L’Allemagne, à l’honneur, expose ses gravures expressionnistes
Le Salon du Livre présente chaque année une «grande exposition». L’an dernier, Mirò était à l’honneur. Cette année, l’Allemagne, hôte d’honneur, vient avec une vaste collection d’œuvres gravées de ses expressionnistes du début du 20e siècle.
C’est en Allemagne, en effet, que l’expressionnisme a sans doute connu ses heures les plus marquantes. Andrea Kachelriess, historienne de l’art et commissaire de cette exposition telle qu’elle est présentée ces jours-ci à Genève, n’hésite pas à parler d’un vrai «phénomène allemand». Avec quel message? «Alors que les impressionnistes essayaient de donner une sorte de vue illusionniste du monde, les expressionnistes, eux, tentaient de regarder derrière les choses, d’exprimer leurs sentiments et leur monde intérieur». On ne peint plus le ciel en bleu mais, par exemple, en rouge, parce que c’est ainsi qu’on le ressent.
Tout commence du côté de Dresde, lorsque, en 1905, un groupe d’étudiants en architecture crée une association artistique «Die Brücke», un «pont» entre la nature et l’homme, un art qui permet à la pensée de prendre forme dans le graphisme. «Nous voulons nous procurer la sensation d’une liberté dans le mouvement du bras et dans la vie, contre la force des vieilles conventions», dira l’un de ses fondateurs, Ernst Ludwig Kirchner. Un peu plus tard, naîtra à Munich un autre groupe, «Der Blaue Reiter» («Le Chevalier Bleu»), du nom d’un almanach tiré en un seul exemplaire par Wassily Kandinsky et Franz Marc, et dont la renommée tient autant à la diversité d’origine de ses membres qu’à celle de leurs tempéraments artistiques.
C’est dans le premier de ces groupes, «Die Brücke», que le travail graphique va prendre une place très importante. Pourquoi? Kirchner, cité dans le catalogue de l’exposition, fournit une très utile clef de lecture: «D’une part, c’est peut-être l’effort de donner une empreinte fixe et définitive aux formes détachées du dessin. D’autre part, l’application de cette technique libère, chez l’artiste, des forces qui ne sont pas mises en valeur par le maniement plus léger du crayon lors d’un dessin et du pinceau lors d’une peinture».
C’est une sélection de 121 gravures sur bois, lithographies et eaux-fortes signées par seize artistes de ces diverses écoles expressionnistes qui s’offre aux visiteurs du Salon du Livre. Depuis trente ans qu’elle existe, cette exposition, parrainée par le Ministère allemand des affaires étrangères, a pratiquement fait le tour du monde. Mais son escale à Genève est une première en Suisse.
Bernard Weissbrodt
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