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La Castafiore revient sur les planches

Les amateurs de Tintin n'auront pas de peine à reconnaître les personnages d'Hergé sur les planches de l'Am Stram Gram.

Les amateurs de Tintin n'auront pas de peine à reconnaître les personnages d'Hergé sur les planches de l'Am Stram Gram.

Il y a dix ans, Dominique Catton, directeur du théâtre genevois Am Stram Gram, adaptait à la scène «Les Bijoux de la Castafiore». L’album d’Hergé, présenté alors en création mondiale, rencontrait un immense succès en Suisse et à l’étranger. Il est repris aujourd’hui à Genève. Retour sur une BD devenue phénomène théâtral.

D’elle, on pourrait dire que c’est une people. La Castafiore rameute les foules. A ses trousses, des centaines de milliers de spectateurs qui, de la Suisse à la Belgique en passant par la France, se bousculent pour voir sur scène la diva d’Hergé.

Le phénomène remonte aux années 2001-2004. On le croyait éteint depuis, mais voilà qu’il se rallume par les bons soins de Dominique Catton. Le metteur en scène et directeur du Théâtre Am Stram Gram à Genève reprend donc Les Bijoux de la Castafiore. La plus théâtrale des aventures de Tintin, il l’a portée sur les planches il y a tout juste dix ans, et l’a présentée dans l’espace francophone, avec un immense succès.

Mais ce n’est pas un anniversaire que Catton fête aujourd’hui. Avec cette reprise, c’est plutôt une révérence que l’homme de théâtre tire élégamment. En juin prochain, il cédera sa place de directeur au Français Fabrice Melquiot, qui jouira, lui, d’un riche héritage. Car Am Stram Gram, crée par Catton en 1974, est aujourd’hui l’un des meilleurs théâtres jeune public d’Europe. Et Les Bijoux de la Castafiore  a cimenté son excellente réputation. Retour, en compagnie du metteur en scène, sur une BD devenue phénomène théâtral.

swissinfo.ch: Vous quittez Am Stram Gram en juin 2012. Peut-on dire qu’en 37 ans de création théâtrale, Les Bijoux de la Castafiore auront été votre «bijou»?

Dominique Catton: J’avoue que c’est  NOTRE spectacle emblématique. Ceci dit, je ne le considère pas forcément comme notre meilleure création. Il y en a eu d’autres, quatre vingt jusqu’ici, parmi lesquelles certaines d’excellente facture.

swissinfo.ch: Mais sur les quatre vingt, aucune n’a eu autant de retentissement…

D. C. : Oui, c’est incontestable; 180 représentations en Suisse, en France et en Belgique, entre 2001 et 2004, auxquelles il faut ajouter les soixante que nous programmons en octobre et en novembre, à Genève. Sans oublier tout ce qui risque de venir.

swissinfo.ch : Vous vous attendez donc à ce que des programmateurs vous achètent encore le spectacle?

D. C. : Oui, ce n’est pas impossible.

swissinfo.ch : Peut-on dire que Les Bijoux de la Castafiore, c’est la création théâtrale suisse qui a tourné le plus à l’étranger?

D. C. : A ma connaissance, il n’y en a eu qu’une qui a joui du même succès en Europe, c’est L’Oiseau vert de Benno Besson. A la Suisse, Les bijoux de la Castafiore offrent évidemment une belle vitrine, d’autant que la distribution est cent pour cent romande.

J’aime bien dire que ce spectacle est un produit maison; il est cousu main. C’est de l’artisanat local de haut vol. Il apporte de surcroît un soutien énorme à notre métier. On sait combien le statut de comédien est aujourd’hui précarisé par les contrats de courte durée et par la révision de la loi sur l’assurance-chômage. Par conséquent, avoir 17 acteurs, comme c’est le cas pour Les bijoux de la Castafiore, qui viennent saluer à la fin de la représentation est  très encourageant au niveau professionnel.

swissinfo.ch : La notoriété de Tintin y est quand même pour beaucoup…

D. C. : Certainement, il faut ajouter que l’album d’Hergé est l’une des rares  BD adaptable au théâtre. La  narration y est très bien structurée et l’action bien construite. Beaucoup d’écrivains rêveraient de créer des personnages avec autant de couleurs et de force. Les Dupondt ont leur tempérament, le capitaine Haddock, son langage, la Castafiore, ses préoccupations de diva…

Nous n’aurions jamais pu imaginer que Les bijoux de la Castafiore allaient rencontrer un tel succès. Pour nous, c’était une adaptation comme une autre, comme celles que nous avions réalisées avec Peter Pan ou  avec Le Tour du monde en 80 jours. Mais j’avoue qu’ici nous avons été dépassés par l’événement.

swissinfo.ch: Revenir sur cet «événement» dix ans après traduit votre souhait de terminer votre mandat en beauté, non?

D. C. : Oui, dans un certain sens. Ma dernière saison, je la voulais forte. Mais il y a une autre raison à cette reprise. Jean Liermier, qui jouait Tintin il y a dix ans à la création de la pièce, est devenu entre temps le directeur du Théâtre de Carouge, à Genève. Or ce jeune homme très dynamique a eu un parcours formidable à Am Stram Gram où il a monté plusieurs spectacles. J’ai voulu donc le remercier à ma manière, d’abord en lui demandant de reprendre le rôle de Tintin, ensuite en l’associant à cette reprise qu’il présentera en coproduction à Carouge, au mois de novembre.

swissinfo.ch: Hasard du calendrier, Les Aventures de Tintin: le Secret de la Licorne, film de Steven Spielberg, sort en octobre sur les écrans romands. Est-ce une concurrence pour vous?

D. C. : Oh! Je ne pense pas que le théâtre puisse lutter contre le 7e art. Le cinéma est une pellicule qui se démultiplie à l’infini alors que notre scène ne fait que quelques centaines de spectateurs par jour. Nous sommes limités à une salle, tandis que Spielberg est partout dans le monde.

Ceci dit, le hasard fait bien les choses, car il amplifie le phénomène Tintin. Et c’est tant mieux pour Hergé que je tiens pour un auteur visionnaire. Dans On a marché sur la lune, il prédit l’aventure spatiale. Et dans Les bijoux de la Castafiore, il fait du professeur Tournesol un inventeur, avant l’heure, de la télévision.

swissinfo.ch : Au départ, vous avez eu beaucoup de difficultés à obtenir l’aval des ayants droit d’Hergé, à savoir la Fondation Moulinsart. Leur réaction aujourd’hui face à ce succès?

D. C. : La reconnaissance de notre talent. Je ne veux pas me vanter, mais dorénavant, c’est Christiane Suter, ma collaboratrice, et moi qui détenons le label «Bijoux de la Castafiore».  En clair, si un metteur en scène japonais, suédois ou américain veut monter cet album, il est obligé de nous en demander les droits. C’est la décision prise par la Fondation Moulinsart.

swissinfo.ch : Quitter Am Stram Gram, est-ce douloureux pour vous?

D. C. : Je ne pars pas avec plaisir, certes. Mais je pars le cœur léger.

Pratique

Les bijoux de la Castafiore»: mise en scène Dominique Catton. Collaboration artistique: Christiane Suter. Avec notamment Kathia Marquis dans le rôle de la Castafiore et Jean Liermier dans celui de Tintin.

A voir au Théâtre Am Stram Gram, Genève, jusqu’au 19 octobre, puis au Théâtre de Carouge, Genève, du 23 novembre au 18 décembre.

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Dominique Catton

Acteur, metteur en scène et directeur du Théâtre Am Stram Gram à Genève.

Il renonce à sa carrière d’ingénieur pour entrer au théâtre.

Il suit les cours de François Simon et Philippe Mentha au Théâtre de Carouge.

A la suite de ses études, François Rochaix l’engage au Théâtre de l’Atelier. Il fait dès lors partie d’une troupe qui joue les grandes pièces du répertoire.

Le jeune cinéma suisse fait également appel à lui. Il joue ainsi sous la direction de Michel Soutter et d’Alain Tanner.

En 1974 il fonde la Compagnie Am Stram Gram et le théâtre du même nom.

Sous cette étiquette, il crée la même année Prosper tu triches à Genève.

Présentée au Festival international de Nancy, alors dirigé par Jack Lang, la pièce marque la naissance d’un théâtre jeune public romand.

Depuis 1974, il a présenté à Am Stram Gram quelque 80 spectacles qui ont fait la réputation de cette institution en Suisse et dans l’espace francophone.

Il quittera ses fonctions de directeur en juin 2012.

L’auteur français Fabrice Melquiot lui succèdera.

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