La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

«Les Bonnes» au service du fantasme

Bruno Boëglin dans le rôle de «Madame». Mario Del Curto

Au Théâtre de Vidy-Lausanne, le Français Bruno Boëglin met en scène la pièce de Jean Genet, inspirée du crime des soeurs Papins.

L’une d’elles est jouée par Judith Henry, prodigieuse actrice dont le jeu intense hante ce spectacle troublant

Fantasme, hallucination, exaltation: trois bonnes clefs pour entrer dans l’univers de Jean Genet. Et ce n’est pas pour rien que le metteur en scène Bruno Boëglin a fait des «Bonnes» deux servantes presque somnambuliques, confondant rêve et réalité et échappant du même coup à leur entourage, à elles-mêmes et finalement au spectateur.

C’est dans cette confusion drôle et tragique que réside tout le mystère et l’attrait de ces «Bonnes» criminelles, depuis longtemps au service de Madame. Madame qu’elles admirent et détestent dans un même élan qui les fait passer de la douceur la plus enjôleuse à la monstruosité la plus assassine.

Etonnante fluidité de ce passage qui nimbe le spectacle d’une atmosphère inquiétante! Claire et Solange (c’est ainsi que Genet appelle ses deux bonnes) jouées respectivement par Odille Lauria et Judith Henry, prodigieuse, ont leur équivalent dans la réalité.

On sait que pour écrire son texte, Genet s’est inspiré d’un fait divers: un crime commis en 1932 par les sœurs Papins. Créé en 1947 à Paris par Louis Jouvet, «Les Bonnes» a, depuis, connu des fortunes diverses qui souvent peinent à échapper au folklore.

Travestissement et distorsions



Bruno Boëglin qui présente «Les Bonnes» à Vidy-Lausanne, en coproduction avec le Théâtre des Amandiers, Paris, évite cet écueil. Le metteur en scène, lui-même dans le rôle de Madame, donne à la pièce une humanité troublante qui émane du travestissement.

Travestissement des corps et distorsions sensorielles brouillent ici les frontières entre réalité et fiction. Les deux bonnes veulent à tout prix empoisonner Madame. Mais encore faut-il que Madame existe sous les traits d’une femme, et d’une femme acariâtre, pour que le crime se justifie.

Et à supposer que le sexe de Madame importe peu, son être n’en reste pas moins fantomatique puisqu’il est représenté par une robe d’apparat qui, d’entrée de jeu, tombe des cintres.

Tel un deus ex machina, cette robe rouge sang vient au secours des deux sœurs alimentant, une heure et demie durant, leur imaginaire pour un crime qu’elles ne commettront que dans leur tête.

En cela, «Les Bonnes» rejoignent l’ensemble de l’humanité jamais à court de rêves assassins.

swissinfo, Ghania Adamo

«Les Bonnes» de Jean Genêt, dans une mise en scène de Bruno Boëglin, est une coproduction Théâtre de Vidy / Nanterre-Amandiers.
Avec Bruno Boëglin (Madame), Odille Lauria (Claire), Judith Henry (Solange).
A voir à Lausanne, Théâtre de Vidy, jusqu’au 28 novembre, puis en France, à Lyon, Théâtre de la Croix-Rousse, du 11 au 22 janvier.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision