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1968, l'époque où tout le monde était «concerné»

Manifestation de solidarité avec le mouvement étudiant français devant la gare de Lausanne, 13 mai 1968.

Alors que la commémoration des événements de 68 bat son plein, le Musée historique de Lausanne propose une exposition qui s'arrête sur la manière dont la Suisse a vécu cette période agitée. Avec des slogans, quelques pavés et une grande envie de faire partie du monde pour mieux le changer.

Portrait, dédicacé, du général Guisan, casque à mise en plis, porte-clé en macramé accroché au papier peint moutarde, aspirateur Hoover. Rien ne manque.

Pour comprendre ce qui s'est passé en 1968 en Suisse, le Musée historique de Lausanne convie le visiteur dans un intérieur petit-bourgeois façon «vintage». A travers cette balade qui commence dans un couloir aux allures de brocante, c'est la Suisse des années 1960 qui est reconstituée.

Figée et pesante, propre en ordre, patriarcale, militariste, conservatrice.

Des signes avant-coureurs annoncent pourtant les changements à venir. Comme ce livre de Max Frisch qui traîne sur une étagère aux côtés d'un exemplaire du «Blick» qui parle des manifestations contre la guerre du Vietnam. Derrière les portes closes, on entend aussi ceux qui ont commencé à penser différemment. Des voix osent défendre le pacifisme ou l'objection de conscience.

Et la musique, où la nouvelle génération va puiser l'espoir de changer le monde, s'échappe de derrière une porte close qu'on imagine être celle d'une chambre d'adolescent. Electrique et sauvage, elle rompt radicalement avec l'univers propret mis en scène et illustre bien le fossé entre les jeunes nés après la Seconde guerre mondiale et leurs parents.

Un mouvement d'étudiants

«Les adultes n'ont pas compris ce qui se passait autour de 68. Entre eux et leurs enfants, qui ont grandi dans l'euphorie économique de l'après-guerre, la société de consommation, l'ouverture au monde grâce à l'émergence de la télévision, le décalage culturel était énorme», souligne Bruno Corthésy, co-commissaire de l'exposition.

Intitulé «Une Suisse rebelle 1968-2008», le parcours du musée lausannois débouche ensuite sur une deuxième salle où trône l'inévitable tas de pavés. En Suisse aussi, ils ont volé. A Locarno par exemple, en mars 1968, lorsque les futurs instituteurs occupent l'Ecole normale pour réclamer davantage de participation au fonctionnement de l'institution.

Ils lancent du même coup le mouvement sur territoire helvétique, où des échauffourées ont lieu à Genève, Bâle et surtout Zurich. Mais, contrairement à la France, la majorité des manifestants sont issus du milieu universitaire. La démocratisation des études est d'ailleurs une des grandes revendications du Mai 68 suisse.

«Il n'y a pas eu de jonction avec le monde ouvrier, relève Bruno Corthésy. Les étudiants d'extrême-gauche sont allés dans les usines, ils ont distribué des tracts et il y a eu quelques grèves, mais cela n'a pas eu un impact comparable à ce qui s'est passé par exemple en France avec la grève générale.»

Le combat par l'encre

A côté du tas de pavés, des extraits de journaux télévisés en noir-blanc permettent de mettre des visages sur le mouvement helvétique. Raie au milieu et costumes sages, les jeunes Suisses ont aussi défilé en proclamant des slogans, tel ce «Vous êtes tous concernés dans la rue !» qui résonne dans l'exposition.

Au mur, une chronologie permet de mettre en parallèle les événements helvétiques et ceux qui ont marqué la décennie sur le plan international. Vietnam, lutte contre l'apartheid aux Etats-Unis ou Afrique du Sud, révolution des œillets au Portugal, la génération 68 s'est mise au diapason du monde dans un élan de générosité idéaliste.

Pour faire passer son message, elle n'a pas hésité à se tacher les mains... d'encre. Souvent confectionnés avec des moyens de fortune, les affiches et autres tracts, présentés en nombre par le Musée historique, sont à l'époque ce qu'internet est à la nôtre.

Provocateurs ou ludiques, ils témoignent de l'esprit de contestation qui marque également les titres des journaux militants d'alors. «La Brèche», «Agitation», «Le Révolté», et bien sûr «Tout va bien». Chaque courant ou groupuscule, réformiste ou révolutionnaire, estime alors nécessaire de se doter d'une publication pour diffuser ses idées anti-nucléaires, féministes, marxistes ou pacifistes.

1968, et après ?

Reste que, malgré l'agitation idéologique, «la période de 68 a eu plus d'impact sur le mode de vie que sur les structures politiques», constate Bruno Corthésy.

Si certains objets présentés dans l'exposition ont mal vieilli - comme les buvards imprégnés de LSD ou les tissus aux motifs psychédéliques - d'autres illustrent à quel point 1968 a favorisé l'évolution des mœurs. A travers un spéculum pour l'auto-examen gynécologique, c'est ainsi tout le combat des femmes pour le droit à disposer de leur corps qui est résumé.

Un combat qui fait partie des acquis de 68, au même titre que l'écologie, le commerce équitable, l'assouplissement des structures sociales ou encore les droits des femmes. Décriées par certains, ces avancées socio-politiques sont symbolisées en fin d'exposition par divers objets représentatifs.

«Toute une série de personnes aimeraient tourner la page de 68. Mais ce qui n'est pas très clair, c'est à quoi elles aimeraient revenir, conclut Bruno Corthésy. A la société des années 30, où les rapports sociaux étaient très durs?»

swissinfo, Carole Wälti

Quelques événements

Le Fonds national de la recherche scientifique a lancé un programme de recherche «Le mouvement de 68 en Suisse».

4 avril-10 août: exposition «Une Suisse rebelle. 1968-2008» au Musée historique de Lausanne. Plusieurs débats au programme: 22 mai (arts visuels), 8 juin (militantisme politique), 12 juin (cinéma engagé).

12 septembre-28 juin 2009: exposition «Revoluzzer! 1968 und heute» au Museum de Liestal.

2-3 mai: Colloque international aux Universités de Lausanne et Berne.

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Chronologie

Eté 67: manifs contre la guerre du Vietnam aux Etats-Unis.

Automne 67, Italie: occupation des universités catholiques de Milan et Turin.

Mars 68 à Locarno: occupation de l'Ecole normale.

11 avril, Allemagne: attentat contre Rudi Dutschke, chef des étudiants socialistes.

13 mai, Paris: syndicats et partis de gauche se joignent aux étudiants pour une manif d'un million de personnes contre le général De Gaulle.

14 mai, Genève: manif contre les Journées de l'armée.

22 juin: manifestations contre la guerre du Vietnam dans les grandes villes.

28/30 juin, Zurich: manifestation contre l'évacuation du centre autonome dans l'ancien magasin Globus. 60 blessés.

21 août, Prague: écrasement du «Printemps de Prague» par les Soviétiques.

Février 69, Genève: occupation du rectorat de l'Université.

Juin, Bâle: les manifs pour la gratuité des transports publics s'étendent à d'autres revendications.

Mai 71, Lausanne: le Comité Action Cinéma dénonce le prix des entrées puis élargit le cercle de ses revendications.

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