La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

La dimension tragique de l’Initiative de Genève

Mur de béton pour le réel, mur d'hosilité et d'indifférence pour les instigateurs de l'Initiative de Genève. Keystone

Une foule nombreuse est venue découvrir 'L’accord', documentaire sur l’Initiative de Genève présenté au Festival international du film sur les droits humains.

Grave, parfois oppressant, le film montre la lente agonie d’un accord de paix que les Israéliens et les Palestiniens ne peuvent se résoudre à adopter.

Le reportage de Béatrice Guelpa et de Nicolas Wadimoff a des allures de tragédie classique. Un destin exceptionnel et implacable – la réalité proche-orientale – et des personnages en proie au doute qui sans relâche plaident pour un accord de paix dont personne ou presque ne veut.

Le prologue évoque les derniers jours d’une négociation secrète sur les bords de la mer Morte et la célébration grandiose – le 1er décembre 2003 à Genève – de ce plan de paix non officiel suscité par le genevois Alexis Keller, parrainé par la diplomatie helvétique et négocié par une brochette de personnalités israéliennes et palestiniennes.

L’impact médiatique est alors immense. En reprenant et en achevant les négociations – officielles celles-là – menées sous l’égide du président américain Bill Clinton, les signataires de l’Initiative de Genève montrent pour la première fois les contours précis d’un accord de paix final.

Reste alors le plus difficile pour les héros de Genève: convaincre les populations israéliennes et palestiniennes de la justesse de leurs vues. C’est ce long calvaire que montre L’Accord en suivant durant une année six de ses signataires.

Les faits sont têtus

Le film passe ainsi du rêve d’une paix possible à la réalité d’une année plombée par l’attentat suicide et dévastateur du 29 janvier 2004 à Jérusalem, l’annonce du retrait unilatéral de la bande de Gaza par le Premier ministre Ariel Sharon, la mort du leader palestinien Yasser Arafat et la construction inexorable du Mur de sécurité voulu par les Israéliens.

Et c’est bien contre un mur que se cognent tout au long du film les six personnages israéliens et palestiniens suivis par Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa. Un mur d’hostilité, de doutes, d’indifférence. A la fin du documentaire, l’Initiative de Genève est dans le coma. «Les documents peuvent changer. Mais le principe demeure.», finit par lâcher l’un des protagonistes palestiniens.

Restent les personnages du film, des êtres de chair et de sang qui dévoilent l’intimité d’un conflit vieux de prêt de 60 ans. L’Accord dresse alors le portrait du couple que forment ces deux peuples incapables de divorcer, enfermés dans le territoire exigu de la Palestine mandataire.

«Nous sommes ennemis, mais pas étrangers l’un à l’autre», témoigne Shaul Arieli l’officier israélien.

Certes, comme le suggère le film, Palestiniens et Israéliens vivent bien dans des univers diamétralement opposés. Mais cette opposition est à l’image des mégapoles du Sud où s’entremêlent buildings rutilants et bidonvilles crasseux. Une dimension sociale qui s’ajoute à la dispute sanglante de territoires et de symboles communs.

Et toute perspective de paix est à l’aune de cette implacable réalité. «Pour les Palestiniens, comme pour les Israéliens, une solution juste et globale ne peut se faire qu’au détriment de la partie adverse», souligne le Palestinien Kadura Farès.

L’espoir rayonnant montré au début du film finit donc par s’éteindre presque complètement.

La condition humaine

Mais L’Accord suggère néanmoins ce qui pourraient conduire ces deux peuples tour à tour bourreaux et victimes à sortir un jour de ce huis-clos infernal. «Cette guerre nous déshumanise chaque jour un peu plus», reconnaît le Palestinien Zuhair.

Un sentiment que partage Nehama, la femme d’affaire israélienne. Elle ne veut pas d’un tel avenir pour ses enfants: «Sinon, il vaut mieux partir.»

Pour le spectateur, la leçon est rude. Justice et paix ne sont pas forcément synonymes. Mais l’Accord montre surtout l’incroyable dignité d’hommes et de femmes toujours debout face aux vents contraires, prêts à de grands sacrifices pour sauver l’essentiel: leurs humanité même.

swissinfo, Frédéric Burnand à Genève

– L’Accord est diffusé dimanche soir sur la Télévision suisse romande.

– La chaîne franco-allemande Arte l’a également prévu dans ces programmes.

– Les auteurs – Béatrice Guelpa et Nicolas Wadimoff – ont aussi écrit un livre sur les coulisses de l’Initiative de Genève publié chez Labor et Fides.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision