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Calypso de la douleur

Le chorégraphe Serge Campardon. swissinfo.ch

«Calypso», c´est le titre du nouveau spectacle de la Compagnie Nomades, basée à Vevey. Un spectacle présenté cette semaine dans le cadre du Neuchâtel Dance Festival et à Fosses, près de Paris, à l´occasion des Plateaux européens de la Danse.

«Calypso» n’est pas né que de l’imaginaire d’un artiste, mais bien du vécu d’un homme: Serge Campardon, chorégraphe de la Compagnie Nomades, ancien soliste de Béjart Ballet Lausanne.

«Calypso, c’est le nom de l’unité de sevrage de l’Hôpital de Cery, à Lausanne, qui est une unité pour personnes souffrant de dépendance. J’ai des amis qui en ont souffert, et moi-même aussi, je l’avoue. Faire ce spectacle, pour moi, c’était donc une sorte de psychothérapie» explique le chorégraphe.

Décor anodin. Un sofa, une table, deux chaises, deux téléviseurs. Juste à côté du rideau toutefois, un petit automate-squelette se trémousse, et nous rappelle, sur le ton de l’humour noir, la mort embusquée.

Décor du quotidien, vêtements du quotidien, petites débauches du quotidien – fumée, alcool, sexe… Et puis on comprend que le quotidien implose, s’effondre et que pour certains, la fumette du bon vivant s’est transformé en enfer du toxico.

Rapports de force entre le drogué et la drogue, entre le drogué et la mort, entre le drogué et son espoir de s’en sortir. Rapports de force avec le corps médical aussi, lors d’une séquence qui n’est pas sans évoquer les médecins de Molière. Rapports de force entre les interprètes eux-mêmes, qui dansent, et jouent également. De la frénésie corporelle à la vacuité totale du regard.

Les mots viennent à la rescousse du mouvement: des textes tirés du «Festin nu» de William Burroughs, notamment. «A un moment, la chorégraphie n’était pas assez forte pour exprimer ce que je voulais dire. Pour ce travail, pour ce thème, les mots de Burroughs étaient pour moi non seulement évidents, mais nécessaires. Parce que mon art n’était pas assez fort pour dire toute cette souffrance psychologique et physique» dit Serge Campardon, l’émotion à fleur de souvenir.

«Calypso» est un spectacle âpre, difficile. Déroutant peut-être. Ne serait-ce que parce que le spectateur est plongé de force dans ce marasme glauque duquel les personnages tentent douloureusement de sortir.

Bernard Léchot

«Calypso» par la Compagnie Nomades: Gessnerhalle Zurich (25, 26, 27 janvier), Octogone de Pully (2, 3 février), Usine à Gaz de Nyon (10, 11, 12 mai).

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