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Arts plastiques, faites votre marché!

Claude Hohl, Städtebilder, photographie, 2002. SP

A Genève, le Centre d'Art Contemporain présente sous le titre «Ethnic Marketing» des oeuvres d'une trentaine d'artistes internationaux.

La plupart d’entre eux sont originaires des pays du Sud. Sur l’Occident, ils posent un regard aussi amusé que terrifié.

L’actualité internationale, très chargée, conditionne ou oriente les choix des artistes aujourd’hui. Deux sujets semblent préoccuper ces derniers: la terreur et la mondialisation.

En Suisse, plusieurs films ou spectacles actuellement à l’affiche en témoignent. Voici, en plus, une exposition présentée au Centre d’Art Contemporain à Genève, qui sous le titre «Ethnic Marketing» réunit des oeuvres d’une trentaine d’artistes internationaux – dont des Suisses.

L’Occident mis en cause

La plupart d’entre eux travaillent en dehors des modes mais se placent au coeur des événements. Leur point de mire c’est l’Occident, qu’ils saisissent non dans le but de l’abattre mais dans l’idée d’en approcher la complexité, les richesses et les faiblesses.

Car il faut dire qu’un grand nombre des ces artistes sont originaires des pays du Sud ou d’Orient. L’Europe ou l’Amérique, ils les regardent avec des yeux xénophiles, jamais dupes néanmoins des frustrations que l’Occident fabrique, aussi bien dans les pays du Sud que chez ses propres citoyens.

Cela va des injustices engendrées par la mondialisation, à la terreur guerrière en passant par le rigorisme religieux et son contraire, la liberté débridée.

Cet Occident, pourtant nécessaire, devient dans les oeuvres exposées (sculptures, peintures et surtout vidéo) l’objet d’une critique teintée parfois de vulgarité.

Provoc venue d’ailleurs

Peut être parce qu’elle n’est pas gratuite, cette vulgarité fait rire. Mieux, elle trouve sa juste place dans un film vidéo qui accroche le regard du visiteur. Lequel fait son «marché ethnique» avec la curiosité d’une ménagère prête à découvrir les produits exotiques qu’on lui propose.

Le film donc. Passé en boucle, il insiste sur un geste, pisser, et exploite au mieux son sens figuré. On y voit une jeune femme très BCBG baisser son pantalon et faire pipi, sous le regard indifférent des passants, devant le Palais de l’ONU à Genève.

Son geste, elle le répète trois fois, à trois endroits différents du Palais, comme pour s’assurer qu’elle a bien arrosé de son mépris une organisation internationale incapable de tenir aujourd’hui son rôle de pacificateur.

Autre film, autre curiosité. Là encore une vidéo, installée sous la coupole d’une gigantesque lanterne, donne dans le cynisme acéré en nous menant cette fois-ci en Chine. Où un voyageur européen captif de ses fantasmes sexuels semble n’avoir retenu du paysage asiatique que son folklore érotique.

Non moins érotique devient le chador tel qu’imaginé par deux artiste iraniens qui en font un bien de consommation. Ou mieux, un objet de séduction livré au regard occidental curieux, quant à lui, de voir ce qui se passe derrière un voile.

En un mot comme en cent, le détour par ces sociétés exotiques est une occasion de déchiffrer nos propres illusions et de nous en défaire.

swissinfo, Ghania Adamo

«Ethnic Marketing», à voir à Genève, Centre d’Art Contemporain.
Jusqu’au 5 décembre.
Tel: 022.329.18.42.

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