A Montreux, Lenny Kravitz abolit la nuance
L'Américain n'a pas déçu son public mercredi au Montreux Jazz Festival avec son imparable et mâle mécanique musicale. Programmé en première partie, Eddy Grant l'a joué sincère.
Non, vous n’en saurez pas plus. Vous n’aurez pas droit aux dernières nouvelles au sujet de la prétendue relation amoureuse entre Kravitz et l’épouse de la star du baseball Alex Rodriguez qui, lui-même, effeuillerait la marguerite chez Madonna. Lenny ne nous a pas accordé d’interview. Et de toute manière, cela ne nous intéresse pas. Ou quoi?
Pas d’angle people donc après la venue à Montreux de Kravitz. Si ce n’est que Leonard Albert affectionne le papier glacé, les tenues étudiées, les poses pas moins. On croit voir Lenny sur la pub d’un couturier, pour le revoir sur celle d’un grand de l’électronique. Sa maison est un cadeau pour magazine d’architecture.
Lenny est aussi passé dans les bras de Vanessa Paradis et lui a fait un album. Il s’est contenté d’un tube avec Madonna. Une pépite, Lenny. Avec ses lunettes qui lui mangent le visage, il a réveillé une tendance. Et quelques fantasmes.
Un vrai doute
Récemment, il a même lancé sa ligne d’accessoires et de meubles. L’histoire ne donne pas la forme du lit. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il a l’œil. La veille de son concert montreusien, il a pourtant confié son doute fondamental à un quotidien gratuit.
«J’aime mélanger le côté classique et moderne. Pas seulement dans ma musique, également dans mon look. D’ailleurs, je fais beaucoup d’expérimentations de ce côté-là depuis le début de ma carrière. Et ce n’est pas toujours réussi.»
Le Kravitz 2008 est fidèle à lui-même. Même avec trois quarts d’heure de retard. A son entrée en scène: pantalon stretch, veston, gilet sur t-shirt, foulard, bottes, lunettes. Le tout en noir, à part le t-shirt.
Le contraste est stupéfiant avec son guitariste, sorte d’épouvantail en Paul Smith porté sur la multiplication des notes. Quand Lenny tombe la veste, une femme s’en émeut: «Il est juste pas balaise!»
Un côté charnel
Musclé et tatoué, l’Américain a un côté charnel et rentre-dedans vers lequel il penche pendant tout le concert. Deux heures et une bonne quinzaine de titres à 100 km/h durant lesquels il mime le rocker motivé, lèvres en baiser.
Au catalogue aussi: retrait des lunettes provoquant l’hystérie, danse du gallinacé devant le sax énervé, frotti-frotta esquissé dans le dos du bassiste au solo, savate à la cymbale pour achever un titre, notes de guitare dos au sol…
Lenny plaisante avec le public, l’entraine dans sa gestuelle. Il répond comme une seule femme. A voir Lenny, on pense donc testostérone. En écoutant sa musique aussi.
Sax arrogant, cuivres percussifs, batterie extravertie, effets (faciles) d’écho, cette musique est une machine à l’efficacité maximale, triomphante, techniquement impeccable. Une musique binaire sans la moindre retenue, qui pense tout dire avec un son carré au cube.
Amour pour tous
A défaut de setlist (l’auteur concède ici un manque), on dira le concert composé de titres du dernier «It’s time for a love revolution» («I’ll be waiting» ou «Bring it on» par exemple) mais aussi de tubes anciens comme «American Woman». Et même, intercalés, une mini-reprise des Bee Gees et une virée swinguée.
«La révolution de l’amour, c’est vous. C’est à vous de vous décider pour l’amour», explique Lenny en fin de concert. L’amour doit se partager entre tous les humains. Car «chacun, sur cette planète, est une superstar». Soit.
De Lenny à Eddy (qui ouvrait la soirée) quel lien? Les dreadlocks, que le premier a coupé et le second cache sous son bonnet noir. Un autre homme en noir, Eddy Grant. Mais en version joie et simplicité.
Pour lui, 2008 est une grande année, explique-t-il. L’année de ses soixante ans et celle qui l’a vu se produire devant Nelson Mandela. «Je sais que nous sommes au département soutien ce soir. Mais c’est d’accord pour moi.»
Un beau combat
Résultat, Eddy Grant a livré un beau combat pour se gagner une salle venue pour Lenny. Un reggae sous tension dégainé au pas de charge. De vieux tubes («Give me hope», «Do you feel my love») et des «songs» plus récents.
En tout, onze titres dégoupillés par un showman sincère qui la joue sexe. Et même rock’n roll en rappel, avec un «Baby come back» bien tenu. Sa guitare, Eddy Grant la fait hurler avec la langue, les «boots», les fesses. Mais pas celles de Lenny, évidemment.
swissinfo, Pierre-François Besson à Montreux
Né à New York en 1964, Lenny Kravitz écoute du jazz et du R&B avant un déménagement en Californie à dix ans où il passe aux choses sérieuses. Il chante dans une chorale et prend des cours de musique.
Kravitz, qui ajoute à la voix d’autres compétences instrumentales comme la guitare, la basse, les claviers ou les percussions, sort son premier album en 1989 («Let love rule»). Huit autres suivent, dont «It is time for a love revolution» cette année.
Auteur compositeur interprète inspiré par Hendrix, Prince, Lennon, Led Zeppelin. Dans son escarcelle, de nombreuses récompenses, dont quatre Grammy Awards. Et des dizaines de millions d’albums vendus.
Ponte du reggae (mâtiné de rock et de pop) né en 1948 en Guyane, il entame sa carrière à vingt ans. Il a depuis sorti 14 albums, dont le dernier en 2006 – «Reparation». Il a son propre studio et son propre label.
Profilé politiquement, ex-opposant à l’apartheid, il s’est produit à l’occasion du 90e anniversaire de Nelson Mandela au Hyde Park de Londres le mois dernier.
La 42ème édition du MJF a lieu du 4 au 19 juillet.
Au total, les deux scènes voient défiler près de 90 groupes.
Une trentaine de concerts sont des exclusivités suisses, dont ceux de Sheryl Crow, Joan Baez, The Raconteurs, Leonard Cohen et Madness, Gnarls Barkley et Travis, Etta James et les Babyshambles.
Maintes animations complètent la programmation, dont 250 concerts et DJ gratuits, des croisières sur le Léman et des voyages musicaux en train.
Les organisateurs disposent d’un budget de 18 millions de francs.
Le festival a été créé en 1967 par Claude Nobs, toujours aux commandes. De nombreux disques live y ont été enregistrés.
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