Humanisme et raffinement amérindiens
Genève accueille la collection d'art précolombien constituée par Dora Janssen; elle couvre toute l'Amérique, du nord au sud.
La collection Dora et Paul Janssen est prestigieuse; Genève a l’honneur d’accueillir pour la première fois un panorama très complet de sa partie amérindienne.
Il y a une trentaine d’années, Dora Janssen accompagnait en voyage son mari, scientifique, et elle tenait à profiter de l’occasion pour découvrir les souvenirs de l’Amérique précolombienne.
Sa curiosité fut largement stimulée par un guide, qui mena le couple auprès de vestiges et leur en conta l’histoire. Il y a différentes manières de collectionner; celle de Dora Janssen consiste à quêter l’homme, l’artisan et l’artiste, derrière les objets.
Ces coups de cœur, additionnés les uns aux autres, finissent par constituer un esprit de famille, très sensible dans l’exposition genevoise. Les visages, modelés dans la terre, sculptés dans la pierre, martelés dans l’or, se répondent, semblablement paisibles, un peu tristes.
Vaste, en espace et en temps
Pourtant, les cultures concernées sont nombreuses et couvrent tout le continent, du Grand Nord (les Inuits en Alaska) au Sud, chez les Mapuches, en passant par les territoires olmèque, aztèque et inca, pour les civilisations les plus connues.
La période qui a vu naître ces pièces va de plusieurs milliers d’années avant notre ère jusqu’à l’arrivée des Européens au XVIe siècle. D’où de grandes différentes entre les motifs géométriques et stylisés des amulettes les plus anciennes et le réalisme de l’âge d’or aztèque ou le chromatisme chaud des étoffes des Incas.
L’homme et l’animal
On découvrira plusieurs versions de la complicité de l’homme et de l’animal, en lequel les humains voyaient une manifestation des dieux; le chien, dont on a retrouvé de nombreuses effigies dans les tombes, était un compagnon fidèle et il était élevé pour sa viande.
D’autres animaux sont moins familiers, hybrides, plus ou moins anthropomorphes. On reconnaît des créatures ailées, emblème de l’âme des morts, des «dragons», des serpents fabuleux.
Le tout est plongé dans une ambiance sombre, moins funèbre que mystérieuse et propice à la contemplation silencieuse. Portiques et parois ont en effet été peints en noir, de manière à ce qu’un éclairage bien orienté mette en valeur l’éclat des métaux, la qualité des rondes-bosses, la somptuosité des couleurs.
swissinfo, Laurence Chauvy
«Traces des Amériques – Hommage aux cultures précolombiennes», Collection Dora et Paul Janssen.
Commissaire de l’exposition: Geneviève Le Fort
A voir jusqu’au 23 avril 2006 au Musée d’art et d’histoire de Genève.
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