiques bourgeois interrogés par le Tages-Anzeiger, eux, y voient moins un problème lié au produit qu’à son usage abusif, et renvoient aux lois existantes sur la protection des données.

Mais la conseillère nationale du Centre Isabelle Chappuis réclame au moins un moratoire sur la reconnaissance faciale en temps réel. Elle propose en outre que tout enregistrement n’ayant pas été clairement signalé soit désormais présumé illicite. Si ces lunettes devaient s’imposer massivement en Suisse, le pays serait ainsi confronté à un débat de société délicat.

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