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Isabelle Huppert, prodigieuse Hedda Gabler

Un rôle porté comme une douleur éprouvée sans cesse repoussée. Pascal Victor

L'actrice impressionne dans la pièce éponyme - donnée à Genève - du Norvégien Henrik Ibsen, dramaturge féministe avant l'heure.

Monté par le Français Eric Lacascade, le spectacle se joue sur la scène du Bâtiment des Forces Motrices (BFM).

A peine commencé, l’amour s’achève entre Hedda Gabler et son époux Jörgen Tesman, si tant est que l’amour ait jamais existé chez ces deux êtres au bord d’un goufre qu’aucun d’eux ne pourra franchir.

Lui, mari passif (Pascal Bongart, magnifique dans son immaturité), jamais sorti de l’enfance qu’il cultive soigneusement auprès de ses vieilles tantes. Et elle, épouse infidèle dans sa tête, fidèle à sa colère intime, jamais revenue de sa passion pour Lövborg (Christophe Grégoire). Passion qu’elle veut dédaigner mais qui tonne en elle comme le grondement d’un orage qui tantôt va lâcher sa foudre.

Elle, c’est Isabelle Huppert, prodigieuse Hedda qui marche au suicide de manière sacrificielle. Rien de victimaire, néanmoins, chez cette femme que l’actrice porte comme une douleur sans cesse repoussée. Rien d’hystérique non plus chez Huppert qui maîtrise, jusqu’à la moindre inflexion de voix, sa haine, sa criminalité, sa tendresse perverse, son remords… Bref, sa suffocation et sa révolte intérieures contenues dans son coeur comme dans sa première réplique: «On manque d’air avec toutes ces fleurs».

Une destinée féminine

Oui, il y a quelque chose d’irrespirable dans cet immense et sobre salon art déco de Hedda, où des fleurs ont été disposées par bouquets sur un plancher en laque noire. On aurait dit une pierre tombale sur laquelle le metteur en scène Eric Lacascade et son scénographe Philippe Marioge ont inscrit l’histoire d’une destinée féminine marquée par l’union manquée des coeurs et des corps.

«Hedda Gabler» est la deuxième pièce du Norvégien Henrik Ibsen, à l’affiche cette saison de la Comédie de Genève. Laquelle présente le spectacle sur la scène du BFM, en coproduction avec l’Odéon-Théâtre de l’Europe (Paris).

Vers la mort

Anne Bisang, directrice de la Comédie, montait donc en novembre dernier «La Maison de poupée» dudit Ibsen. Sous l’impulsion de la metteuse en scène, Nora, l’héroïne de cette «Maison», bouleversait son intérieur – domestique et affectif- par une émancipation vécue progressivement comme une révolution féministe.

Chez Isabelle Huppert, cette révolution est déjà consommée lorsque sa Hedda entre en scène. A celle-ci, il ne reste plus qu’à assumer, tout au long du spectacle, le désenchantement qui découle en général de tout geste révolutionnaire. Et qui, dans le pire des cas, conduit à la mort. Cette mort volontaire qui déjoue les pièges de l’illusion.

swissinfo, Ghania Adamo

«Hedda Gabler»: Genève, Bâtiment des Forces Motrices (BFM). Jusqu’au 20 mars. Tel: 022 320 50 01

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